jour au 1 : 100000 sur un carnet spécial. Pour l’utilisation de ce
carnet on a adopté la méthode recommandée par M. Trépied[273],
et on a calculé directement d’après le carnet les principales
positions. On les donne ci-dessous.
=Itinéraire de Haci Sefiat.= — Le point de départ, Adrar,
capitale administrative du Touat est assez bien déterminé ;
d’après plusieurs séries d’observations de hauteurs de la
polaire la latitude est : 27° 52′,6.
Une occultation observée par M. Niéger donne la longitude 2°
39′,5 (ouest).
En prenant ces chiffres pour base et en calculant d’après le
carnet de route on trouve :
Haci Sefiat φ 27° 16′,5 L. 3° 3′,1 ouest.
D’autre part j’ai observé en ce point quelques hauteurs de
polaire qui donnent, sans correction, φ 27° 16,3. Malgré le
mauvais état du sextant, cette concordance laisse à supposer que
l’observation est valable.
Le point ainsi déterminé n’est pas exactement le puits de Sefiat
c’est notre campement à 1500 mètres environ au nord du puits.
Enfin le puits de Sefiat n’est pas le seul de ce nom, si tant
est qu’il y ait bien réellement droit. Le colonel Laperrine,
revenant de Taoudéni, a trouvé un autre haci Sefiat, beaucoup
plus important par φ 27° 20′ 42″ et L. 3° 12′. On l’a
placé sur la carte, il se trouve à une assez faible distance au
nord-ouest de son homonyme, c’est-à-dire dans la même région
et peut-être dans le même oued ?
On aura donc : φ L
Tesfaout 27° 43′,0 2° 42′,8
Campement d’H. Sefiat 27° 16′,5 2° 3′,1
Puits d’H. Sefiat 27° 15′,7 3° 3′,1
=Itinéraire de Haci Rezegallah.= — L’itinéraire de Zaouiet
Reggan à H. Rezegallah est celui qui présente les moindres garanties
d’exactitude précise. Le point de départ Zaouiet Reggan est
suffisamment déterminé puisqu’il est tout voisin de Taourirt
dont les coordonnées ont été fixées astronomiquement.
En admettant pour Zaouiet Reggan φ 26° 40′,5 et L. 2° 10′,5
le calcul des positions données par le carnet de route donne :
Haci Boura φ 26° 8′,3 L. 3° 1′,1
Haci Rezegallah φ 25° 51′,3 L. 3° 25′,0
=Itinéraire à travers l’Ahnet (Taourirt-Ouallen-Tin Senasset).=
— Entre Taourirt et In Ziza, en passant par Ouallen, Ouan Tohra,
et Tin Senasset l’itinéraire a été levé à la boussole, et
reporté au jour le jour au 1/100000 sur un carnet spécial.
Mon propre carnet d’itinéraire de Taourirt à Ouan Tohra a été
souvent complété d’après celui de M. le lieutenant Mussel,
mon aimable compagnon de route, qui commandait le détachement.
Au delà d’Ouan Tohra il l’a été d’après le carnet de
M. le lieutenant Clore ; ce sont des garanties supplémentaires
d’exactitude.
D’ailleurs il a été possible de contrôler et de corriger
l’itinéraire avec l’aide d’observations astronomiques. A
Taourirt, avec la lunette Cazemajou nous avons observé
l’occultation de k de la Vierge (immersion du 15 mai 1905) ;
calculée à l’Observatoire d’Alger cette occultation a
donné — 8s 26m,9 soit 2° 6′,5 ouest. La latitude, d’après
des observations anciennes de M. le commandant Deleuze est 26°
42′,0. Avec le sextant réparé à Taourirt et dont l’erreur
instrumentale, restée immuable puisque là soudure n’a pas bougé,
a pu être être déterminée, j’ai pris à la traversée de
l’Açedjerad trois séries d’observations de hauteurs de Polaire
qui ont donné les latitudes suivantes :
Haci bou Khanefis 25° 8′,0.
Iglitten 24° 53′,3.
Aïn Tezzaï 24° 46′,0.
L’état de l’instrument pourrait laisser quelques doutes sur la
valeur des conclusions, mais ces doutes sont levés par la comparaison
avec les observations de M. Villatte, dont l’itinéraire croise
le mien en deux points, Tadounasset et Tin Taggaret.
