LIVRE IX.

C’estoit la feste de sainct Brancat et sainct Ombre[58], lesquels, à la

priere et requeste de Buffamalque et de Nole, Beltrazze, Evesque de

Cipade, avoit canonisez, lors que les paysans s’assembloient desjà au

quarroi. Il n’y avoit aucun qui se souciast de sa besche: chacun avoit

quitté la charrue, et tous ne songeoient qu’à complaire à leurs

amoureuses. Ils prennent leurs beaux chapeaux de paille, s’accoustrent

proprement, se peignent, se bandent le front d’une bande bien blanche,

chaussent des chausses, ou des braies bien faites, lesquelles,

espargnées, pouvoient durer mille ans. Les jeunes gens plus et grands du

village, qui se sentoient plus fiers à cause de leur bien et plus

audacieux pour l’abondance de la récolte ordinaire de leurs fruicts,

portoient, à tels jours de feste, de belles chausses attachées tout

autour d’esguillettes, y pouvans ranger commodement leurs chemises

delicates, lesquelles leurs maistresses et amoureuses ont faites et

cousuës. Mais, avant, on sonne la cloche pour chanter la Messe; et

maistre Jacob s’appreste pour la dire. Cingar avoit prins le gaviot d’un

mouton, et l’ayant remply de sang, l’avoit accomodé subtilement contre

la gorge de Berthe, le couvrant si proprement de son collet blanc, selon

la coustume, que vous eussiez juré qu’il n’y avoit aucune pipperie, et

font leur complot ensemble de s’entendre l’un l’autre avec leurs

parolles.

[58] Ces deux saints sont de la famille de saint Gobelin, de saint

Quenet et autres bienheureux dont les noms se trouvent dans les

écrits de Rabelais et d’autres écrivains facétieux, mais qu’on

chercherait en vain sur le calendrier.

Cependant maistre Jacob, après avoir amassé tous les autres prebstres de

la paroisse, commençoit à gorge desployée à chanter la Messe, et les

autres le suivoient, et à grands cris; ils despeschent incontinent

l’Introit, tellement quellement, et viennent aux _Kyrie_, lesquels, avec

un bon ordre, ils contre-pointent autant, et aussi dextrement que si

Adrian[59], Constans[60], et Jacquet y estoient. La douceur du chant en

estoit si grande, et si plaisante, que les esprits des paysans se

sentoyent ravir, et transportez ailleurs, quand ils oyoient maistre

Jacob, vray musicien, descendre des quintes, et des tierces en une

octave, et tirer ces octaves avec une longue haleine. Il passe _Gloria

in excelsis_, et vient au _Credo_, lequel estoit si mignardement chanté,

que si Josquin[61], la splendeur de tous les chantres, y eust esté, il

eust apprins à mieux composer ses Messes musicales. D’autre costé, on

commençoit à préparer ce qui estoit nécessaire pour baler soubs l’orme.

Car pour la bonne envie qu’avoient aucuns des prebstres d’estre de la

danse, aussi bien que les autres, en brief y estoit venu de _Sanctus_ à

l’_Agnus_. Et quand on fut parvenu à la fin de la Messe, maistre Jacob

ouyt la cornemuse, et soudain marmonne à la haste le reste des menus

suffrages. Et aussitost tous les paysans sortent à la foule de l’Eglise,

comme si le feu estoit à la couverture d’icelle. Les jeunes garçons bien

esguilletez, et les filles bien fardées, et vestuës de leurs belles

cottes blanches, et de leurs coiffes, se rangent au quarroi. La

cornemuse, avec _lire lirette, lire liron_, commence à fredonner

plusieurs sortes de danses; et chacun laisse Dieu pour servir au diable.

Ne vous estonnez point, Lecteur, si après la celebration de la Messe

vous n’en voyez pas un retourner desjeuner en sa maison; car ils

penseroient commettre un grand sacrilege, s’ils alloient à la Messe les

boyaux vuides. Maistre Jacob et les autres prebstres ne musent gueres;

ils se despoüillent habilement de leurs aubes, de leurs amits, et de

leurs robbes, et s’en viennent premierement droit à la table. On leur

sert une oye, une longe de pourceau gras, et sept poulles. Ils mangent

tout, et à grand’peine laissent-ils les os aux chiens; car ils se

resouvenoient de l’ordonnance du Vieil Testament, qui commandoit de ne

laisser aucun morceau au lendemain.

[59] Serait-ce Adrian Villart, mentionné parmi les musiciens dont

parle Rabelais (nouveau prologue du livre IV)?

[60] Constantio Testi, nommé dans Rabelais ainsi que Jacquet Bercan.

[61] Josquin Des Prez, mort vers 1531, l’un des plus célèbres

musiciens du seizième siècle.

