Est unus in Padua notus speciale cusinus.
In macharonea princeps bonus atque magister
Discaleis pedibus propter mangiare polentam
Per fangum et nives caminare atque pedester
Hic ubi de vino facient merchata vilani
Cum San Hieronymo retinet signale botegam,
Non est in toto quisquam poltronior orbe
Sanguine fachinus perjurus atque bosarus,
De zucharo jurat fattos de melle syrupos,
De puteo toltam aquam jurat esse rosatam
Et quicquid vendit nihil est, mihi credite, bonum.
Giovan Giorgio Alioni, né à Asti, est plus connu que ses prédécesseurs,
grâce à la découverte récente de deux ou trois exemplaires de ses _Opera
jocunda metro macharronico materno et gallico composita_, Asti, 1521,
petit in-8º; une partie de ce très-rare volume est en français, une
autre partie en dialecte astesan; le surplus est en style macaronique.
Ces dernières compositions ont reparu à Asti en 1601 sous le titre
d’_Opera piacevole_ di Giorgio Alioni, mais la plus grande portion du
contenu du volume de 1521 a été retranchée.
Le savant auteur du _Manuel du Libraire_ a publié en 1836 une édition
des œuvres françaises d’Alioni, en y joignant une notice
très-intéressante de 51 pages. Ce volume, imprimé avec beaucoup de soin,
n’a été tiré qu’à 110 exemplaires[15].
[15] L’exemplaire dont s’est servi M. J.-Ch. Brunet avait été acquis
dans une vente publique de Londres au prix de dix-sept livres
sterling, cinq shillings. Depuis, un second exemplaire, plus
complet, s’est montré à la vente de M. Libri, faite en 1847 (nº
444); il a été adjugé au prix de dix-sept cent cinquante francs,
pour compte, assure-t-on, du grand-duc de Lucques. Ces deux
exemplaires et celui qui a figuré dans les cabinets de deux célèbres
bibliophiles du siècle dernier (Gaignat et le duc de la Vallière)
paraissent les seuls dont l’existence soit aujourd’hui connue.
M. Delepierre, dans son _Macaronéana_, a donné, pages 76-85, une analyse
rapide de la comédie, des _farsas_, des _frotulas_ et _cautiones_ en
dialecte astesan; il revient, p. 129-132, sur les particularités
bibliographiques qui concernent Alione, et il transcrit, p. 244-250, un
échantillon considérable des vers macaroniques de cet écrivain. Nous
nous bornerons à en donner un specimen d’une dimension peu redoutable.
Duos Lombardos etiam vidisse recordor
Hic ad tabernam; volentes edere saltim
Par ovum cuilibet sic, et passare caminum
Accidit ut unus primum ovum cum scapellasset,
Illum trovavit coeyzum cum polastrino;
Et cum vocaret famulum pro facere greusam,
Alter sagacior dixit illi: Tace brignone;
Sorbe, crede mihi, spagia travondere cito;
Hospes si intendet nobis dedisse polastros,
Per certum faciet cuilibet pagare tregrossos.
Guarinus Capella composa un petit poëme _in Calabrinum Gogamagogæ regem
composita, multum delectabilis ad legendum_, imprimé à Rimini en 1526,
petit in-8º, 28 feuillets[16]; ni Genthe ni M. Delepierre n’ont fait
connaître par quelque citation ce livre fort rare, dont le titre seul a
sans doute passé sous leurs yeux.
[16] Un exemplaire se trouvait à la vente Nodier en 1844; il a été
payé soixante et un francs. Un autre s’est rencontré dans un recueil
qui a figuré à la vente Renouard en 1854 (nº 2331).
Barthélemy Bolla vivait vers le milieu du seizième siècle, il se
qualifie lui-même de _vir ad risum natus_ et d’_alterus Coccaius_; on
connaît de lui deux productions fort rares l’une et l’autre; _Nova
novorum novissima, sive poemata stylo macaronico conscripta, quæ faciunt
crepare lectores et saltare capras ob nimium risum_, 1604, inséré en
1670 à la suite du poëme d’Arena _ad suos compagnones_, dont nous aurons
bientôt l’occasion de parler[17]: _Thesaurus proverbiorum
italo-bergamascorum rarissimorum et gabartissimorum in gratiam
melancholiam fugientium, Italicæ linguæ amantium, ad aperiendum oculos
editurum, à B. Bolla, viro incomparabili, et alegriam per mare et per
terram sectante_, Francofurti, 1605, in-12.
[17] M. Delepierre, p. 260, transcrit une quarantaine de vers de
Bolla.
Ce recueil est extrêmement rare; M. G. Duplessis convient, dans sa
_Bibliographie parémiologique_, p. 277, qu’il n’a jamais pu le
rencontrer; nous n’avons pas été plus heureux[18].
[18] Un savant et laborieux bibliographe allemand, M. Graesse, annonce
dans son _Trésor des livres rares et précieux_, 1858, p. 185, qu’il
possède un exemplaire de ce curieux volume, lequel est composé de 70
feuillets non chiffrés. Les proverbes, qui sont en partie
très-licencieux, sont dédiés au Landgrave Maurice de Hesse et placés
dans l’ordre alphabétique.
Un éloge du fromage composé par Bolla a été reproduit dans le recueil de
Dornaw: _Amphitheatrum sapientiæ socraticæ_, Hanau, 1609, t. I, p. 625.
