Desjà la corpulence de Balde commençoit fort à s’accroistre, et ses
membres s’estendoyent grandement, tellement qu’il avoit cinq brasses de
haut, les espaules larges, et la poitrine relevée, le foye du corps
serré, les jambes nerveuses, le pied petit, les reins fermes, et estoit
droit au marcher; le pas si legier, qu’il n’eust pas esté bien aisé d’en
remarquer le vestige sur du sablon. Il avoit l’œil vif, et tousjours
prompt à regarder çà et là, brillant comme fait le soleil quand il donne
sur un miroir. Il n’avoit encores gueres de barbe, et n’en avoit le poil
rude; mais seulement avoit une moustache sur la levre de dessus
d’environ trente petits poils ressemblant à de la laine, ayant ceste
levre un peu plus eslevée que celle de dessoubs, qui le denotoit devoir
estre quelque jour plus sage. Or, parce qu’il n’avoit point en cet aage
aucun maistre pour l’instruire, il n’avoit pour compagnons que des
ruffiens, des bravaches, des coureurs, des guetteurs de chemins, et
certains bons vautneans, qu’on appelloit fendeurs de nazeaux, et
machefers. Avec telles gens Balde vivoit plus aise qu’un pourceau à
l’auge, l’aage transportant ceste jeunesse hors les bornes de raison,
comme un poulain qui n’a encore gousté en l’estable que c’est d’un
licol. Car ces poulains-cy desbauchez, pendant que le sang chaut bout
encore en eux, et que leur estomach est tousjours prest à digerer, ils
ne sçavent user d’huile, ou de sel en leurs affaires. Ils ne considerent
aucune chose la longueur de leur nez. On ne parle en la ville que de
Balde, qui avec une force demesurée abattoit tout le monde, ne se
soucioit des saincts, de Dieu, ny du diable. Mille pertuisanes, mille
espées, Sergens, ny Archers, ne le pouvoyent estonner; ny mesme Gaioffe,
premier Juge de la ville, ne pouvoit dompter son fier courage. Son nom,
et sa renommée estoit si grande, qu’il n’y avoit bras si fort, ny
eschine de geant si puissante, ny aucun regard pareil à celuy de Roland,
ny mille autres semblables à Renaud, qui n’embrenassent leurs chausses
de peur, oyant seulement parler de luy. Il portoit à son costé une
merveilleuse espée, qui estoit sortie de la boutique obscure de Vulcan,
et les ouvriers l’avoient trempée en la forgeant dedans le foudre de
Jupiter. Le boiteux Bront, le bigle Sterops, et le bossu Pyrazze[40]
l’avoyent battuë sur leur enclume. Il avoit en luy une telle legereté
corporelle, que la chatte sautant après la souri, ou la lionne après le
chevreuil, n’approchoient aucunement à ses saults, et en faisoit (sans
s’en donner aucune peine) autant et plus que pourroyent faire telles
bestes. Les Cipadiens, et les plus braves d’entr’eux, et qui avoyent
juré une fraternité ensemble en leurs ribleries, forcent Balde de faire
serment de vouloir estre leur Roy, et prendre le gouvernement des
compagnons, sans faire cas de leur vie, non plus que d’un oignon: Car,
disoient-ils, quand il y a faute d’un Roy, toutes affaires vont sans
dessus dessoubs. Entre iceux, Balde en avoit trois principaux, esquels
il se fioit le plus; la race desquels ne sera ennuyeux de mettre par
escrit. Le premier estoit le grand Fracasse, descendu des anciens geans;
la haulteur duquel, sans mentir, estoit de quarante brasses, et d’une
belle proportion. Sa teste estoit grosse à l’equipolent: un mouton
entier fust bien entré en sa bouche; on eust bien taillé huit bottes de
ses oreilles, et eussiez peu joüer aux detz sur son front. Il avoit les
espaules amples, et l’eschine large, les cuisses grosses, et les bras,
et un fessier gros et rebondi. Il n’y avait point au monde cheval aucun
qui le peut porter: il crevoit tous ceux sur lesquels il montoit. Il
prenoit un grand taureau par les cornes, et le tournoit fort facilement
à l’entour de sa teste, comme l’autruche se jouë d’un petit oiseau. Pour
son desjeuner, il mangeoit un veau; quatre-vingts pains à grand’peine
pouvoyent remplir ses trippes: telles murailles qu’on luy eust
monstrées, il les esbranloit de ses mains, et les jettoit par terre. Il
brisoit avec ses doigts les vieux chesnes, comme les paysans l’ail verd
et les porreaux: il marchoit avec un si grand bruit, et d’une telle
pesanteur, que la terre trembloit soubs ses pieds. Son bouclier estoit
le fond d’une grande chaudiere en laquelle on brasse la biere, ou on
fait boüillir le vin. Son baston estoit plus grand qu’un mast de navire.