Après donc qu’ils eurent avallé toutes ces viandes, et jetté les os

soubs la table, ils se levent plus cuiets que cruds, estant leur pot

bien plein du boüillon de la bouteille: et s’en vont soubs la saussaye,

où la cornemuse invitoit chacun d’aller. Maistre Jacob, tenant en sa

main tous les deniers qu’il avoit receus à l’offerte, faisant baiser la

platine, les donne tous aux cornemuseurs, et leur commande de sonner la

pavane, et puis, prenant une belle fille, nommée Pasquiere, commence à

danser; mais à grand’peine pouvoit-il mouvoir son ventre plein. Cingar,

qui estoit là présent, ne se pouvoit tenir de rire voyant danser Maistre

Jacob. Un paysan, qu’une mouche avoit piqué soubs la queuë, s’en va vers

Berthe et luy demande si elle vouloit danser. Cingar, appercevant cela,

luy fait signe de l’œil, comme il estoit rusé en son mestier. Berthe,

qui sçavoit desjà bien ce que Cingar vouloit faire, accorde à l’autre,

et, luy tendant la main gauche, se leve et va danser avec luy. Cingar,

fermant un œil, estant fin et advisé, regarde Berthe et ce qu’elle

faisoit, ainsi qu’ils avoient convenu ensemble. Icelle commence à

frotter legierement la main du galant, comme on fait quand on veut faire

une secrete declaration d’amour. Ce gentil compagnon, sentant une

certaine allegresse s’estendre par tous ses membres, dansoit plus

legierement, avec les deux pieds joincts, faisoit en l’air des sauts de

bon courage, et n’eut voulu lors avoir le cul dans une ruche de mouches

à miel. Berthe, considerant ses gestes, jouë des orgues avec ses menus

doigts sur la main du compagnon, en la serrant quelquefois, et, la

frottant plus souvent, elle feint de souspirer. Le compagnon croit qu’il

y a de l’amour, tellement que, se sentant chatoüillé, il la chatoüille

aussi de ses doigts en sa main; et le pauvre malotru croit à la bonne

foy estre aimé. Ils se retirent enfin ensemble un peu loing de la

compagnie et disent l’un à l’autre cinq ou six parolles en parlant bas;

mais, après six, ils en ajoustent huict, et après huict, trente,

quarante, et après les quarante, le compagnon a envie d’une autre danse;

il la prend par la main, il la tire, elle le suit volontiers quelque

part qu’il la veut mener: va vers l’Eglise, pensant ce badin, en quelque

coing d’icelle ou derriere l’autel, ou dedans le clocher, jouir d’un si

bon butin.

Incontinent Cingar, jettant l’œil sur eux, s’advance avec un cousteau en

la main. Le peuple accourt de toutes parts, ne sçachant que c’estoit,

quel debat, quelle querelle il y avoit. Mais soudain fut cogneu ce que

c’estoit. Cingar, ayant monstré avec le doigt comme Berthe suivoit ce

paysan, ainsi qu’une villaine putain suit après son putacier, Cingar

l’attrape, la prend par les cheveux, la pousse et s’escrie: «Ha,

meschante, sera-il ainsi? Est-ce ainsi qu’il faut garder à son mary les

ordonnances et statuts de l’Eglise?» Et, en ce disant, avec son cousteau

trenchant, comme un rasoir, à la façon d’un bourreau ou d’un boucher,

couppe le gaviot de mouton qui estoit plein de sang, et semble avoir

couppé la gorge de Berthe. Icelle tombe en terre, fait la chatte morte

et se remuë après toute, comme si la vie s’en alloit de son corps, et,

feignant fort bien de rendre les derniers soupirs, battoit la terre avec

les pieds; et, tournant les yeux, et puis peu à peu les fermant,

sembloit estre entierement morte. A ce bruit, tous ces paysans, quittant

là les filles, accourent, prennent les armes et s’escrient

merveilleusement. Cingar ne faillit à se voir soudain environné de

telles gens et en eust enduré, s’il n’eust sauté legierement un fossé,

et en diligence ne se fust retiré en une maison, feignant fuir et

craindre ces paysans; et, avec les deux mains montant au haut du toict,

il se monstre courant sur iceluy, et se retire à couvert derrière la

cheminée, de peur d’estre touché de coups de bale ou de traict. S’estant

ainsi caché, il monstroit un peu la teste au-dessus du mur, et, avec une

parolle tremblante, disoit: «O bons compagnons, pourquoy me voulez-vous

tuer?--Parce que, respondirent-ils, tu ne souffres pas un de nous autres

vivre en repos, et tu broüilles et mets sans dessus dessous toutes les

affaires de Cipade, meschant larron que tu es! Tu fais tous les jours

cecy ou cela: et penses-tu que nostre republique veuille endurer tant de

maux, tant de pertes, tant de ruines? Nous ne nous soucions pas, si tu

as couppé la gorge à Berthe: ce ne seroit que bien fait, que tout tant

qu’il y en a au monde qui lui ressemblent en eussent autant. Mais nous

sommes marris de ce que tu broüilles ainsi la feste de sainct Brancat,

qui regit et garde nos murailles, nos assemblées, nos peres et nostre

Senat.» Cingar, faisant la Magdelaine croisée, leur dit: «Si vous voulez

me pardonner ce meschef, et si vous voulez jurer que vous ne me ferez

aucun mal, je guariray Berthe et la ressusciteray toute vive; et si je

n’en viens à bout, arrachez-moy le cœur et jettez aux chiens ma ratte.»