Les observations de M. Villatte et les miennes donnent cinq latitudes
qui toutes ont ceci de concordant qu’elles offrent avec les données
du carnet un écart à peu près constant de 5 à 7 minutes. On a
donc des données sérieuses pour corriger les latitudes du carnet
entre Taourirt et Tin Taggaret.
D’autre part les observations de M. Villatte permettent
d’apporter une correction aux longitudes dans la même section
de l’itinéraire.
Dans la seconde section, au delà de Tin Taggaret on peut s’appuyer
sur la position d’In Ziza, qui a été déterminée par M. Villatte
en latitude et en longitude. Moi-même en 1903 j’avais obtenu au
théodolite une latitude d’In Ziza[274] tout à fait concordante
avec les observations ultérieures de M. Villatte.
La correction à apporter à l’itinéraire est très forte, beaucoup
plus que dans d’autres tronçons ; ce n’est pas surprenant si
on considère la nature du terrain au nord de Tikeidi et au sud de
Tin Senasset. Il s’étend là de grandes superficies tout à fait
arides, qu’on est forcé de traverser à marche forcée de jour
et de nuit.
En répartissant l’erreur ainsi obtenue, on obtient pour les points
successifs de l’itinéraire les résultats indiqués au tableau
de la page suivante.
Ces itinéraires ont été reportés sur deux cartes jointes au
deuxième et au septième chapitre.
La première n’est pas à proprement parler une carte,
puisqu’elle n’est pas construite suivant un système de projection
déterminé. C’est un simple tableau graphique de positions. Pour la
seconde carte on a adopté la projection de l’itinéraire Villatte
(_La Géographie_, 15 octobre 1905.)
En cas de discordance entre l’itinéraire graphique et les listes
de coordonnées, ce sont ces dernières qui doivent faire foi.
Ces trois itinéraires ont été levés en 1905.
Dans le voyage de 1903, muni d’un théodolite qui appartenait à
M. le baron Pichon, j’avais fait un certain nombre d’observations
de latitudes dont le voyage ultérieur de M. Villatte a rendu inutile
la publication détaillée ; mes résultats concordaient avec ceux de
M. Villatte d’une façon satisfaisante ; j’ai fait connaître dans
_La Géographie_ du 15 juillet 1904 (p. 99) la latitude vraie d’In
Ziza, qui est de 23° 31′. Le chiffre de M. Villatte publié le 15
octobre 1905 dans _La Géographie_ (p. 229) est exactement le même.
+------------------+---------+--------+---------+--------------------+
| |LATITUDE |LATITUDE|LONGITUDE| LONGITUDE |
| | D′APRÈS |CORRIGÉE| D′APRÈS | CORRIGÉE |
| | CARNET | | CARNET | |
| +---------+--------+---------+--------------------+
|Hacian Taïbin |26°34′,5 |26°33′,9|1°54′,8 |1°54′,1 |
| | | | | |
|Dj. Aberraz | | | | |
|(extrémité Sud) |26°34′,8 |26°34′,3|1°49′,3 |1°48′,6 |
| | | | | |
|Bord occidental | | | | |
|du Horst silurien |26°28′,7 |26°27′,8|1°37′,1 |1°35′,4 |
| | | | | |
|Sebkha Mekhergan | | | | |
|(coucher 18-19 | | | | |
|mai) |26°21′,2 |26°19′,8|1°21′,9 |1°19′,3 |
| | | | | |
|O. Arris (sortie | | | | |
|de la Sebkha) |25°48′,9 |25°45′,2|1°10′,1 |1° 6′,7 |
| | | | | |
|Tikeidi |25°34′,1 |25°29′,4|1° 2′,5 |0°58′,7 |
| | | | | |
|Haci bou Khanefis |25°14′,8 |25° 8′,0|1° 5′,0 |1° 1′,3 |
| | | | | |
|Tête de l′oued | | | | |
|Ifisten |25° 2′,2 |24°56′,2|1°12′,3 |1° 9′,1 |
