BAPTALIA SORZORUM CUM RANIS.

O quæ montagnam colitis, mihi plurima, musæ

Carmina forte precor, date, grandem namque bataggiam

Inter homos cupio cantare in carmine sbrajans.

Ipse ergo sorzorum, ranellarumque criorem

Exponam, ad largum dixit quem Nona caminum,

Hinc crior iste scomenzat; nam sorzus fuit unus,

Qui gattam fugiens fermas gambettat ad undas,

Ut sibi lympha sitim cavet; imas illa buellas

Brusarat; fermis testam cazzavit in undis.

Occupons-nous maintenant des écrivains français qui se sont exercés dans

le genre macaronique.

Le plus remarquable est Antonius de Arena. On a dit et imprimé qu’il

s’appelait _du Sablon_; c’est une erreur fondée sur l’opinion où l’on

était qu’il avait latinisé son nom, à l’exemple des littérateurs qui, à

cette époque, masquaient et défiguraient leur nom par une traduction

latine. On avait pensé qu’il fallait reconnaître _du Sablon_ sous le mot

_Arena_, tout comme on reconnaissait _Du Chêne_ sous l’écorce de

Quercetanus.

Cette méprise figure dans la réimpression faite à Avignon des poëmes de

cet auteur, dont les dictionnaires biographiques ont à l’envi travesti

le nom. Il est appelé _Sablon_ dans Moréri, et du Sable dans le

_Dictionnaire_ de Chaudon et Delandine. La _Biographie universelle_,

renchérissant sur ces erreurs, prétend que sa famille était, dès le

treizième siècle, connue sous le nom de _la Sable_. Un historien

provençal, exact et presque contemporain du poëte qui nous occupe,

Honoré Bouche, dit expressément, dans sa _Chorographie de Provence_,

qu’il se nommait Antoine de Arena; son père, Nicolas d’Arena,

jurisconsulte habile, était venu de Naples à la suite du roi René.

Les pièces de vers composées par Arena peuvent se diviser en deux

classes; d’abord viennent les écrits qui remontent à la jeunesse de

l’auteur et qui sont inspirés par une morale facile. Le poëte veut

enseigner à ses compagnons l’art de bien danser et d’obtenir ainsi les

bonnes grâces du beau sexe.

Dedecus est malum tripudiare male...

Bellas garsetas dansa venire facit.

Il observe, judicieusement, qu’une fois mort on ne danse plus:

Dansa cum vivis, post mortem non choreabis,

Nam paradisus habet tempana nulla sacer.

Il se pose cette question: «Quid est Dansa?» Il répond: «Est una

grossissima consolatio quam prendunt bragardi homines cum bellis garsis

sive mulieribus, dansando, chorisando, fringando, balando, de corpore

gayo et frisco; quando menestrius, carlamuairus, flotairus, juglairus,

tamborinairus bassas et hautas dansas, tordiones, branlos, martingalas

et alias sautarellas tocat, siblat, carlamuat, fifrat, tamborinat,

harpat, rebecat, floutat, loudat, organat, cantat de gorgia, de

carlamusa clara, de carlamusa surda, etc.»

Quant aux mots _dansando cum bellis garsis_, le _doctor dansans_ les

explique de la manière suivante: «Intelligo quando dansamus a l’usansa

de Francia et de Provensa; nam in omnibus partibus Franciæ et Provenciæ,

homines dansant publicè in domibus et in plateis et per carrerias, simul

cum mulieribus, tenendo eas per manum. Sed in Hispania et Italia, ubi

sunt homines multum gilosi sive zylotepi, homines nunquam aut rarissimè

dansant cum mulieribus, sed homines soli cum hominibus dansant, imo,

quod est pejus, puellæ nobiles et de estoffa quæ non sunt maritatæ,

quasi nunquam exeunt extra domum.