Iceux, estonnez, se regardent l’un l’autre, et s’esmerveillent de ce

qu’un homme si meschant et si malin ose promettre de remettre en essence

un corps mort. Il n’y a pas un qui ne soit bien aise de voir un tel

miracle. Et, partant, ils donnent leur foy, laquelle neantmoins est la

plus infidelle qui puisse estre, soit de paysans Padoüans ou de la

Romaigne. Il ne faut point du tout avoir foi aux parolles des paysans.

Cingar, toutefois, les croit, ou feint de croire à tels larrons, et

descend du haut de la maison à bas, et de là s’en va à l’Eglise. Tout le

peuple le suit, estant sa coustume de se precipiter pour veoir choses

nouvelles. Il s’en va au lieu où Berthe estoit tombée les yeux

renversez, et avoit fait les signes d’une personne morte. Mais messire

Jacob l’avoit transportée de là, sçachant bien les ruses et subtilitez

de Cingar, pour lesquelles seconder il avoit bien conduit la barque. Car

il avoit fait enlever de là Berthe, laquelle s’estoit laissée porter où

on avoit voulu, comme si ç’eust esté un corps mort, laissant ses jambes

pendre çà et là avec sa teste, ainsi, qu’une cornemuse non enflée. On la

met au milieu du revestiaire, comme est la coustume du pays, et messire

Jacob ne souffroit personne approcher d’elle, de peur qu’on apperçeust

qu’elle respiroit et prenoit vent. Souvent il l’encensoit, et avec le

guipillon l’aspergeoit d’eau beniste et chantoit le _Lazarum_. La cloche

sonnoit; on faisoit la fosse: une grande bande de femmes y accouroit,

criant et pleurant si asprement que les oreilles en estoient rompues à

un chacun. Cingar approchoit desjà, lors qu’on estoit à _In Paradisum_.

Après laquelle Antiphone, Berthe devoit estre jettée en la fosse.

Cingar, approchant, crioit: «Mon pere, messire Jacob, que vostre

reverence veuille un peu avoir patience! J’espere que pour neant vous

luy aurez donné les ensencemens de la mort.» Et, en ce disant, il entre

en l’Eglise, suivy de tout le peuple, et s’en va droit à l’autel, au

devant duquel il s’agenoüille, et, levant ses yeux au ciel, pria environ

une heure, puis, estant relevé avec une belle gravité, s’en retourne au

revestiaire vers Berthe, laquelle il promet remettre en vie, et puis il

tire de la gaine son cousteau, je dis le mesme couteau avec lequel il

sembloit avoir couppé la gorge à Berthe et l’avoir fait mourir. Il

esleva un peu ses yeux en haut, tous mouillez de larmes, et commença à

faire telles prieres avec une voix lamentable: «O mien cousteau, qui

m’es plus cher que tout le reste du monde, lequel ne pourroit estre

acheté par tous les thresors, quels qu’ils puissent estre, qui avez

desjà fait paroistre au monde tant de miracles, je vous prie, par la

vertu de saint Berthelemy, qui est encore rouge et ensanglanté de son

sang, lors que les Roversans luy arracherent la peau; si en ta devotion

je dis tous les jours, les genoux en terre, mon chappelet, si pour toy

je jeusne tous les Dimanches, si je t’ay derobbé et enlevé d’entre les

mains de ces chiens de Turcs; je te prie, je te supplie, et avec tous

vœus te reprie, que comme Berthe est morte par ta playe, ainsi, par le

mérite de ta vertu, elle puisse maintenant ressusciter!» Ce disant, il

feit deux ou trois fois le signe de la croix, prononçant entre ses dents

quelques psaumes, et soudain la morte feinte commença aussi-tost à se

mouvoir, et à ce mouvement le peuple s’escria merveilleusement; puis,

eslevant les yeux en haut, beaucoup de personnes furent si saisis de

peur, qu’ils eschapperent de là bien vistement. Et après se lève sur les

pieds, disant: «Helas! pourquoy m’as-tu tuée, ô Cingar?» Et celuy luy

feit response: «Pourquoy faisiez-vous ainsi des cornes à

Balde?--Pardonnez, dit Berthe, à un sexe si tendre et si fragile. La

femme est faicte du masle; la femme desire le masle: donnez-nous des

gardes, vous autres, si faire le pouvez. Une femme, qui est esloignée de

son mary, ne peut, en quelque sorte que ce soit, estre sans homme. Et,

si d’avanture il y en a aucune, c’est un grand miracle.» Alors tous les

paysans accouroient de toutes parts, crians tant qu’ils pouvoient, et

faisans retentir en l’air leurs cris et admirations, disans: «O, ô

miracle! ô le grand miracle! entre tous les cousteaux, il n’y a point

tel cousteau que cestuy-là. O! très-sainct Cingar, nous ne t’avions

jamais creu estre si devot et avoir avec toy un si riche thresor.»