| | | | | |
|Oued Tazelouaï | | | | |
|(un point dans | | | | |
|l′). |24°55′,2"|24°49′,2|1°12′,4 |1° 9′,2 |
| | | | | |
|Ouallen |24°44′,6 |24°38′,6|1° 5′,2 |1° 1′,3 |
| | | | | |
|Sommet du plateau |24°52′,3 |24°46′,3|1° 1′,8 |0°57′,9 |
| | | | | |
|Taguellit |24°54′,9 |24°48′,9|0°55′,2 |0°50′,9 |
| | | | | |
|Iglitten |25° 0′,2 |24°53′,3|0°53′,4 |0°49′,0 |
| | | | | |
|Éperon d′Insemmen |25° 0′,2 |24°54′,0|0°44′,4 |0°39′,5 |
| | | | | |
| | | | | |
|Meghdoua |25° 3′,1 |24°57′,0|0°31′,9 |0°26′,4 |
| | | | | |
|Tezzai |24°52′,8 |24°46′,0|0°25′,2 |0°19′,2 |
| | | | | |
| | | | | |
|Tadounasset |25° 0′,2 |24°54′,2|0°25′,9 |0°21′,9 { |
| | | | | { Villate.|
|Tin Tagar |24°53′,9 |24°48′,6|0°13′,7 |0° 6′,4 O { |
| | | | | |
| | | | | |
|Taloak |24°49′,2 |24°43′,2|0° 6′,8 O|0° 0′,3 E |
| | | | | |
|Dunes d′Aït el Kha|24°41′,7 |24°35′,7|0° 4′,5 E|0°11′,4 |
| | | | | |
|Foum Lacbet |24°41′,6 |24°35′,6|0°18′,3 |0°24′,9 |
| | | | | |
|Ouan Tohra |24°34′,6 |24°28′,6|0°21′,9 |0°28′,4 |
| | | | | |
|Tin Senasset |24°19′,7 |24°13′,7|0°24′,9 |0°31′,4 |
| | | | | |
|In Ziza |23°40′,2 |23°31′,0|0° 5′,3 |0°11′,6 |
+------------------+---------+--------+---------+--------------------+
A la suite de mon voyage de 1902 j’ai publié, dans les _Annales
de Géographie_, tome XII, 1903, une liste de longitudes qui, à ce
moment, apportait aux cartes existantes une correction intéressante.
+------------+----------+-------------+-----------+
| | | CARTE à | CARTE à |
| |LONGITUDES| 1 : 800000. |1 : 500000.|
| LIEUX | OUEST | Service | DU |
| | |géographique.|COMMANDANT |
| | | | LAQUIÈRE |
+------------+----------+-------------+-----------+
| | ° ′ ″ | ° ′ ″ | ° ′ ″ |
| | | | |
|Haci el Mir | 3 58 06 | 4 06 15 | 4 01 15 |
| | | | |
|Tar’it | 4 13 57 | 4 30 00 | 4 22 15 |
| | | | |
|Igli | 4 31 06 | 4 49 45 | 4 34 45 |
| | | | |
|Beni Abbès | 4 31 00 | 4 44 30 | 4 25 00 |
| | | | |
|Ksabi | 3 16 56 | » | 3 16 00 |
| | | | |
|Timimoun | 2 05 54 | 2 27 15 | 2 06 00 |
+------------+----------+-------------+-----------+
La carte Prudhomme, qui fait autorité, a adopté des positions
voisines des miennes. Si j’insiste sur ces résultats, qui n’ont
plus d’intérêt aujourd’hui, c’est d’abord par piété
pour la mémoire de M. Trépied, directeur de l’observatoire
d’Alger, à qui seul je suis redevable d’avoir pu faire une
besogne astronomique où il y avait une part de travail utile.
C’est aussi pour apporter ma contribution à la solution d’un
petit problème souvent agité. Un voyageur qui n’est pas
astronome n’a-t-il pas un meilleur emploi à faire de son argent
que d’acheter des instruments coûteux, et de son temps que de
s’astreindre à la discipline méticuleuse des observations ? Je
ne pense pas que la question puisse recevoir une solution absolue,
mais au Sahara du moins et sous la direction de feu Trépied, un
non-professionnel rapportait des observations utilisables. Elles
eussent été beaucoup plus nombreuses, si j’avais eu un meilleur
outillage.
[Note 273 : Ch. Trépied, _Remarques sur la carte dressée par
M. Villatte à la suite de son exploration de 1904 dans le Sahara
central_ (_La Géographie_, XII, 1905, p. 231-238).]
[Note 274 : Publiée dans _La Géographie_, 15 juillet 1904, p. 99.]