Ses ayeux estoient descendus de Morgant, qui pour massuë souloit porter
un batail de cloche. L’autre compagnon de Balde estoit Cingart, Cingart
l’affineur, le subtil, et la vraye sausse du diable, un larron
très-accord, tousjours prest à tromper. Il avoit la face deliée, le
reste du corps en bon poinct, prompt à marcher, prompt à parler, et
prompt à faire: ayant tousjours la teste nuë, et rasée: expert à donner
soufflets, nasardes: à faire tromperie; tournant sa face en mille
sortes, et faisant diverses mines avec ses yeux bigles. Peu souvent
disoit verité, et servoit de mauvais guide sur les chemins aux passans;
car, quand on luy demandoit le droict chemin, il enseignoit tout le
rebours, et faisoit tomber les passans entre les griffes de ses
compagnons. Il portoit tousjours une certaine escarcelle pleine de
crochets, et limes sourdes, avec lesquelles il entroit de nuict és
boutiques des marchands, fournissant à ses compagnons des bonnes et
riches marchandises. Il depoüille les autels des Eglises, et entre
dedans la sacristie et revestiaire, et de là emporte le meilleur. O
qu’il sçavoit bien crocheter le tronc que le prestre montroit au peuple
pour y faire ses offrandes, en intention d’aider à parachever le
bastiment de l’Eglise, ou plustost pour acheter une bonne robbe à sa
chambriere! Par trois fois il avoit desjà monté en l’eschelle; et le
bourreau estant prest de luy donner le saut, avoit tousjours esté
secouru de Balde accompagné de sa suitte, et tiré par force d’entre tous
ces sergens embastonnez et armez. Mais, pour cela, il ne laissoit de
retourner aussi tost à son premier mestier, et estant prins par le
Prevost, et mené en la ville lié et garotté de cordons, entre mille
paysans armez de halebardes roüillées, et de pertuisanes, et estant
envisagé de tout le peuple, les marchans des bouticques crioient après
luy: «Voici ce diable, qui ne donne repos à personne: Il a volé, le
larron, l’Eglise des Cordeliers. Ha! le bourreau, il porte sur son dos
mille excommuniments! Il a desrobé aux moynes de S. Crestophle les deux
chandeliers, et une boëtte pleine de carolus. Il ne laisse aucun fruict
aux vergiers, ny aucuns choux aux jardins, ny aux poulalliers aucune
poule, ou chappon: il a donné sur la tonsure du Prestre, et l’a laissé
quasi mort, battu à coup de poing et a emmené sa jument.» Voilà les
beaux cris du peuple après Cingart; mais il ne se soucie gueres de tels
reproches, ny de telles clameurs. Or, pendant qu’il est en prison,
pendant qu’on luy prepare une potence, pour y estre le lendemain matin
pendu, il lime la nuict les barreaux, il rompt les pierres, perce la
prison, sort dehors, et va crocheter autres boutiques. Balde l’aimoit
par-dessus tous ses autres compagnons, parce qu’il estoit descendu de la
race de Margut[41]. Que dirai-je de toy, Falquet gemeau, qui pour Balde
as juré exposer ta vie tant de fois? Diray-je, mais en recitant, ce que
j’ay veu de mes propres yeux, il semblera que je seray un bailleur de
venuës, et forgeur de grandes menteries. J’ay veu Falquet nay avec deux
formes de corps. Il avoit jusques au cul la forme d’homme, et de là vers
le bas ressembloit à un levrier. Je ne sçay, ô lecteur mon amy, si tu
comprens bien cette chose? Je te le diray plus clairement: il mangeoit
des dents comme un homme, et rendoit par bas ses morceaux digerez comme
fait un mastin. Aussi estoit-il si legier à la course, qu’il attrapoit
chevreuls, lievres, daims, cerfs. Et par ce que ce gentil personnage
estoit ainsi moitié ressemblant aux chiens de Molosse, les Roys, les
Papes, et les grands Seigneurs luy vouloyent donner en leur court les
premieres places: mais, incaguant et les Papes, et toutes les faveurs
des Roys et Empereurs, il ne veult que dormir, boire et manger avec
Balde. Durant tel temps, Balde devint amoureux d’une belle et plaisante
fille nommée Berthe: iceluy l’enleva de force de chez son pere. Elle
surmontoit toutes les bourgeoises en beauté, et non seulement en beauté
de visage, mais aussi en contenance, au marcher, à son ris, à sa façon
et douceur de parler. Et, pour telles perfections, Balde, après avoir
prins l’advis de Sordelle, lequel avoit tousjours soing de luy,
l’espousa avec l’anneau nuptial. Et dès le premier assaut, elle devint
pleine, et toute gaillarde de ceste grossesse, meit au monde deux enfans