Cingar meine lors Berthe en l’Eglise, et monte avec une grande apparence

dessus l’autel, et là avec belles parolles annonce au peuple le mérite

de son cousteau, disant: «O! gens devotieux, voyez le sainct cousteau:

voyez le cousteau, avec lequel la meschante forteresse de la Romagne, la

forteresse des Roversans, pleine de meschans paysans, a renversé cruelle

la peau de sainct Berthelemy, comme elle eust fait celle d’un veau ou

d’un chevreau. Voicy l’heureux cousteau. Voicy le beau thresor, qui n’a

point, et n’aura son semblable en l’Eglise de Sainct-Marc[62]. C’est

celuy, qui pourra guarir, et affermir vos playes; qui guarantira de male

peste vos malades: c’est celuy qui ressuscite les vifs et les morts.

Vous n’avez pas veu maintenant ressusciter Berthe? Ainsi pourra-il

rendre les morts sains et gaillards. Accourez: que regardez-vous là?

Accourez, ô peuple, accourez, dis-je, pour baiser ce sainct cousteau!» A

ceste exhortation, le peuple s’advance, et se presse, comme quand les

porcs courent tant qu’ils peuvent au clacquet du chauderon, et tiennent

leurs groings dedans l’auge pour humer le lavage. Ils se pressent les

uns les autres pour baiser ce cousteau, lequel Cingar leur presentoit,

et, comme font les prebstres, quand ils presentent la platine à baiser à

l’offerte, leur disoit _Pax tecum_, avec une contenance asseurée;

sentant en son cœur un grand contentement à cause des liards qu’il oyoit

sonner dedans le bassin, lequel messire Jacob avoit apporté pour

recevoir l’offrande; aussi, tenoit-il la coiffe de Berthe, en laquelle

ces paysans jettoient de bons grands blancs.

[62] La cathédrale de Venise; on y conservait beaucoup de reliques.

La predication de Cingar avoit duré environ une bonne heure, lequel on

eust pensé estre frere Robert[63]; car il alleguoit le Sexte[64], les

Decretales, le Decret[65], la Somme angelique, la Glose, la Bible, et

sainct Thomas. Il n’y avoit point eu, entre tous les moines estudians,

Bachelier, ou Regent, ou Scotiste, plus sçavant que luy. Il renversoit

sans dessus dessous toutes les subtilitez des _Utrum_: il faisoit des

argumens, il nioit d’un costé, il prouvoit de mesme ce qu’il vouloit.

Or, craignant que quelque fin et accort vinst sur le lieu, qui eust peu

à l’instant descouvrir son faict, il cache et resserre son cousteau, et

descend de dessus l’autel, et s’en retourna en son logis chargé de bon

argent. Berthe, sans parler à personne, le suivoit.

[63] Ce frère Robert est Robert Caraccioli de Licio, qui fut regardé

comme le Massillon ou le Bourdaloue du quatorzième siècle, et dont

les Sermons ont eu près de quatre-vingts éditions différentes de

1472 à 1500.

[64] Il s’agit du _liber sextus Decretalium_ de Boniface VIII, qui fut

imprimé pour la première fois à Mayence en 1468.

[65] Le _Decretum_ de Gratien, publié à Strasbourg en 1481, fut

longtemps le code de ce droit canon qui tenait dans la vie de nos

ancêtres une place bien plus considérable qu’à présent. Il a été

réimprimé maintes fois et notamment en 1726, à Rome, par les soins

de J. Fontanini (2 vol. in-folio).