APPENDICE II
=INSCRIPTIONS=
On ne s’est pas efforcé systématiquement de relever au passage
les inscriptions Tifinar’ ; il serait même plus exact de dire
qu’on a systématiquement évité de le faire. En présence de ces
innombrables graffitti indéchiffrables, on est découragé par le
sentiment de son impuissance.
Je retrouve pourtant dans mes notes quelques inscriptions
soigneusement recopiées soit par moi-même, soit plus souvent par
d’autres, et qu’il est préférable de réunir ici.
A Barrebi j’ai relevé, à côté des gravures, quelques
inscriptions. Il en est d’arabes, tout à fait banales, comme
celle dont voici la traduction « ... Dieu et le salut soit sur
notre seigneur Mahomet, — Arbi ben Sleïman. » Les tifinar’
si on pouvait les lire ne seraient probablement pas beaucoup plus
intéressants.
[Incription : Inscription _a_.]
[Incription : Inscription _b_.]
[Incription : Inscription _c_.]
[Incription : Inscription _d_.]
[Incription : Inscription _e_.]
[Incription : Inscription _f_.]
La dernière inscription (_f_) a été copiée par M. le lieutenant
Pinta.
J’ai relevé soigneusement des inscriptions Berbères qui
se trouvent au ksar d’Ouled Mahmoud, et que les indigènes
prétendaient hébraïques[275].
Il y en a quelques-unes au vieux ksar abandonné, à 1500 mètres
de l’actuel ; par exemple :
[Incription]
Ces inscriptions Berbères sont accompagnées d’une inscription
arabe que j’ai lue ainsi : « ab (?) fils de Zenati, az (?) fille
de Zenati ».
Les inscriptions les plus nombreuses et les plus soignées sont au
ksar actuel sur une gara centrale qui domine les maisons. Le ksar a
vingt-cinq ans à peine, et les inscriptions n’ont rien de commun
avec les habitants actuels qui les croient juives, et qui ont bâti
dessus. Ces inscriptions, que j’ai calquées, sont très soignées,
à trait profond, je les crois particulièrement anciennes.
[Incription : Inscription II (ksar actuel).]
Inscription II_bis_ faisant suite à la précédente sur le même
rocher et un peu au-dessous
[Incription]
[Incription : Inscription III (sur un rocher voisin)]
[Incription : Inscription IV (également sur un rocher voisin).]
Sur le rocher où sont gravées ces deux dernières inscriptions on
a bâti une maisonnette en pisé.
On m’avait signalé encore comme hébraïques des inscriptions
situées à Abani, auprès de Tesfaout (Touat) : je me suis assuré
qu’elles sont berbères comme on pourra s’en rendre compte sur
les belles photographies dues à M. Auger interprète militaire. (Voir
pl. XVIII, phot. 35 et 36.)
Enfin M. le lieutenant-colonel Laperrine qui s’est beaucoup occupé
des caractères Tifinar’ et qui les connaît bien, a recopié
sur mon carnet une inscription trouvée sur une dalle calcaire dans
l’oued Aglagal (sud du Tadmaït).
[Incription]
=Inscription juive du Touat.=
Elle provient du ksar de R’ormali dans l’oasis de Bouda.
La pierre sur laquelle est gravée l’inscription est encastrée
à la base d’un pilier en pisé, qui a manifestement servi jadis
de support à la bascule d’un puits comblé. Les indigènes ne
connaissent ni le sens, ni la langue de l’inscription, ni sa date,
ni son origine. De mémoire d’homme elle a toujours été au ksar
de R’ormali.
La seule face visible de la pierre est un parallélogramme
irrégulier d’environ 0 m. 30 sur 0 m. 25. La pierre est du grès
rouge. L’inscription est d’un travail remarquable, au moins pour
le pays ; sans doute la surface de la pierre n’a même pas été
aplanie, les contours des lettres sont souvent éclatés ; mais leur
dessin est très net, leur gravure en creux très profonde. C’est
un travail peu soigné à coup sûr, mais on dirait l’œuvre d’un
professionnel, non d’un sauvage qui s’amuse. Les habitants actuels
du Touat seraient tout à fait incapables de produire quelque chose
de comparable.
On trouvera dans les _C. R. Ac. Inscr._, année 1903, p. 236, le
texte de cette inscription. En voici la traduction telle que la
donne M. Philippe Berger.