«O beata Francia, ô bragardissima Provincia quæ est patria plena

bonitate, castitate, et sanctitate, et ideo plures sancti et sanctæ

voluerunt habitare in nostra Provincia.»

Arena expliqua ensuite pourquoi la danse est _una grossissima

consolatio_: «Non intelligas quòd homines capiant voluptatem et solatium

propter puellas, nec puellæ propter homines, cogitando ad incarnationem;

minimè! Sed intellige quod capiunt consolationem et gaudium, propter

alacritatem et allegrissimam sive melodiam soni, quem facit flouta et

carlamusa, quando tocantur et siblantur, nam quemadmodum bonum vinum

lætificat cor hominis, ita gaya dansa est alegra et lætificat corda

hominum.»

Sa _Gaya epistola ad falotissimam garsam, Janam Rosacam_, est d’une

originalité souvent piquante:

O mea plesansa! o mea mignonissima dama!

Dilige personam granditer, oro, meam.

Tu es mihi tam bella et bona bragardissima garsa

Quod vellem in camera te rigolare mea.

Semper ero felix, joyosus, friscus, alegrus,

Si possim gambas gratigolare tuas.

Impegolata meo cordi tu es, chara gogeta,

Spes mea, blanditiæ deliciæque meæ;

Ipse licet videam bragardas mille puellas,

Per Christum Dominum! tu mihi sola places.

Grandem perdonem gagnabis de paradiso

Si tu me facias corpus habere tuum,

Si de secreto vis plus parlemus, amica,

Nil mihil rescribas, attamen ipsa veni.

L’édition originale de l’ouvrage dont nous rendons compte parut à Lyon

vers 1527, sous le titre suivant: «Anthonius Arena de Bragardissima

villa de Soleris, ad suos compagnones studiantes qui sunt de persona

friantes, bassas dansas in gallanti stilo bisognatas... et epistola ad

falotissimam garsam pro passando lo tempus alagramen tum mandat.» On

connaît une douzaine de réimpressions faites au seizième siècle et au

commencement du dix-septième. La plus complète a vu le jour en 1670, _In

Stampatura stampatorum_. Celle de 1758, petit in-12, est soignée[20].

[20] M. Delepierre, dans son _Macarenéana_, p. 310, transcrit un

morceau en prose et un en vers d’Arena.

David Clément, dans sa _Bibliothèque curieuse_, t. II, M. Du Roure,

dans son _Analecta biblion_, t. I, p. 311, ont longuement parlé de

cet auteur.

D’autres ouvrages macaroniques d’Arena sont d’un genre plus sérieux; ils

offrent les récits de la guerre de Rome, de celle de Naples, de celle de

Gênes, et surtout de l’invasion que Charles-Quint fit en Provence l’an

1536. Ce dernier poëme contient des détails qui appartiennent à

l’histoire du pays. L’auteur le date du milieu des bois, et dit en prose

macaronique: _Scribatum estando cum galhardis paysanis por buscos,

montaubas_, etc. Reproduisant une assertion fort hasardée, l’auteur

avance que le Dauphin, fils aîné de François Ier, fut empoisonné, et, au

début de son œuvre, s’adressant à ce monarque, il s’écrie:

Pro vobis tantum non vos natura creavit,

Reges pro populo Christus in orbe facit.

La _Meygra entrepriza catoliqui imperatoris_ fut imprimée, pour la

première fois, à Avignon, en 1537[21]. Il en existe deux réimpressions,

l’une de Bruxelles, 1748, trop peu correcte; l’autre de Lyon, 1760. Ce

poëme contient en tout deux mille trois cent quatre-vingt-seize vers,

alternativement hexamètres et pentamètres. Une verve spirituelle l’anime

et le fait lire avec plaisir.