masles, dont l’un fut nommé Grillon, et l’autre Fanet; tous deux si
beaux de visage, si gaiz et si poupins, qu’on pouvoit bien dire qu’ils
n’estoient point d’autre que de Balde. Cependant Zambelle avoit atteint
une bonne aage. Zambelle, dis-je, fils de Berthe, et de sa mere Dine
Tonelle, lequel estoit estimé frere de Balde. Iceluy, aussi avoit
espousé une femme nommée Lene; Tognazze le barbet en avoit été cause,
comme nous dirons. Ce Zambelle avoit l’esprit plus rond qu’une boule, et
aussi aigu que le pilon dont on pile l’ail pour faire l’aillée. Tout ce
qu’il gagnoit avec sa beche et marre, Balde le despendoit en ses
buvettes, et aux tavernes. Pendant que Balde comme un magnifique vouloit
avoir à sa table des chevreaux, des cailles prinses avec l’espervier, et
des faisans prins avec l’autour; Zambelle ne mange que de l’ail, et à
peine quelques ciboules et oignons, et quelquefois est bien fier de
lescher les escuelles. Balde ne le laissoit dormir la nuit, et vouloit
que le long du jour il ne bougeast à travailler aux champs, ne trouvant,
après s’estre bien lassé à sa besongne, dequoy à grand’peine manger:
mais Balde, reposant à son aise, avoit la bourse et l’argent. Ce pauvre
homme voudroit bien se plaindre du tort qu’on luy faisoit; mais il
craint d’estre espousseté à l’accoustumée avec bons coups de bastons,
comme tous les soirs sa maigre eschine y estoit sujette. Estant un jour
seul aux champs, semant avec sa besche des favottes, lors que le soleil
commençoit à franchir les monts et Alpes de Vincence, Zambelle, à qui
les dents gresilloient d’envie de manger quelque chose, qui peut passant
par son estomach humecter un peu ses boyaux, et se promener en ses
tripes, ainsi que font des escrevisses en un panier: mais, voyant qu’en
sa besace penduë en un ormeau, il n’y avoit aucun morceau de chair, non
pas seulement une miette de fromage moisi; ni en son baril aucune eau
vinée, de laquelle il peut abbreuver sa bouche seche et altérée; jette
sa beche bien loing comme desesperé, et tire du profond de son estomach
des soupirs sortans par haut et par bas; et grattant d’une main sa
teste, et de l’autre son cul pour contenter ses ongles, puis qu’il ne
pouvoit saouler son ventre; marmonne en ses dents, et bredoüille des
mots en la bouche; et les faisans sonner, ainsi qu’on oyt boüillir des
raves en un pot, il despite, il jure, il injurie Balde. Enfin, plein
d’impatience, s’écrie en disant: O lasche de cœur! ô chien à vers! ha,
ho, mon ventre: ha, ma panse: ha, mes boyaux, me tairay-je tousjours
ainsi? Creveray-je ainsi d’une maigre famine? Estrangleray-je ainsi,
pauvre miserable que je suis, et cependant je ne cherche aucun secours?
Quelle plus grande disgrace me sçauroit arriver, quand je reciteray ces
miennes tristesses que j’ay au cœur? Et bien, ce bourreau et ribaud me
brisera l’eschine: ne me la rompra-il pas? et ne me la rompt-il pas tous
les jours toutesfois et quantes que je pense proferer une seule parolle?
Je trouveray enfin, qui me tirera du tout hors de tant d’ennuis; et qui
me fera sortir de tant de miseres et calamitez. Qui trouveras-tu enfin?
Certes, croy moy, on ne trouve personne qui veuille s’efforcer contre
des tyrans. Tu trouveras un gibet; qui sera veritablement la fin de tes
douleurs. Ha, chacun me chasse! chacun me refuit! car je ne suis vestu
que d’un meschant manteau rapetassé et pendant par lambeaux. Je n’ay pas
une pauvre coiffe pour couvrir la tigne de ma teste, et mes fesses sont
toutes nuës, n’ayant une meschante braye pour les couvrir. Je n’ay pas
seulement des guestres pour cacher mes jambes; mes orteils passent à
travers mes meschans souliers. Je n’ay pas en la bourse un chetif
denier, pour m’achepter un morceau de pain moisi, ou pour donner à un
barbier, qui me veuille abattre les poux, qui jour et nuit me rongent la
teste, n’ayant le moyen d’avoir un peu de savon pour les faire mourir,
en m’en lavant la teste. Je suis au peuple comme un vomissement: je sers
à tous de mocquerie, aux fols de marote, et tous nos Cipadiens
m’estiment moins qu’une savate. Il n’y a faute de personnes, qui comme
sages et advisez donnent conseil aux autres; mais je ne vois point
qu’aucun m’en veuille secourir. Tous sont medecins; mais chacun me denie
sa medecine. Tous sont compagnons, mais leur escuelle ne m’est compagne.