Ligne 1 : ceci est le tombeau de [Monispa ?], fille d’Amram :
Qu’elle repose en Eden !
— 2 : de [Zathaloq !] et elle est morte dans les douleurs
(de l’enfantement).
— 3 : le samedi, vingtième d’Ab, qui nous apporte la paix.
— 4 : en l’année 5089.
M. Philippe Berger fait suivre cette traduction de quelques
observations suivantes.
« Ligne 1. Le nom de la défunte = Monispa, est douteux. Au
contraire le nom de son père Amram est un nom très connu, et qui
est parfaitement en situation ici.
« Ligne 2. Cette ligne débute par un groupe de lettres très
obscur. La lettre initiale semblerait indiquer qu’il s’agit d’un
nom géographique = à (ou de) Zithaloq ».... A la fin de la ligne on
lit : « dans les douleurs », ou peut-être « dans sa jeunesse ».
« Ligne 4. L’année 5089 correspond à l’année 1329 de notre
ère. »
[Note 275 : Cf. _Comptes rendus Acad. Inscript._, 1905, p. 83
et suiv.]
APPENDICE III
=TRADUCTION D’UN MANUSCRIT ARABE CONCERNANT LA MINE DE CUIVRE
DE TAMEGROUN=
Je dois la communication de ce manuscrit à M. le capitaine Martin,
chef d’annexe de Beni Abbès ; il est à la bibliothèque de
Guerzim.
Voici comment M. Stackler, interprète militaire, le décrit :
Ce manuscrit, qui semble avoir un siècle et demi d’existence,
contient beaucoup de mots qui sont à peu près ou tout à fait
illisibles ; il y a même un morceau qui, à force d’avoir été
plié et déplié a fini par se déchirer entièrement et a disparu.
Voici la traduction que M. Stackler a bien voulu en faire.
_Louange à Dieu seul !_
_Que le salut soit sur son envoyé et sur son serviteur._
=Renseignements sur un endroit appelé tel et tel.= — « Lorsqu’on
arrive à cet endroit, on demande où se trouve la colline qui a tel
nom, puis on la monte jusqu’à son sommet, on s’y assied avant
le lever du soleil, et on regardé du côté du sud. Cela doit se
passer pendant les saisons d’été et d’automne.
« En se levant le soleil donne sur trois trous rangés l’un à
côté de l’autre ; il faut aborder celui du milieu, on y trouve
une caverne étroite, qu’il faut suivre jusqu’à ce qu’on
arrive à deux trous situés l’un à droite, l’autre à gauche.
« Celui de droite renferme de la terre verdâtre comme du sulfate de
cuivre ; c’est du minerai d’or, qui ne perd que le quart de son
poids. Celui de gauche contient de la terre jaune et rouge : c’est
aussi du minerai d’or qui diminue du tiers de son poids. Le trou
de droite renferme également un coffre contenant moitié perles et
moitié argent. Le deuxième trou, celui de gauche, contient de la
terre qui semble enduite d’huile ; c’est du minerai d’or qui
ne diminue que très peu ; une livre de minerai donne à peu près
une livre d’or. Ce dernier minerai n’a pas besoin d’être
soumis à l’action du feu, on le passe simplement dans de l’eau
vinaigrée. A l’ouest de la colline en question se trouvent trois
redjems, et les ateliers de ceux qui extraient le métal. Il faut
aborder le redjem du milieu, qui est le plus grand. En enlevant
ses pierres on trouvera un morceau de tronc de palmier bouchant
l’entrée d’une caverne. Il faut l’enlever et descendre
jusqu’au fond de ce gouffre où l’on rencontre une porte. En
ouvrant cette porte, on trouve un puits surmonté d’un pont en
tronc de palmier mis en mouvement par l’influence d’un « djin ».
« Il faut égorger sur ce pont un hibou, le battre avec une tige de
fenouil, et après avoir coloré cette tige du sang de l’oiseau,
écrire la formule suivante : _Si nous avons dicté ce Coran...._
etc..., puis toujours sur le pont en question, on lit la sourate
du tonnerre.
« Le pont reste immobile ; en le traversant, on trouve une maison
composée de quatre chambres garnies d’or, d’argent, d’armes
et de chevaux. Il faut se garder de parler. On prend alors ce
qu’on veut.
« Si l’on est plusieurs, il faut entrer séparément.