[21] Cette édition est très-rare; de beaux exemplaires ont été payés

cent soixante francs, vente Nodier, en 1844, et deux cent

quatre-vingt-dix-neuf francs, vente Renouard, en 1854. Ajoutons

qu’une pièce de quarante-quatre vers macaroniques, composée par

Arena, a été découverte récemment dans un livre de droit: _Articles

de le stil et instructions nouvellement faits par la souveraine

court du Parlement de Provence_, Lyon, 1542, in-4º. (Voir le

_Bulletin du Bibliophile_, 1843, p. 30 et 33.)

Jean Germain, jurisconsulte provençal qui marchait sur les traces

d’Arena, écrivit une relation de l’invasion de la Provence par

Charles-Quint: cette _Historia brevissima Caroli Quinti Imperatoriis à

provincialibus paysanis triomphanter fugati et desbifati_ a été imprimée

probablement en 1538 et avec la date erronée de 1536, sans indication de

lieu (à Lyon). C’est un livret de 18 feuillets, devenu extrêmement rare;

on l’avait plusieurs fois confondu avec l’ouvrage d’Arena, mais

l’académicien Charles Nodier, ayant eu l’avantage de s’en procurer un

exemplaire, constata la différence et signala dans le _Bulletin du

bibliophile_ de M. Techener (2me série, 1835, p. 323) le livret de

Germain[22].

[22] En 1844, à la vente de la bibliothèque Nodier, l’_Historia

brevissima_ fut adjugée au prix de quatre-vingt-onze francs. Il ne

paraît pas qu’on en connaisse d’autre exemplaire. Celui-ci s’est

montré derechef à la vente de M. Borluut, faite à Gand en 1858, où

il s’est élevé à deux cents francs. Ni M. Genthe, ni M. Delepierre

n’ont pu en présenter quelques citations, ce précieux opuscule

n’ayant jamais passé sous leurs yeux. Nodier le caractérise avec

raison comme étant, ainsi que le poëme d’Arena, des monuments

précieux de l’histoire nationale; ils contiennent une foule de

renseignements particuliers qu’on ne trouverait pas ailleurs, et une

bonne édition critique de l’un et de l’autre ouvrage serait une

œuvre utile et digne du meilleur accueil. Germain était avocat,

Arena était juge. «Les jurisconsultes de ce temps-là, observe

malignement Nodier, étaient plus facétieux que les nôtres. Ceux-ci

ont renoncé à la langue macaronique; ils ne s’en servent que

lorsqu’ils veulent faire du latin.»

Un des bons poëtes français du seizième siècle, Remy Belleau, s’est

essayé dans la poésie macaronique. Il a laissé un écrit dont les

troubles qui désolaient alors la France lui ont fourni le sujet, le

_Dictamen metrificum de bello hugonotico, et Reistrorum pigliamine ad

sodales_.

Cet opuscule a été réimprimé à la suite de quelques éditions de l’_École

de Salerne en vers burlesques_, Paris, 1649 et 1664, Leyde, 1651, ainsi

que dans l’Arena de 1670. Genthe, pages 303-308, l’a également donné en

entier. C’est ce que nous nous garderons bien de faire, mais notre revue

des productions macaroniques serait incomplète si nous ne faisions, par

une courte citation, connaître cette œuvre qui raconte gaiement des

choses très-peu risibles.

Tempus erat quo Mars rubicundam sanguine spadam

Ficcarat crocco, permutaratque botilla,

Ronflabatque super lardum, vacuando barillos,

Gaudebatque suum ad solem distendere ventrem,

Et pottæ horridulum Veneris gratare pilamen,

Vulcanique super pileum attaccare penachium;

Nam Jovis interea clochitans dum flumen aguisat,

Et resonare facit patatic patatacque sonantes

Enclumas, tornat candems dum forcipe ferrum,

Martellosque menat, celeres menat ille culatas

Et forgeronis forgat duo cornua fronti,

Sic tempus passabat, ouans cornando bon-homum,

Artes oblitus solis, divumque bravadas;

Non corcelletos, elmos, non amplius arma:

Nil nisi de bocca Veneris Mars basia curat,

Basia quæ Divos faciant penetrare cabassum,

Omnia ridebant securum, namque canailla

Frantopinorum spoliata, domumque reversa,

Agricolam aculeo tauros piccare sinebat,

Et cum musetta festis dansare diebus

In rondum, umbroso patulæ sub tegmine fagi.