Je suis riche, personne ne veut exposer sa vie pour moy: je suis pauvre,
personne ne veut despendre pour moy un liard.» Comme Zambelle faisoit
telles complaintes, il voit de loing Tognazze passer, et l’estime venir
à propos pour luy dire ses pensées. Ce Tognazze est un vieillard pere de
la patrie, nay entierement pour chastier les desbauchez de Cipade. Il
avoit esté plusieurs fois Consul et Dictateur de Cipade: car, estant
grand praticien, il manioit les affaires du Senat, pour ce qui
despendoit des loix et ordonnances d’iceluy. Quiconque desiroit avoir un
conseil de Caton, alloit incontinent trouver Tognazze. Il portoit un
bonnet, lequel on appelle un bonnet de tailloir, du repli duquel
pendoient force papiers. C’est le propre à un Consul de porter quantité
de tels petits billetz, par le moyen desquels on s’asseure qu’il y a du
sçavoir, et de la prudence en la teste de celuy qui les porte. Il me
ressouvient avoir veu telle maniere de bonnets aux festes et
resjoüissances du carneval, et autres temps de folastreries, quand on
promene et fait-on jouer les beufles masquez. Au dessoubs de ce bonnet,
pendent les oreilles de Tognazze, de l’ordure desquelles on eust emply
plus d’une poisle. De son nez pendoient toujours de sales et vilaines
roupies, d’où sortoit une odeur ressemblant fort à celle d’une chaire
percée: de dessus ses espaules pendoit tousjours une meschante juppe
faite de plusieurs morceaux de velours, laquelle au temps passé on
portoit pour la reputation: avec icelle à grand’peine couvroit-il ses
fesses: comme il s’en estoit servi par long temps, aussi l’avoit-il par
usance toute pelée. Il n’avoit point d’esguillettes pour attacher ses
chausses, et luy suffisoit de les tenir avec deux boucles. Le vent
souflant luy decouvroit le cul. A la ceinture il portoit un petit
cousteau à demie gaine, avec lequel quelquefois il escorchoit des
anguilles, ou escorchoit des grenoüilles. En son marcher, il se tenoit
le plus droit qu’il pouvoit, encore qu’il fut bossu; et, en marchant,
avoit ses deux mains d’un costé et d’autre sur sa ceinture, et
ressembloit à un pot à deux anses. Se prelassant en ceste façon, se
manioit en quarré comme un oye. Aucunefois il tenoit ses mains cachées
en ses brayes, et c’estoit quand il faisoit froid, les eschauffant par
ce moyen.
[40] Noms de trois Cyclopes, compagnons de Vulcain.
[41] Margutte est le nom d’un géant qui joue un rôle considérable dans
le _Morgante_ de Pulci. Un extrait de ce poëme a été publié sous le
titre de _Marguttino_, vers la fin du quinzième siècle, et il a
obtenu d’assez nombreuses éditions. Margutte est d’ailleurs un franc
vaurien dont le caractère a fourni à Rabelais quelques-uns des
traits de la physionomie de Panurge. Il se vante lui-même de ses
vices; il en fait avec complaisance la très-prolixe énumération; il
les a tous, il a fait ses preuves et il est prêt à les recommencer.
C’est un libre penseur et un épicurien décidé; Morgant lui demande
s’il est chrétien ou sarrasin, s’il croit en Jésus-Christ ou en
Mahomet, et Margutte répond: «A te dire le vrai, je ne crois pas
plus au noir qu’au bleu, mais bien au chapon bouilli ou rôti. Je
crois encore quelquefois au beurre, à la biere, et, quand j’en ai,
au vin doux, mais j’ai foi, par-dessus tout, au bon vin, et je crois
que qui y croit est sauvé.
Ma soppra tutto nel buon vino ho fede
E credo che sia salvo chi gli crede.»
La mort de ce mécréant est digne de sa vie; à l’aspect des grimaces
d’un singe, il se met à rire d’abord un peu, puis davantage, puis
plus encore, et il crève enfin à force de rire.
Zambelle, l’appercevant, se resjouit, et va droit vers luy, et se haste
de l’attrapper, et s’escria: «Hola, Tognazze, hola, Tognazze, je veux
vous dire un mot?» Iceluy avec une gravité catonienne se tourne, et dit:
«Qui est-ce qui m’appelle? O Zambelle, je te cherchois, je songeois à
toy, et t’avois fiché dans mon entendement. Que fait-on? Je te voy tout
maigre, tout chétif! N’as-tu point encore desjeuné? n’as-tu point encore
beu, Zambelle mon amy? Il est temps que tu lasches la besongne, où est
la besace? Apporte!--Ha, ha! dit Zambelle en souspirant, ha, miserable,
je n’ay point de pain, je n’ay point de viande en mon bissac. Je n’ay
point de vin: voyez là mon baril vuide. Et à la mienne volonté, que
Balde n’eust non plus dejeuné que moy, et ceste Berthe qui mange tout ce
que j’ay! O malheureux, combien iceluy me fait-il tort! J’ay grand honte
de le dire à vous autres messieurs. Peut-estre ne seray-je plus nourry
par ce meurtrier. Je vous prie conseillez-moy, diray-je? L’accordes-tu?»