Après que Cingar fut party, Messire Jacob appelle tous ses paroissiens

au _din don_ de la cloche, et tous les citoyens de Cipade. Là, les plus

sages s’assemblerent, et proposerent par entr’eux huict opinions dignes

d’un Caton: aussi, n’estoyent-ils pas que huict, ausquels on se

rapportoit de tout. Iceux furent Bertasse, Mengue, le Bossu, Gugnane,

Gurasse, Zanordin, Garabin et Lancefeuille. Ils font par entr’eux un

long discours sur ce sainct cousteau, à sçavoir: Si le peuple de Cipade

vouloit l’acheter à communs despens, et le mettre en la chasse de sainct

Brancat, afin que le peuple luy peut faire ses prieres. La conclusion

fut de l’acheter, et la charge d’en faire le marché fut donnée au Bossu

et Lancefeuille. Ce conseil parvint aux oreilles de Zambelle. Il eut

soudain ceste envie d’avoir luy seul cet honneur et ceste renommée, que

ce cousteau fut en sa possession, et qu’il en eut seul le profit. Il se

propose desjà qu’avec iceluy, il pourra ressusciter Chiarine,

s’estonnant fort d’avoir veu Berthe estre redevenuë en vie. Il s’estime

le plus heureux du monde, s’il peut obtenir la gloire qu’il se propose,

moyennant ce cousteau. Il parle à soy-mesme, et se belute tout le

cerveau, et dit: «O, si Cingar me vouloit vendre le cousteau, ma vache

ne pourroit-elle pas facilement reprendre vie? Ne pourrois-je pas

assommer ma Lene autant de fois qu’avec le baston elle me chatoüille les

reins? et puis, après l’avoir ainsi tuée, luy remettre la vie au corps,

comme auparavant? O quel gain je ferois avec ce cousteau! Cingar a

gaigné aujourd’huy plus de mille liards: ne me donnera-on pas des œufs,

des poullets, dont je deviendray riche en trois jours?»

Sur telle proposition, il s’en vient au logis de Cingar, et le tire à

part, disant qu’il luy vouloit dire un mot en l’oreille, de peur que ces

lourdaux de paysans entendissent le secret: et s’estans eux deux mis à

l’escart, Zambelle parla à luy en ceste sorte: «Mon amy Cingar

m’aymes-tu?--Plus que toy-mesme, respond Cingar, tu l’as assez

esprouvé.--Me veux-tu vendre, dit Zambelle, ton cousteau?--Non, respond

Cingar, et pardonne-moy, si je t’en refuse. Cela importe trop à tout le

monde, et mesmement à Milan.--He, he, dit Zambelle, je te prie, contente

ton amy et compagnon! Qui a-il à contenter, si nous ne contentons nos

amis? fais-moy ce service, et puis commande-moy ce que tu voudras. Car,

qu’une bosse me vienne au bout du nez, si je ne refuse mille paradis

pour toy. Vends-moy ce cousteau, je te bailleray ce que tu voudras,

demande!» Alors Cingar, jettant un grand soupir, se taist pour un peu,

prémeditant ce qu’il vouloit. Puis dit: «O frere, mon amy, j’acquiesce à

si grandes prieres. Ce m’est une chose bien dure et amere de vendre un

joyau, vendre les delices de ce monde, et le thresor du ciel. Mais que

feray-je? où me tourneray-je? puisque celuy, qui jour et nuict a pouvoir

de me commander me fait une telle demande? Je sçay bien que tu peux

beaucoup en toutes affaires. Mais il n’est point besoing de tant de

parolles. Le cousteau est tien, tout ce que j’ay est à toy: commande! Va

trouver Messire Jacob, et Briosse parle à eux, qu’ils facent, qu’ils

defacent, qu’ils dient et redient; tout ce que vous ferez ensemble soit

un Evangile!»

Zambelle saute çà et là, estant joyeux et allegre au possible, et s’en

va vers Messire Jacob, et puis vers Briosse. On fait un accord en lieu

secret, approuvé par les premiers docteurs et sages de la ville, et le

Bossu faict cet acte: «Soit, à tous habitans de Cipade, notoire, que à

present Cingar a vendu le cousteau de sainct Barthelemy à Zambelle, pour

le prix de trente ducats, avec telle condition toutesfois, que toutes et

quantes fois que Cipade voudra rendre ladite somme à Zambelle, iceluy

sera tenu rendre ledit cousteau, et ne retenir par-devers soy telle

relique, auquel appartient faire construire une belle chapelle en

l’Eglise en laquelle ardroit tousjours une lampe, et sur les murailles

de laquelle on peindroit les miracles advenus par son moyen, tant ceux

qui sont jà faits, que ceux qui se feront cy-après.» Zambelle cherche à

trouver deniers, veut vendre tout ce qu’il a, sa maison, sa femme Lene

et soy-mesme. Il n’a point faute d’acheteur, et le badaut vend ce qu’il

peut à Brunel et à Lanfranc. Schiamine acheta sa maison et les deux

autres acheterent le reste, les marres, les beches, les focz, les

rasteaux, les barils, les coqs et poules, les haches, avec mille

vetilleries de mesnage. Lene, au refus de tout autre paysan, fut engagée

pour neuf sols à Messire Jacob; et ayant Zambelle amassé de toutes parts

les trente ducats, il les baille à Cingar, lequel les met en sa bourse,

et, flechissant fort bas le genouil, luy baille le cousteau en la

presence de Briosse, qui en passa l’accord. Ce Briosse estoit Notaire,

bien entendu à derobber, et nay pour escorcher les paysans; car il avoit

tousjours en sa bourse sept ou huict faux tesmoings, qui de droit ne

demandoient que le feu, il y avoit longtemps. Si Nature luy eust donné

autant de mains que Mantouë nourrist de Juifs Baganaies, que la Romagne

pend tous les ans des larrons, on les eut toutes coupées à Briosse par

jugement: car il avoit falsifié autant d’instrumens, que la Marque

envoye et distribuë de figues par tout le monde. Zambelle happe soudain

ce cousteau, et aussi avidement que feroit un febricitant, de l’eau, ou

un affamé, un morceau de pain: mais le miserable se trouvera enfin avoir

prins une grand flesche, et avoir les mains pleines de freslons.