Flogel, dans son _Histoire du burlesque_ (en allemand, Leipsick, 1794,
p. 130), transcrit une quarantaine de vers empruntés à un des écrits de
ce personnage, qui était un acteur jouant le rôle d’Arlequin: _Colbii
Neu schlosiani laudes_.
Plaçons ici un specimen fort court comme de raison du style de Bolla:
In isto loco est usanza
De qua non possum ridere a bastanza;
Hanc cum primo spectavi
De troppo rider quasi crepavi,
Et nunquam desit ridendi materia,
Quia hic non curant seria.
Qui primo huc venit peregrinus,
Etiamsi Cæsar esset Maximius,
Oportet colbum, seu mazzam grandissimam,
Et non omnibus portabilissimam,
Ex quodam certo loco tirare,
Et supra spallas circa castellum portare,
Postea ad ipsum locum ritornare
Et colbum ad quendam chiodam atacare,
In præsentia serenissimi, illustrissimorum
Et aliorum nobilium virorum.
Baiano, Zancalaio, Graseri, Affarosi et quelques autres Italiens se sont
exercés dans le genre macaronique, mais leurs productions sont très-peu
connues, et n’ont pas assez d’importance pour obtenir ici quelques
détails. On a parfois placé, mais à tort, parmi les écrivains
macaroniques, le moine François Columna (ou Colonna) qui écrivit, sous
le titre d’_Hypnerotomachia_, une sorte de roman métaphysique et
allégorique, fort obscur, mais où domine la passion qu’une femme, nommée
Polia, avait inspirée à ce religieux.
Ce livre est écrit d’un style bizarre qui se rapproche beaucoup du
pédantesque et qui renferme une multitude de superlatifs. Nodier est
allé trop loin en disant que les pages de l’_Hypnerotomachia_ se
composent de mots hébreux, chaldéens, syriaques, latins et grecs, brodés
sur un canevas d’italien corrompu, relevé d’archaïsmes oubliés et
d’idiotismes patois[19].
[19] La première édition de cet ouvrage vit le jour à Venise, chez
Alde Manuce, en 1499; une seconde sortit, en 1545, des mêmes
presses. J. Martin traduisit en français, en 1546, le _Discours du
songe de Poliphile déduisant comme amour de combat à l’occasion de
Polia_. Une autre version, mais abrégée et arrangée, due à J.-G. Le
Grand, a paru en 1804, chez Didot, 2 vol in-18.
Qu’il nous soit permis de reproduire quelques lignes, qui donneront une
idée exacte de cette diction singulière.
«Sopra de questo superbo et triumphale vectabulo, vidi uno bianchissimo
cycno, negli amorosi amplexi d’una inclyta nympha, filiola de Theseo,
d’incredibile bellecia formata, et cum el divino rostro obsculantise,
demisse le ale, tegeva le parte denudate della in genua Hera; et cum
divini et voluptici oblectamenti istavano de lectabilmente jucundissimi
ambi connexi, et il divino olore tra le delicate et nivee coxe
collocato. La quale commodamente sedeva sopra dui pulvini di panno doro
exquisitamente di mollicula lanuginc tomentati cum tutti gli sumptuosi
et ornanti correlarii opportuni.»
L’_Hypnerotomachia_ se termine ainsi:
«Cum non exiguo oblectamento degli cœliti spirituli, tanto inexperto
evosmo fumulo redolente, per laire risolventise, cum il delectoso somno
celeriuscula dagli ochii mei, et cum veloce fuga se tolse essa dicendo:
Poliphilo caro mio amante, vale.»
César Orsini, caché sous le nom de _Stopinus_, publia, en 1636, un
volume de _Capriccia macaronica_, qui a été réimprimé plusieurs fois, et
qui est une des bonnes productions en ce genre. On y remarque un traité
burlesque _De Arte robandi_, un petit poëme sur un sujet qui a souvent
occupé les poëtes italiens: _De Malitiis putanarum_, et les éloges de
l’ignorance, de la méchanceté, de la folie; nous emprunterons quelques
vers à ce dernier panégyrique; il forme la quatrième macaronée: _De
laudibus pazziæ._
Sunt etenim multi (nec tantum dico potentes
Divitiis opibusque, quibus moriendo bisognat
Heredes lassare suos, qui prædia et aurum
Possideant, magnas pro conservare casadas)
Sed poveri atque inopes qui toto tempore stentant,
Nec solo de pane queunt implere budellas,
Attamen uxores ducunt, capiuntque novizzas,
Esseque lætantur pazzia duce, maritos.
Sunt multæ pariter viduæ quas sæpe videmus
Pazziam Seguitare viri post funera morti;
Namque ista vivendo diu cum conjuge primo
Mille malas pasquas habuerunt, mille malannos,
Partibus inque suis probaverunt mortis afannos,
Non tamen absque viro patientur ducere vitam,
Nam sine compagno possunt dormire negottam,
Atque viduali nequeunt requiescere lecto;
Quin imo peccatum sic solæ vivere credunt;
Hinc ab eis conjux est primus apena sepultus,
Quod pensant alium sibi retrovare maritum:
Sic etenim regina illis Pazzia comandat.
Nous transcrirons quelques vers empruntés à Meno Beguoso, dont les
_Rasonamenti, canti, canzon, sonagiti et smerdagale_, forment un recueil
imprimé en 1773, composé de deux parties, et presque impossible à se
procurer.