Tognazze, en toussant, et jettant dehors de grosses colles, luy respond:
«Je le veux bien, parle, et me demande tel conseil que tu voudras,
lequel tu eusses aussi bien receu de ta marre. O Maccaron, Maccaron,
quelle folie t’a prins? Qu’attens-tu cependant, pauvre gallefretier?
esperes-tu d’ailleurs la beschée? Dy, maroufle? Ce n’est point la
coustume de donner conseil aux paüvres sans salaire. Mais neantmoins
dis-moy ce que tu veux. Que fait ce ribaud, qui merite cent coups
d’estrapade, et estre tenaillé cent fois? Dis-moy, mon Zambelle: dis, or
sus ne pleure plus: déclare tousjours tes pensées à personnes qui soyent
d’un aage meur, lesquels ont l’experience de donner conseil au vray à
celuy qui est fasché et ennuyé comme toy. Ne sçais-tu pas bien comme nos
amitiez sont noüées ensemble?--Tu as bonne raison, dit Zambelle,
seigneur Tognazze: mais premierement je te prie de nous asseoir icy à
l’ombre, de peur que, par quelque malheur, ce meschant nous voye parler
ensemble, et qu’il estime que nous devisions en mal de ses actions, et
qu’il ne te rafrechisse de quelque bastonnades, sans avoir aucun respect
à ta qualité. Je ne parle point de moy: car je suis battu et rebattu de
ses folies, et contre les coups j’ay affermi les costes, et l’espine de
mes reins.»
Tognazze, tournant ses naseaux, avec une mine colerique: «Que jases-tu
tant? dit-il: penses-tu que je sois quelque homme de peu et un lasche
vilain? Toute la puissance de Balde ne sçauroit tourner le moindre
cheveu de ma barbe. Qu’il prenne garde à soy, et qu’il ne soit si hardy
d’approcher les pieds près de moy, ni de faire semblant de me regarder!
Et combien que ce breneux là batte et assomme plusieurs du simple
peuple, et qu’il taille et couppe ainsi un chacun, je te dy que je
n’estime point telle gens un champignon. Or, si je n’y puis mettre la
main, je les chargeray de parolles: dy hardiment que les chiens qui
abbayent à la lune sont coüards. Enfin tels bragards portent des espées
penduës à leur ceinture; mais, quand il est besoing de les desgainer,
ils escriment à coups de talon, et tournent les espaules au lieu de
l’estomach. Iceux se couvrent de bonnets, auxquels ils attachent des
hautes plumes qu’ils font trembler au vent pour faire peur aux mouches,
et les font pendre sur l’œil gauche ou droict. Ils font cent taillades à
leurs chausses autour de leurs cuisses et portent de petites capettes,
afin que le peuple voye par dessoubs le velours de leurs chausses; et
sur le derriere ont une courte dague attachée à un cordon de fil d’or.
Mais cependant ils n’ont morceau de pain pour manger en leur maison:
faisant les bragards, se fourrent en troupe dedans les cabarets et
tavernes, et donnent cruellement des assauts aux pintes et chopines,
renversent avec flacons et bouteilles le Grec et le Corse. Et de là
naissent ces mots de braveries qui se font retentir partout: _sacre
Dieu_, _putain_, _potte_, _je renie Dieu_, et plusieurs autres telles
parolles de ces bravaches, qui pourroient faire trembler le ciel. Je les
laisse maintenant là en arriere à l’escart; je feray digerer, à tels
galands sans bourse, leurs trippes et boyaux. Ce n’est point fables ce
que je te dis. Tu sçais ce que je porte en l’estomach.»
Zambelle, grattant la rongne dont il étoit farci à suffisance, commença
à dire: «Ha, mon Dieu, je voudrois estre mort! Ha, ha! il ne m’est temps
de faire ny d’ouyr tant de comptes. Je vous veux demander seulement une
chose, touchant ce qu’il me fait tous les jours, qui est assez pour
faire mourir de faim des petits enfans. Je suis tousjours attaché à ma
marre, et comme font les enfans je fais paistre nostre truye, je file:
mais rien ne me sert, ny ma marre, ny ma quenoüille, ny ma truye. Balde
devore tout: Berthe tire tout pour soy et pour ses enfants. Quand je
reviens à la maison, les bras pendans de lassitude, pensant prendre
quelque chose pour mon soupper, on me donne le bon soir avec un fort
baston noüailleux: je ne mange que des pensées, et de bons coups de
poing, et la patience me sert d’une estrange cueillere. Car ce meschand
ribaud me cogne et recogne: et, s’il se trouve las à me battre, Berthe
le seconde. «Pourquoy, dit-il, retournes-tu de si bonne heure à la
maison?» Et là dessus me battent derechef, me deschirent, m’assomment.