Quand il fut venu chez soy, il voulut faire l’espreuve de son cousteau.

La premiere qu’il en feit fut sur Lene, et la seconde sur Chiarine. En

presence de plusieurs, il prend à l’impourveu Lene et luy fourre ce

cousteau au milieu de la poitrine, et de son corps la vie s’envola à la

pure verité. Puis, il dit: «O mon cousteau! He, suscite et remets en vie

ma femme! Je t’en prie, par la vertu de sainct Barthelemy!» Mais

c’estoit autant comme s’il eust parlé à une muraille. Elle ne luy fait

aucun signe de vie. Aussi, estoit-elle toute roide morte. Zambelle

poursuit, baise le cousteau et puis dit: «O mon cousteau, je te prie:

He, pourquoy Lene ne revient-elle en vie, comme nagueres vous avez fait

ressusciter ceste poltronne de Berthe? J’ay employé tout ce que j’ay peu

pour t’acheter. Quoy donc? Quoy donc, mon cœur, que fais-tu? Ainsi me

tromperez-vous, mon cousteau? Mais ses veines et son poulx ne bat

aucunement!»

Alors un amas se fait de grand nombre de paysans, et s’assemblent

ensemble les plus sages. Le Bossu faisoit le Consul, n’en estant point

de plus caut que luy. Il estoit frere juré à Tognazze et n’eust rien

entrepris sans l’advis de Tognazze. Cestuy-cy assemble tous les

Cipadiens, et, s’estans tous assis devant Tognazze en grand nombre, au

signe du Bossu, chacun tint bouche clause. Tognazze estoit monté sur un

haut tronc d’arbre et commença ainsi à remuer les levres: «Il est vray,

Messieurs, qu’on nous a icy assemblez pour vous donner à cognoistre

toute ceste cause. Nous sommes icy cinq pilliers de Cipade, Bertazze,

Mengue, le Bossu, Cugnane, et moy Tognazze, qui sommes deliberez de

garder le dicton du Catonnet[66]: Combats pour la patrie, si tu veux

vivre sainement. Icy les femmes ny les petits enfans ne sont venus,

desquels nous avons pleines maisons; vous sçavez qu’ils sont moins

capables de conseil. Vous estes tous hommes dez longtemps masles: vous

êtes les defenseurs, vous estes la targe et bouclier, vous estes l’espée

de Cipade. Que vaut, je vous prie, Mantouë, sans nostre Cipade? Me voicy

present: je ne manqueray à la verité de ce qui est mien. De bouche, je

vous donnerai conseil, et, par effect, aide, voulant bien exposer ma vie

pour mes Citoyens. Partant, les Senateurs vous font sçavoir ce que

maintenant, comme par le passé, nous avons à questionner et debattre

avec les compagnons de Balde. Tousjours ces meurtriers, ces

assassinateurs, ces larrons, et ces gens de diable, ont cherché de

rompre le repos de Cipade. Que les craignons-nous? Quoy? dites: ne

tenons-nous pas en prison enchevestré la lie et l’escume de tous les

larrons, Balde? qui est le chef, qui est le Roy, qui est le Prince des

meschans, n’est-il pas à la Cadene par la vertu de Tognazze? Si la teste

est emportée, que craignons-nous les autres membres? Vous souvienne des

questions et des plaids de Carazze! Estant la force de Cugnane, si

grand’, qui est icy present, et vous ayans aussi esprouvé, qu’il ne fait

gueres bon gratter ma panse. Qui est ceste malheureuse sangsuë, qui est

ce ver à chiens, qui ose exciter ces diables à chatoüiller les mouches

guespes? Les Medecins vont-ils de leur bon gré chercher leurs malheurs?