« Le jour favorable pour cela est le samedi.
« Au sein du gouffre se trouvent encore deux « redjems » entre
lesquels existe un trou. On y entre, et l’on trouve au fond, une
terre ressemblant à des écailles de poisson. En faisant fondre
une livre de cette terre on obtient une livre d’émeraudes.
« A droite de ce trou se trouve un autre trou contenant une mine
de pierres de cristal et Dieu est le plus instruit.
« Le minerai d’argent est lourd et blanc, lorsqu’on en jette une
partie dans un feu ardent, il fond mais il ne se sépare pas de ses
impuretés. Voici cependant la manière dont on le rend pur : On le
réduit en poussière, on le lave avec de l’eau et du sel, on le
fait sécher et on le soumet à l’action du feu, sur du charbon,
on le saupoudre enfin d’un peu (d’ahlidj ?) et le minerai se
sépare de ses impuretés, coule et se réunit seul.
« _Autre espèce de minerai._ — Il est noir, tacheté de blanc,
il tire sur le bleu. Lorsqu’on en soumet une partie à l’action
du feu, la substance précieuse ne se sépare pas de ses impuretés,
il faut pour l’épurer, le réduire en une poussière qu’on
jette sur un brasier et qu’on arrose avec du goudron tiré du
laurier-rose. Alors l’argent se sépare de ses impuretés coule
au milieu des charbons et se réunit tout seul.
« _Espèce de minerai d’argent._ — C’est une pierre bleue,
lourde, tirant sur le vert, couverte de points blancs et facile à
pulvériser. Pour séparer la matière précieuse de ses impuretés,
on réduit ce minerai en poussière, on le met ensuite sur un feu
formé de charbons ardents, et alors, ô chercheur, lorsqu’on
aperçoit une étincelle rouge qui s’en échappe, mêlée à de
la fumée noire, il faut le mélanger avec du sesquicarbonate de
soude et du sublimé corrosif. Le minerai se sépare alors de ses
impuretés et coule en bas.
« _Espèce de minerai d’or._ — C’est une pierre de
couleur verte, tirant sur le jaune ; elle est très lourde et
renferme du soufre. Lorsqu’on la met sur le feu, elle fond et le
soufre brûle. Pour la séparer de ses impuretés et pour pouvoir
l’utiliser, il faut la laver avec de l’eau et du sel. L’or se
détache alors de ses impuretés.
« _Espèce de minerai d’or._ — Il renferme des racines semblables
à des racines de palmier, il est formé d’une terre rouge, comme
la terre dont on fait les marmites. Lorsqu’on en met sur la langue,
on la trouve amère.
« On trouve également des pierres semblables à des œufs de poule
dans le milieu desquels est le minerai. On le prend, on l’enduit
de vinaigre et d’huile, on le fait chauffer à la vapeur, comme on
fait pour le couscous, on l’étend pour le faire refroidir puis
on prend un creuset ayant un bec comme un tuyau, on place un autre
creuset sous le premier, de manière que le métal une fois fondu
tombe dedans, on le couvre enfin de fiente de pigeon sauvage et on
souffle dessus jusqu’à ce qu’il fonde. On termine en frappant
trois fois dessus, avec des ossements d’un être humain mort
depuis longtemps. Le minerai se purifie alors, et l’on aperçoit
l’or sur la surface de l’argent. Dieu le très haut est le plus
instruit de tout cela. »
Je crains bien que ce document ne soit tout à fait dépourvu
d’intérêt. Ce doit être un démarquage de quelque formulaire
marocain de sorcellerie métallurgique. Il faut pourtant noter
deux choses.
1o Sid el Bedri ben el Meki, marabout de Guerzim, propriétaire
de ce manuscrit, qui a de la littérature, le sens des affaires,
la figure et la réputation d’un homme très supérieur à la
moyenne des indigènes attribue à son manuscrit la plus grande
importance pratique.
2o Il y a réellement à Tamegroun un bel affleurement de cuivre,
et l’on y voit des traces incontestables d’anciens travaux.
APPENDICE IV
=ORTHOGRAPHE DE QUELQUES NOMS TOUAREGS=
En matière de noms géographiques je n’ai pas essayé d’adapter
systématiquement l’orthographe française à l’orthographe
arabe ou berbère, j’ai même en certains cas préféré les formes
usuelles aux formes correctes (Mouidir à Immidir, etc.).