Voilà ma viande; voilà le soupper qu’on m’appreste, et n’ay point de
cognoissance d’autre chair. Lene ma femme, voyant le tort qu’on me
faict, s’égratigne le visage, se tire les cheveux, et se bat la
poitrine: mais ce meschant se jette sur elle comme un mastin sur un os,
et sur mon lict force ma femme. Secourez-moy, je demeureray tousjours
vostre esclave, et je desrobberay quelque petit fromage et quelque coing
de beurre, pour vous en faire present.» Tognazze luy fait response: «La
raison est entierement pour toy, et j’ay grande compassion de toy,
miserable. Laisse-moy seulement pour cet heure cest enragé; je feray que
tu ne seras plus à l’advenir si tourmenté de ce voleur.»
Ayans ainsi devisé ensemble, Zambelle retourne à sa besongne, et
Tognazze s’en va vers la ville, la bouche ouverte comme un sanglier que
le veneur a blessé de son espieu, lequel, traversant bois, bocages,
buissons, froisse tout par où il passe, escumant entre ses dents d’une
escume grosse et sanglante. Ainsi Tognazze s’encourt comme furieux à la
ville, montant droit au Palais, se presente devant le Podestat, et là
par bons argumens, et par le point de raison, et par plusieurs
tesmoings, prouve, que Balde est celuy, qui de droict, froid ou chaud,
doit estre pendu. Et, en après comptant sur ses doigts, il montre
clairement que Balde n’est point fils de Berthe: mais que, suivant le
rapport des plus vieils, il verifie que Berthe receut un jour en sa
maison un pauvre passant, las du chemin, lequel menoit avec soy une
vache à deux pieds estant empreinte, de laquelle il laissa Berthe chargé
et s’enfuit soudain. C’est celle qui a engendré Balde, mais plustost
engendré un diable, lequel avec sa croissance a tousjours depuis estimé
Berthe estre son père, et jusques à present a tenu Zambelle pour son
frere: mais, après que la mere en crevant par le fondement est morte, et
que Berthe avec sa femme a rendu l’esprit, ce gentil voleur s’est fait
seigneur par force de tout leur bien, lequel, comme il est tout notoire,
appartient à Zambelle. Balde, neantmoins, à tort ou à droict, en veut
avoir seul le gouvernement et consomme tout aux tavernes, et après les
putains. Cependant Zambelle tous les jours travaille avec sa trenche,
sans pain et sans vin, et, ne mangeant rien, se laisse manger aux poux.
Alors Gaioffe, qui estoit le Preteur et Podestat, assemble les plus
sages. Ce Gaioffe estoit un vray tyran de peuple. Il avoit eu une fois
et songé une telle vision: qu’un seigneur, venant à luy de la part de
Mars, et luy secoüant sa teste, l’avoit appellé second Franecator, un
autre Camille pour sa patrie, et pour le peuple: de là ce veillaque, ce
poltron devint cruel, et craignoit fort Balde, et ses amis, estant
jaloux de sa puissance. Jour et nuict il affinoit et aiguisoit son
entendement avec meschantes et malheureuses pensées. Il fabriquoit en
l’air plusieurs chasteaux, comme ont accoustumé de faire les tyrans, qui
n’ont aucun noble cœur, et avoit tout son soupçon sur Balde, lequel,
pour la grandeur de son courage, et pour sa vertu genereuse, s’estoit
rendu très agreable aux plus grands et au peuple. Ce Gaioffe, ayant peur
de perdre son authorité, imitant le vieil renard pelé, controuve mille
finesses, mille meschancetez, ramasse des occasions, suppose de faux
tesmoings: fait respandre parmy le peuple des menteries contre Balde,
faisant par ce moyen peu à peu grand tort à sa réputation: et rend ce
jeune homme si mal notté, qu’enfin par tout on parle fort mal de luy, et
est entre le peuple en mauvaise estime. Cest occasion se presentant
encor, Gaioffe assemble le Conseil, pensant bien faire mourir Balde.
Toute la troupe des Praticiens et Senateurs de Cipade s’assemble au
Senat. Ce lieu est un quarré, lequel maintenant on appelle Salle, grand,
et spatieux, pour contenir plusieurs bancs, le peuple et les Senateurs.