Le poëte trace le tableau des excès et des pillages auxquels se

livraient les hordes indisciplinées qui se ruaient sur la France,

dévalisant avec une entière impartialité amis et ennemis:

Altaros, Christum spoliant, calicesque rapinant,

Eglisas sotosopra ruunt, murosque ruinant.

Petra super petram vix una, aut altra remansit.

Omnia sanctorum in piessas simulacra fracassant,

Incagant Pretris, monstrantque culamina Christo.

Omnia diripiunt, unglisque rapacibus ipsa

Condita de chassis brulant ossamina ruptis,

Aut pro caresmo canibus rodenda reliquunt;

Testiculos sacros Pretris Monachisque revellunt,

Deque illis faciunt andouillas atque bodinos,

Aut cervelassos pratico de more Milani,

Nil illis troppo calidum fredumve Diablis;

Omnia conjiciunt carretis atque cavallis,

Chaudrones, pintas, plattos, rezacalda, salieras,

Landieros, brochas, lichefrittas, pottaque pissos,

Cuncta volant, ventremque replent de carne salata,

Edocti plenis animam tirare botillis...

Nunquam visa fuit canailla brigandior illa.

Une autre production macaronique peu connue fut mise au jour à Paris

en 1588, 8º (onze feuillets), sous le titre de _Cagasanga

Reystro-Saysso-Lansquenatorum per magistrum Joan. Bapt. Lichiardum,

recatholicatum spatiporcinum poetam cum responso, per Joan. Kransfeltum,

Germanum_; elle a été attribuée, soit à Tabourot, le facétieux auteur

des _Bigarrures_, soit à J. B. Richard. Nous trouvons au catalogue de la

belle bibliothèque de M. Coste de Lyon, vendue en 1853, une édition en

quatre feuillets de cette macaronée; elle avait échappé aux recherches

des bibliographes et a été adjugée à 42 fr. (nº 729). M. Delepierre a

réimprimé la _Cagasanga_ et, d’après lui, nous en transcrirons quelques

vers:

Omnes incagant prestri, monarchique Reistros

Illis gambadas faciunt, vestamque panadas

Postico ad nasum, gamba pif pafque levata...

Ite, ite æternis et vos abscondite lustris,

Quos non damnosæ puduit mala turba catastæ,

Nec de Germano deinceps vos sanguine cretos

Jactate, ignotis eduxit cerva latebris.

Jean Cécile Frey, docteur en médecine et professeur de philosophie à

Paris, où il mourut à l’hôpital en 1631, quoiqu’il eût été médecin de

Marie de Médicis, a laissé divers ouvrages oubliés de nos jours; un

d’eux, le seul dont on se souvienne encore, appartient à la littérature

macaronique; il a pour titre: _Recitus veritabilis super terribili

esmeuta Païsanorum de Ruellio_, autore Samon Fraillyona, sans lieu ni

date, 8º, 8 pages. C’est le récit d’une émeute à Rueil, où des paysans

livrèrent combat à des archers, à cause d’un impôt nouveau établi sur le

vin.

Mos fuit ancienus de toto tempore semper

Gardatus (veluti mendusque bonæque racontant

Gentes, quique suæ jam sunt in limine fossæ

Viellardi) in pagis circum villam situatis,

In maisone sua cueillitum vendere vinum.

Nullus facheuso muyos menare chemino

Debuit at Grevam; sed lætus sponte Ruellam

Mercator veniens, bellâque bonâque monetâ

Cuvâ vendangis achetabat vina peractis.