En cours de route pourtant j’ai écrit certains noms touaregs,
sous la dictée des indigènes et en tifinar’. En voici la liste
par ordre alphabétique. J’admets d’ailleurs volontiers que
d’autres indigènes eussent écrit les mêmes noms différemment.
Achegrad [Tifinagh : ⴸⴳⵔⴺ]
_Açeref_ [Tifinagh : ⵙⵔⴼ]
Agatan [Tifinagh : ⴳⵜⵏ]
Azelmati [Tifinagh : ⵌⵍⵎⵜ]
Chemââ [Tifinagh : ⴸⵎⴰ]
_Eguérér_ [Tifinagh : ⴳⵔⵔ]
_Ichahenchaguerouthnin_ [Tifinagh : ⵛⵂⵏⵛⴳⵔⵜⵏⵏ]
Ifisten [Tifinagh : ⴼⵢⴸⵏ]
Igamergan [Tifinagh : ⴳⵎⵔⵗⵏ]
Iguelitten [Tifinagh : ⴳⵍⵜⵏ]
Inaláren [Tifinagh : ⴰⵏⵍⵗⵏ]
Insemmen [Tifinagh : ⵏⵙⵎⵏ]
Kokodi [Tifinagh : ⴾⴾⴸⵢ]
Meghdoua [Tifinagh : ⵎⵗⵤⵓ]
El Meraguen [Tifinagh : ⵍⵎⵈⴸⵏ]
Ouallen [Tifinagh : ⵓⵍⵏ]
Taguellit [Tifinagh : ⵜⴳⵍⵜ]
Tamamat [Tifinagh : ⵜⵎⵎⵜ]
Tazelouaït [Tifinagh : ⵜⴶⵍⵓⵢⵜ]
Tchinka [Tifinagh : ⵏⵜⵛⵏⴾⵌ]
Tikadouin [Tifinagh : ⵜⵈⵤⵓⵏ]
Timreden [Tifinagh : ⵜⵎⵈⵤⵏ]
Tingaran [Tifinagh : ⵜⴳⵔⵏ]
Tikeidi [Tifinagh : ⵜⵈⵤⵏ]
Tsigenganat [Tifinagh : ⵜⵙⴳⵏⵜ]
_N. B._ — Les noms en italiques se rapportent à l’Adr’ar des
Ifor’ass, les autres à l’Ahnet.
APPENDICE V
=INSCRIPTIONS ARABES=
Sur une meule dormante, utilisée comme stèle funéraire dans un
cimetière de l’oued Tilemsi, et que j’ai déposée au laboratoire
d’anthropologie du Muséum, M. Ben Cheneb, professeur à l’École
des Lettres d’Alger, a déchiffré une inscription arabe, qu’il
a traduite ainsi que suit :
Au nom de Dieu, le clément, le miséricordieux, toute âme est
mortelle (Cor. III, 182). C’est le tombeau du saint, du vertueux,
du jurisconsulte, du savant, du cheikh, Omar et Amin, surnommé
El Amin ben Mançour ben Ahmâlâl ? ben Wankor ben Mançour. Que
Dieu me pardonne et leur pardonne, à tous musulmans et musulmanes,
croyants [et croyantes, ceux qui] parmi eux sont en vie [et ceux
qui sont morts].
Notons que M. Benhazera, dans la grotte de Timissao, a copié une
inscription arabe en caractères fort anciens, koufiques, mais qui
n’a pas encore fait l’objet d’une publication détaillée.
APPENDICE VI
=ÉTUDE MINÉRALOGIQUE DU MATÉRIEL NÉOLITHIQUE=
Les haches, pilons, meules, etc., de la région Saharienne centrale et
Soudanaise, ont été soumis à M. Lacroix, professeur de minéralogie
au Muséum. Les roches qui les constituent ont paru trop banales pour
mériter une étude approfondie au microscope et sur plaques minces.
En voici la liste :
=Grès.= — Une meule en grès ; — (cimetière de l’oued
Tilemsi) ;
Une meule en grès à ciment ferrugineux ; — (cimetière de
l’oued Tilemsi) ;
Un fragment de mortier, avec inscription funéraire en arabe, en
grès ; — (cimetière de l’oued Tilemsi) ;
Une hache en grès à ciment ferrugineux ; — (Koulikoro).