Au haut d’iceluy est le siege d’ivoire de Gaioffe, environné
d’estaffiers, et spadassins. Là se sied ce Juge à la face severe, ayant
tousjours soif du sang de quelque innocent. Il n’y a point faute autour
de luy d’accusateurs, ny de macquereaus, ny de flatteurs, ny de
plaisanteurs; et avec telles gens est meslée la discorde, remplissant
les oreilles de Gaioffe de mille menteries avec ses cent langues. Après
que tous ces illustres Senateurs eurent prins place, on fait retirer la
canaille, et fait-on fermer les portes. Et puis Gaioffe, faisant signe
de la teste, et de sa main, à ce qu’on eust à faire silence, commença
ainsi à parler: «Vous autres messieurs les Conseillers, et peres de la
patrie, qui estes assis icy autour, qui vous estes presentez en ce lieu
à la convocation de nostre bedeau et huissier, vous demandez pourquoy
nous vous avons icy appelez au son de la cloche? Vous sçavez, et n’estes
par vostre sçavoir ignorans, que je fais tout, que je dispose tousjours
de tout, que je traite et administre toutes choses: non pas que, par
aucune paction ou ordonnance, j’y sois obligé; mais la seule amitié, et
la seule estime que vous avez de moy qui suis vostre Roy et Preteur,
opere cecy en moy, comme estant et dependant du devoir d’amitié. J’ay
jusques à présent celé en mon cœur un meschant homme (comme souvent il
convient à la prudence d’un qui gouverne), mais sa miserable mere vous
l’a fait cognoistre n’estre qu’un teigneux, ainsi que l’experience vous
l’a montré. Car vous sçavez dès longtemps quelles et combien grandes
sont les meschancetez de Balde. En ses voleries et rapines, il n’y a
aucun but ny fin. Quand il est parvenu à l’aage virile, il a aussi tost
commencé à s’accompagner de couppe-bourses, de machefers, et de
taillepiliers, lesquels nous appellerons mieux à propos taille-bourses.
Il s’est fait chef d’iceux, surpassant en meschanceté tous les autres.
Et le soustiendray-je? l’endureray-je? Ce ribaud abusera-t-il ainsi de
ma bonté? Qui a-il que je ne souffre pour entretenir la paix, et le
repos de mes citoyens, encore que ce meschant semble estre nay à la
ruine de nostre ville, comme un nouveau Catiline? Nostre patience, ô
peres, a fait que ce ribaud est le plus grand voleur, qui se puisse
trouver. Il se moque de moy et de vous. A quelle fin verrons-nous au
reste cette sienne audace parvenir[42]? La gravité de vos personnes, ny
ma majesté, ne le peuvent dimouvoir, ny les gardes de nuict, ny les
archers, ny les sergens, ny mille diables le peuvent estonner, tant est
grande la hardiesse de ce larron. Ne connoist-il point que ses meurtres
sont tous manifestes au ciel, à la terre, et à l’enfer? Il a à sa
dévotion toute Cipade, qui a tousjours esté la retraicte des meurtriers,
afin qu’il puisse assommer mes citoyens, et mon peuple. C’est, dis-je,
un peuple, qui est nay pour destruire notre ville: Qui est, je vous
prie, mis en quartiers par l’ordonnance de nostre chaire? qui est
tenaillé? qui est marqué au front? qui est mis au carquant? qui est
attaché au gibet? N’est-ce pas des compagnons de Balde? N’est-ce pas
cette race maudite de Cipade? En icelle on tient eschole pour apprendre
à desrober, et la charge des escholiers est donnée à Balde. De là cette
jeunesse, ainsi bien instruite sous un tel precepteur, apprend dès la
premiere instruction à blasphemer le nom de Dieu, et puis se retirent
aux forests, et se tenans dedans les bois pour leurs domiciles, ces
voleurs ne s’employent qu’à voler, assiegent les chemins, assaillent les
passans, les tuent, et puis jettent leurs corps dedans les estangs et
rivieres, après les avoir despoüillez, pour en donner pasture aux
grenoüilles. Et si on les void ensemble, vous y verriez mille rondaches,
mille pertuisannes, picques, halebardes, langues de bœuf, bastons à deux
bouts, et delaschans leurs arquebuses faire _touf taf_. Leurs barbes
sont tousjours sales, et saulpoudrées de leur poudre à canon. Ils ont
les sourcils des yeux bruslez; ils ne regardent jamais aucun d’un droict
regard; mais jettent leur œil la part qu’ils pensent que vous serriez
vostre argent, ou en la poche de vostre saye, ou dedans la brayette. Au
siflet de leurs compagnons ils entendent soudain que le marchant est
près, lequel il faut voler; et, le mettant en blanc voire jusques à la
chemise, le laissent sur la place. Balde commande à telles gens: de luy
viennent tant de maux. Si Balde n’estoit au monde, que craindroit le
marchant? de qui auroient peur les passants? de qui se soucieroit ceste
ville? Il faut, ô peres, prendre garde au chef, lequel doit estre
rabbatu par l’espée de raison. Les membres n’ont plus de valeur, quand
on oste la teste de dessus les espaules. Coupez la teste du serpent, il
ne se lancera plus contre vous.»