Cherchent-ils de la brigue et de la controverse? Nous leur donnerons de

la brigue. Or sus, tenez-vous fermes, je vous prie, soyez constans, mes

freres: laissons-là le bien, laissons la vie et nos propres enfans,

laissons le pays, si aucun veut assassiner nostre honneur: s’aille faire

pendre qui n’a soing de l’honneur! Il y a long-temps, ô Peres, que vous

me cognoissiez estre Tognazze? Voicy present le Bossu, par la vertu

duquel Cipade a souvent triomphé de Mortelle et a touché jusques au

plancher du ciel. Qu’il aye soin des armées comme Consul, jusques à ce

que nous ayons reduit à neant les bravaches de Balde. Vous avez veu

comment le pauvre Zambelle est demeuré la nourriture des poux, achetant

le cousteau de ce ribaut de Cingar, et comme il ne luy est demeuré pas

seulement un cordeau pour se pendre. Il a perdu sa maison, il a tué sa

femme, il a vendu toutes ses terres, ses chevres et toute autre chose

qu’il avoit: et nous toutesfois (ô combien est grande la honte qu’en

souffre Cipade!), nous, dis-je, ayans éprouvé tant de fois les ruses de

Cingar, voilà, nous prestons encore l’oreille à ce meschant! Il fait

tous les jours cecy ou cela. Il derobbe icy, il derobbe là; il trompe un

chacun, il se mocque, il jure, il se parjure, et nous, pauvres gens,

nous ne croyons de rien moins à luy qu’à sainct Aloie, à sainct Beuf ou

sainct Belin, tant Cipade endure patiemment ce ribaut! Croyez-moy, ô

Peres conscripts, la victoire est à nous. Icy viendra Cingar; il se

mettra au filet, le meschant; il fuit le gibet, il recule en arriere; il

sera neantmoins prins au trebuchet, et, comme la traie, il se viendra

prendre à la glus. J’ai dit.»

[66] Recueil de sentences morales attribuées à Caton, et l’un des

livres les plus répandus au moyen âge. Son autorité est invoquée

plus d’une fois par Merlin Coccaie.

Lors Zanardin se leva de son siege, et, tenant ses deux mains sur ses

hanches, après avoir, comme sage, craché deux et trois fois, ainsi

parla: «O cancre! comme a bien dit Barbe Tognazze, estant un autre pere

Ciceron, et le grand Aristote, lequel avec beaux vers a chanté:

Escrire faut aux petits clercs.

Qui premier, de Troye aux bords verts,

S’en vint descendre en Italie.

Mais je croy que Cingar ne sera jamais prins au piege. Vous sçavez la

raison et n’est besoin que je la die. Il nous trompera et nous fera suër

d’ahan; car qui est le diable qui voulust s’opposer à luy? Il y a un

certain Venitien, Syre Pole, et iceluy n’est point du rang de pescheur,

ne de ce petit menu peuple de Mouran[67]; il n’est point barquerotier,

qui aille crier: «A la barque!» Mais est gentilhomme de la race de

Fasole, qui a tousjours tenu les premiers lieux du grand Conclave et a

fait pendre un millier de Caodefiens. Cingar, malin, subtil, a de si

longue main gaigné son amitié, qu’il obtient de luy tout ce qu’il veut

au moindre signe qu’il luy face, à sa simple parolle, et meine ce bon

homme par le nez, comme on fait un bufle. Pensons-nous d’advanture

combattre contre sainct Marc? J’ay dit mon advis, vous me pardonnerez.»

[67] Murano, petit port dans les lagunes de Venise, habité par des

pêcheurs.

Soudain Cugnane saillit en place, en cholere. «Quoy, dit-il? Que

baves-tu, Zanardin? Nostre Cipade n’estime pas Venise une figue, non pas

cinq cerises. Quelle braverie sçauroit faire sainct Marc contre Cipade,

encore qu’il aye l’espée nuë en la main, encore qu’il aye une longue

barbasse pendante jusques à l’estomach? Sainct Marc n’est point le

Bossu, n’est point Cugnane, qui porte et barbe et espée, mais plustost

il ressemble à un mastin, et à ces grands chiens, qui avec leurs regards

hideux espouvantent le peuple. Celuy qui porte une espée et une

grand’barbe blanche, si tu ne le sçais, on le nomme sainct Paul. Mais

c’est nostre folie: nous voulons mesler avec nos affaires les Saincts

bienheureux; ne veuilles escrimer avec les Saincts, dit le proverbe.»

Alors Gurron print la parolle. «Je ne louë point cecy, dit-il, et

n’endureray d’estre contraire aux compagnons de Balde aucunement, quand

toutes choses seront certes considerées grossement: ne pensez point

avoir aucun secours de moy.» Lancefeuille, se levant tout choleré, luy

respond: «Tu ne donneras point de secours? Que dis-tu? Penses-tu te

separer d’avec les autres! O, la grande perte! Nous laisserons ceste

entreprinse pour toy?» Gurron, impatient, luy replique: «Je croy,

dit-il, et tiens pour certain, que tu laisseras à grand’peine ceste

tienne entreprise. Tous les jours iras, reviendras, remueras plusieurs

affaires, et, pensant avoir tout fait, tu trouveras n’avoir rien fait,

et toute ceste peine ne sera que pour tirer profit, non pas pour ce que

tu veuilles défendre l’estat de Cipade; mais pour rapiner, et derobber

mille bons grands blancs à Cipade.»