Genthe, page 302, s’est borné à citer les quatre premiers vers de cet

opuscule, que Nodier a qualifié de «plaisanterie charmante;» il a été

réimprimé dans l’ouvrage de MM. Jacquin et Duesberg, _Rueil, le château

de Richelieu et la Malmaison_, 1846, in-8º, et dans le mémoire de M.

Delepierre que nous avons déjà cité comme ayant été inséré dans les

travaux de la _Philobiblon Society_, 1855.

Parmi les écrivains macaroniques, il ne faut pas oublier le zélé

défenseur des idées de Calvin, Théodore de Bèze; il employa l’arme du

ridicule, habilement maniée, pour combattre quelques-uns des ennemis les

plus redoutables des doctrines de la réforme, et il les voua au ridicule

dans deux pamphlets qui furent fort goûtés à l’époque de leur

apparition:

_Epistola magistri Benedicti Passavanti responsiva ad commissionem sibi

datam a venerabili D. Petro Lyseto_, 1554. On connaît d’autres éditions

1584, 1595.

_Harenga macaronica habita in monasterio cluniacensi ad M. card. de

Lotharingia. Rhemis in Campania_, 1566, in-8º. (On comprend que la

désignation de Reims, ville dont le cardinal de Lorraine était

archevêque, est une plaisanterie.)

Le premier de ces opuscules a été réimprimé dans les _Mémoires de

littérature_ de Sallengre, et à la suite de quelques éditions des

_Epistolæ obscurorum virorum_ (Londres, 1702 et 1742);

Le second, dans les _Mémoires de Condé_, tom. VI, p. 116, et M.

Delepierre, pages 284-291, en a cité d’assez longs passages.

Genthe, page 156, s’est borné à en donner le titre, et il n’a pas su

quel était l’auteur.

Nodier signale l’_Epistola Passavanti_ comme se réduisant à un petit

nombre de pages dont se compose ce que nous appelons maintenant un

pamphlet; mais c’est le diamant des pamphlets, et le seizième siècle ne

nous a pas laissé un ouvrage plus amusant à lire.

La _Harenga_ au cardinal de Lorraine se fait remarquer par la facilité

du vers, qui court sans fatigue, avec rapidité, et qui, bien mieux que

l’alexandrin, répond à ce que demande le style macaronique:

Domine illustrissime

Atque reverendissime,

Qui transis in peritia

Et occulta scientia

Magis magnos sapientes

Qui sunt inter omnes gentes,

Totus ordo devotorum

Quotquot sunt prædicatorum

Nos huc ad vos legaverunt

Et humiliter miserunt

Ad vestram Reverentiam:

Et quamvis bene sciamus

Quod jam scitis quod petimus

Vobis placebit attamen

Audire usque ad amen,

Quod habemus totaliter

Ad deducendum breviter.

Quelques autres opuscules en style macaronique, composés par des auteurs

français, ont trop peu d’importance pour être cités ailleurs que dans

une monographie spéciale; nous ne pouvons toutefois passer sous silence

Molière, qui a produit une excellente macaronée à base française, en

écrivant la scène du _Malade imaginaire_. Un savant plein de goût, M.

Charles Magnin, a exhumé d’une édition de cette comédie, datée de Rouen,

24 mars 1673, et qui était restée ignorée, cent cinquante vers[23]

macaroniques de plus qu’il ne s’en trouve dans le texte habituel de

Molière; il a fait connaître cette heureuse découverte, dans un article

publié dans la _Revue des Deux Mondes_ (1er juillet 1846), et il a cru

devoir retrancher un passage; mais M. Delepierre, _Macaronéana_, p.

271-283, a reproduit la pièce en son entier d’après l’exemplaire du

Musée britannique.

[23] Ces vers ont été reproduits dans la traduction italienne de

Molière, par Nic. de Castelli, Leipzig, 1697, 4 vol. in-12; mais, de

même que le livret imprimé à Rouen, cette version n’avait été connue

d’aucun des éditeurs de notre immortel auteur comique.