[42] Tout ce passage est, on le reconnaît sans peine, une parodie de
la célèbre harangue dans laquelle Cicéron attaqua Catilina.
Il existe un opéra bouffon de Casti, fort original; Cicéron en est
le héros, la conjuration de Catilina le sujet. Cette pièce est fort
amusante; la grande _aria buffa_ du rôle de Cicéron est la
composition de sa célèbre harangue contre le conspirateur. Il
cherche dans sa tête, essaye plusieurs débuts, et il est au comble
de la joie lorsqu’il a trouvé son _quousque tandem_ qu’il va,
dit-il, improviser au sénat, _Alfine, alfin, l’ho ritrovato_, etc.
Le sénat est assemblé; on fait silence, après que les pères
conscrits ont chanté tous ensemble:
Or cominci l’orazione
Marco Tullio Cicerone.
Il prononce sa harangue, interrompue vingt fois par des _vivat_ et
des _bravo_; cette furieuse séance est ainsi extrêmement comique.
Gaioffe, en finissant cette remontrance, montra en ses gestes qu’il
couvait au cœur une grande cholere et desdaing. Tous les assistans
murmurent ensemble, pour le moins ceux qui estoient ennemis formez de
Balde, et ceux aussi qui avoient esté esmeus par les paroles du
Presteur: et, levans la face et les mains, crient justice. «Quoy,
disent-ils, ceste meschante beste vit-elle encor? Quoy, seigneur
Podestat, que peut-on jamais esperer d’un larron, que des pertes, des
ruines, des voleries, et des homicides? Il faut pendre ces larrons. Il
faut bruler ceste Cipade, et que cest ennemy du ciel, de la terre, et de
la mer, soit mis en quatre quartiers pour servir d’exemple à tous ses
autres ribauds.»
Aucuns toutesfois de la compagnie, tenans leur bouche close, et se
serrant la lèvre avec le doigt, se plaignoyent en eux-mesmes de telle
resolution. Du nombre de ceux-cy estoit Sordelle, lequel poür ce qui
concernoit la justice estoit fort hardy, et se sçavoit bien aider de sa
langue, et de l’espée. Iceluy, considerant qu’un chacun jettoit sa veüe
sur luy, se retient un peu, et puis, se tenant debout de son siege,
commence ainsi à parler: «O serenissime Podestat, et vous autres, qui
luy assistez, et vous aussi Peres, qui devez conserver l’honneur de
cette ville, ce lieu requiert qu’un chacun y aye la bouche ouverte, et
que la langue puisse proferer ce que bon luy semble sans vengeance. Pour
ceste cause, afin que la faute, que je commettrois en me taisant, ne
tourmente ma conscience, je diray cecy avec raison: c’est que j’ay
cogneu l’esprit de Balde, et sa valeur, dès ses jeunes ans, et dès son
enfance. L’esprit de l’homme est tel, que facilement il se laisse aller
au chemin des vices en la delicatesse de son jeune aage, s’il n’est
retenu par un escuyer et par une bride; car lors il est transporté çà et
là comme la volupté, qui n’est retenuë par aucun mords. Aussi l’enfant
qui est bien nay, combien qu’il suive les appasts des delices de ce
monde, ne sçachant encore que c’est des resnes de raison; si d’aventure
il rencontre un personnage meur de conseil, qui l’advertisse de ses
fautes, et que par crainte de la verge il escoute volontiers un tel
homme; il est certain qu’abandonnant peu à peu ceste liberté, qui le
rendoit farouche, se laissera conduire à de bons enseignements, et se
rendra enfin tel, que par une modestie humaine on le verra destourné de
tout vice, et se rangera du tout à ce qui est de droict, y demeurant
attaché, et comme collé. Nous voyons les forts et robustes taureaux se
soubmettre soubs le joug, estant leur fierté domptée par le chartier.
Tousjours seroit indompté le poulain, s’il n’avoit un escuyer, qui le
domptast. L’espervier s’apprend à revenir sur le poing, avec un petit
poulet. Ainsi seroit de Balde, lequel est venu d’une très-noble lignée.
Mais j’en voy plusieurs de vous autres secouer la teste, et tourner le
nez de costé. Je cognois bien maintenant les pensées, qui sont en vostre
courage. Je ne veux point jetter davantage mes paroles au vent. Ha! que
suis marry de ce que comme à vieil bœuf le pennon me pend si bas
maintenant pour l’aage que j’ay! Je n’ay point faute de courage, je le
confesse: mais ma force s’en est volée.» Ayant mis fin ainsi à son dire,
il se retira tout furieux en sa maison, et au bout de trois jours,
estant outré de trop ennuy, rendit l’esprit. Aucuns ont eu soupçon que,
par menée de Gaioffe, il fut empoisonné par le Médecin, qui le
medicamentoit. Or reposons-nous un peu, ma Gose, avant que ce qui
s’ensuit me fasse suer en chemise.