Les Peres du Senat, émeus pour telles parolles, bourdonnoient ensemble,

et dirent: «Gurron, ta langue, tousjours sale et mal nette, parle trop!»

Gian, Pannade, Garofolol, et plusieurs autres excuserent Gurron: autant

en firent Girardet le Tanneur, Mengue, et Tonal. Enfin, il fut arresté

(Gurron en crevant de dépit) d’envoyer au Podestat le Bossu et Barbe

Tognazze, pour avoir de luy la permission de mener en armes les

compagnons; et ce fait chacun s’en retourna en son logis.

Cependant Cingar est adverti par Gurron de la resolution du Conseil,

fait et assemblé à la sollicitation du Bossu et de Tognazze; il s’en

rit, et amasse auprès de soy de bons et braves soldats: et, entre

autres, Brunel y vient, Gambe, Schiamine, Lanfranc; Americ brule du

desir de combattre, Galete aussi fait bien le brave: l’un porte une

arbaleste et l’autre une pistole: Pizzanocque tient un espieu: Scivalle

un voulge: Jambon porte sur son espaule une grand’coignée, forgée de bon

acier: Rigasse porte aussi une arquebuze bien chargée de poudre,

tousjours prest à mettre la mesche allumée en l’esmorche.

L’Aurore n’avoit pas encore chassé les tenebres de la nuict, quand

Cingar amassa tous ces gentils compagnons, et les feit marcher par le

milieu de la ville de Cipade, donnant grande terreur à un chacun; et le

Caporal, passant avec parolles hautes, fait bruit, et commande à tous

les autres de crier haut: «Sus, sus, qui veut se gratter avec nous

vienne en place! O villacques! ô porceaux! ô canailles! ô gens de peu! ô

faitneans! ô poltrons! ô gueux pleins de poulx! ô assommeurs de pain!

Sus, sus, qui veut se gratter avec nous vienne en place!» Bravans ainsi

tous avec telles parolles, faisoient à leurs ennemis avec la bouche des

petarrades; et Schiamine met le feu à sa pistole, et la poudre de

l’arquebuze de Rignazze fait un grand feu. Il se fait un grand bruit, et

_tuf tof_ raisonne partout. Bertazze oit ce tintamarre; aussi fait

Cugnane, Tognazze, et tous les autres. Ils se cachent, ils s’enferment,

et, verroüillans bien leurs huys, se tiennent ainsi en leurs maisons.

Ceci advint en la sorte, comme quand les veneurs, partie à pied, partie

à cheval, donnent ordre à leur chasse, et au son du cornet, ou de la

trompe, les chiens clabaudent _bau, bau_: l’un prend un espieu, l’autre

une laisse, l’un un cheval; un autre crie: «Hau, hau», et les chiens, à

ce cri, s’empoignent l’un l’autre, et s’entrepelaudans s’espoussetent

eux-mesmes avec le nez le cul. Les lievres et les renards escoutent

cependant ce bruit, se tiennent quoys en leurs buissons et ès bois, et

ne veulent mettre au vent pour tel bruit leurs pulces et tanes. Ainsi le

Consul le Bossu, Cugnane Tribun, et les autres Senateurs, et tout le

peuple de Cipade, se contiennent cachez en leurs logis.

Toutesfois le dictateur Barbe Tognazze reprend courage, et, confortant

les autres, s’en va seul à la ville. Cingar l’advise; il se recule de

ses compagnons, et, estant en armes, se va cacher en un bois, par lequel

on passe quand on va à la ville. Tognazze, cheminant, se fantasioit

beaucoup de choses en l’entendement, et se promet de renverser bien

toutes les ruses de Cingar, mais tu ne te souviens point de la fable

d’Æsope, ô Tognazze! en laquelle, la souri dressant embusche au morceau

de lard, le chat lui en dressoit de mesme. Cingar s’estoit mis en

embuscade: Tognazze vient; s’estant approché, Cingar sort, et le tourne

tout autour, et, ayant en main un bon baston fendu en quatre, torche à

bon escient la bosse de Tognazze; et pour ces coups tomba par terre la

forteresse de Cipade, celuy qui estoit le plus grand de tous les sages,

la reputation de Cipade, qui avoit esté six fois Consul, le plus grand

soustien de raison cheut par terre, et le pillastre fort et ferme fut

renversé sans dessus dessous. Puis Cingar s’en va au loing, ayant

premierement prins avec soy Berthe et les deux fils gemeaux de Berthe,

et se retire vers le quartier de Mantouë, s’allant cacher ès montagnes

de Bresse. Et toy, Lacquay, mets la selle sur mon mulet; car l’envie me

prend d’aller à la ville.

Histoire maccaronique de Merlin Coccaie [pseud.] · 第 33 / 53 题