Des passages en latin macaronique se trouvent dans les _Epistolæ

obscurorum virorum_, généralement attribuées à Ulrich de Hutten,

pamphlet qui fut aussi terrible pour les théologiens scolastiques du

commencement du seizième siècle que les _Provinciales_ furent funestes

aux Jésuites[24].

[24] Nous n’avons pas ici à nous occuper de cette production

remarquable; nous renverrons ceux qui seraient curieux de

l’apprécier aux notices de MM. Du Roure (_Analecta biblion_, t. I,

p. 287-312) et de Reiffenberg (_Dictionnaire de la Conversation_).

Deux revues anglaises lui ont consacré de bons articles. (Voir le

_Retrospective Review_, t. V, p. 56-70, et l’_Edinburgh Review_,

mars 1831.)

Mentionnons la principale production macaronique qu’a produite

l’Allemagne:

_Floia cortum versicale de Flois, swartibus illis deiriculis, quæ

Minschos fere omnes, mannos, Weibras, jungfras_, etc., _behuppere et

spitzibus suis snafflis steckere et bitere solent_, autore Griphaldo

Knickkanackio ex Flolandia, 1593, et souvent réimprimée[25]. Une édition

de 1823, in-12, 56 pages, est accompagnée d’un _commentarius perpetuus

in quo, ut in omnibus hujusmodi commentariis, auctoribus græcis vel

latinis additis, fieri solet, difficiliora, ad exercendum lectoris

sagacitatem, haud explicata reperiuntur_.

[25] M. Delepierre en a transcrit quelques passages (p. 315-319).

Consulter aussi Genthe, p. 323.

On peut citer de petits écrits en vers sur les amusements des étudiants

(_de Lustitudine studentica_), sur les mérites du fromage (_de Casei

laudibus_), etc.

Ces plaisanteries germaniques un peu lourdes, trop prolongées et

incompréhensibles pour les personnes qui ne connaissent pas la langue

allemande, ont été réimprimées dans divers recueils, tels que les

_Facetiæ facetiarum_, les _Nugæ venales_, l’_Ars bibendi_ et l’_Ars

jocandi_, dus à Obsopæus et à Delius, etc.

Voici du reste deux échantillons de ce genre d’écrits; le premier

passage est emprunté à la _Floia_.

Angla floosque canam, qui wassunt pulvere swarto,

Ex watroque simul stoitenti, et blaside dicko,

Multipedes deiri, qui possunt huppere longe

Non aliter, quamsi floglos natura dedisset,

Illis sunt equidem, sunt inquam, corpora kleina...

La seconde citation, et elle ne sera pas longue, sera puisée dans le

poëme _de Lustitudine studentica_.

Ha, viva fratres, viva, precor esse corassi,

Nam vos ex animo lætor adesse meo,

Esse Corasse hodie mihi missa pecunia præsens

Tristitiamque tulit, lætitiamque dedit,

Vos famuli Kannis bacchum demergite tieffis,

Et date Rhenano pocula plena mero.

Nous ne croyons pas devoir nous arrêter à quelques écrivains anglais

tels que Drummond, Ruggle, William King, Geddes, qui se sont essayés

dans le genre macaronique et à l’égard desquels on peut consulter

l’ouvrage de M. Delepierre; nous y renvoyons de même pour un bien petit

nombre de tentatives semblables faites en Espagne ou en Portugal.

La rareté de la plupart des ouvrages macaroniques, le peu d’exactitude

des connaissances que l’on a en général au sujet des productions de ce

genre, tels sont les motifs qui nous ont engagé à entrer à cet égard

dans des détails qu’on trouvera trop développés peut-être; mais, nous

aimons à le croire, l’appel que nous faisons à l’indulgence de nos

lecteurs sera entendu.

Histoire maccaronique de Merlin Coccaie [pseud.] · 第 14 / 53 题