l’O. Tadounasset, à Tin Taggaret, M. Villatte a recueilli encore
dans des marnes » plusieurs fossiles méso-dévoniens étudiés
par M. Haug[231].
Enfin, nous pouvons signaler deux nouveaux gisements méso-dévoniens
à Meghdoua et près de Taloak (à 3 ou 4 kilomètres N.-E. en
bordure de l’erg).
A Meghdoua la formation a une vingtaine de mètres, se décomposant
ainsi de la base au sommet.
1. Argiles bleues 10 mètres.
2. Calcaires et grès 5 —
3. Calcaires à Orthocères 5 —
A Taloak cette couche calcaire, qui semble caractéristique du
Méso-Dévonien, ne fait pas défaut non plus, mais elle est réduite
à quelques centimètres d’épaisseur. Le Méso-Dévonien, d’une
façon générale, repose en concordance sur l’Éodévonien.
Pas toujours cependant. A Tikedembati on constate (comme à In
Belrem) un contact anormal le long d’une faille. La faille se
voit directement, et on la suit depuis sa naissance, sous forme de
flexure dans les hauts de Foum Zeggag.
En somme, entre Taloak et Baba Ahmed l’itinéraire traverse une
série d’auréoles qui représentent en succession régulière
tous les étages depuis l’Éodévonien jusqu’au Dinantien.
=Taourirt à l’Açedjerad.= — Le long d’un dernier itinéraire
qui va de Taourirt à l’Açedjerad[232], on rencontre d’abord
le pli hercynien du dj. Aberraz et le horst silurien du Bled el
Mass, qui ont été étudiés plus haut. Les grès dévoniens,
jaunes clairs à patine noire, qui reposent horizontalement sur les
plis calédoniens arasés, ont le facies éodévonien. Pourtant
ils ne sont pas fossilifères, et ils sont peut-être un facies
littoral du Dévonien moyen ; ils sont en effet en bancs minces,
à stratifications obliques, indiquant le voisinage d’un rivage ;
d’autre part, entre la garet Tamamat et l’erg Fisnet, sur 250
kilomètres, on ne sort pas du Méso-Dévonien étalé en couches
horizontales et souvent fossilifères. Il s’annonce par Garet ed
Diab, un récif de calcaire fossilifère intercalé au milieu des
argiles, et qui témoigne lui aussi d’une mer peu profonde.
Les argiles méso-dévoniennes constituent apparemment le fond de
l’immense sebkha Mekhergan ; mais elles sont recouvertes par des
dépôts quaternaires et on ne peut pas les observer directement.
Au delà de la sebkha du moins, on retrouve le Méso-Dévonien
fossilifère au nord de Haci Tikeidi.
De grandes falaises d’érosion permettent d’observer la succession
des couches qui est à peu près, de la base au sommet.
1. Schistes à Brachiopodes.
2. Grès.
3. Argiles.
4. Grès.
5. Calcaire à Orthocères.
Les argiles se retrouvent à Kokodi, et les calcaires à Orthocères
à Ridjel Imrad.
Notons enfin au nord de Tikeidi la présence de dépôts d’eau
douce (quaternaire ancien à _Cardium edule_) ; ces dépôts très
érodés sont à 5 mètres au-dessus du niveau de la vallée.
En résumé, et malgré d’énormes lacunes, trois itinéraires
transversaux permettent de se rendre un compte général de la grande
pénéplaine qui sépare le Tidikelt du Mouidir-Ahnet.
A de rares affleurements siluriens près, les couches appartiennent
aux étages moyen et supérieur du Dévonien et au Carboniférien. Ces
couches affleurent en auréoles grossièrement concentriques, se
succédant régulièrement par ordre d’ancienneté décroissante
du sud au nord. Dans le nord, au voisinage du Tidikelt, on observe
quelques lambeaux de pénéplaine hercynienne.
Mais la plus grande partie de la région étudiée appartient au
domaine des plissements calédoniens. Sur un socle silurien qui
apparaît exceptionnellement, les couches méso- et néo-dévoniennes
et dinantiennes reposent à peu près horizontales. Cette
horizontalité est pourtant interrompue par des failles et surtout
des diaclases, mais qui n’ont amené nulle part de dénivellation
apparente supérieure à 70 ou 80 mètres.
C’est précisément ce qui fait l’unité géographique de
cette région. D’une part, c’est une pénéplaine sans relief
et l’on sait que, au Sahara, les plaines et les pénéplaines sont
précisément les parties les plus arides. D’autre part, les couches
géologiques qui forment la surface sont, en général, marneuses
et argileuses ; il se trouve que les marnes et les argiles dominent
dans les trois étages représentés. Le sol est donc imperméable,
ce qui constitue une nouvelle cause d’aridité.
Entre le Tidikelt, pays d’oasis, et le Mouidir-Ahnet, pays de
pâturages, la pénéplaine qui nous occupe est un pays absolument
désolé et inhabitable.
Géologie du Mouidir-Ahnet.
Le Mouidir, l’Ahnet et l’Açedjerad forment une grande région
naturelle, très uniforme, favorisée au point de vue de la
végétation et de l’habitabilité, où l’on retrouve partout
les mêmes grès éodévoniens et le même substratum silurien.
J’ai parcouru la partie occidentale du Mouidir et orientale de
l’Ahnet, en 1903 ; et l’Açedjerad, en 1905, en compagnie de
M. Chudeau.
=Silurien de Tadjemout.= — Dans la partie occidentale du Mouidir,
le substratum prédévonien affleure très largement dans un cirque
immense où les oueds Arak, Tadjemout, etc., se réunissent pour
former l’oued Tibratine.
Ce cirque est encombré d’alluvions anciennes et récentes et de
dunes, mais ce tapis superficiel est crevé fréquemment par des
arêtes et des chapelets d’arêtes prédévoniennes, qu’on peut
observer aussi sur les bords de la cuvette, qu’elles limitent
en muraille.
Les roches sont certainement très variées. La première arête qui
se dresse au débouché des gorges de l’Arak est gneissique. Dans
les gorges mêmes on observe, à l’entrée, des schistes noirs
très fissiles, qui m’ont paru des micaschistes, et un peu plus
loin, derechef, du gneiss. (Pl. XLV, 83.)
E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. Pl. XLIV.
[Illustration : Cliché Pichon
82. — A OUAN TOHRA. — LE BATEN AHNET, grès éo-dévoniens
(falaise terminale de l’Ahnet « falaise de glint »).]
E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XLV.
[Illustration : Cliché Pichon
83. — OUED ARAK (Mouidir) ; UNE PAROI DU CANYON.
Au sommet, grès éo-dévonien : sous les éboulis, on retrouve
aisément sur le terrain des roches cristallines (gneiss ?) en place.]
[Illustration : Phototypie Bauer, Marchet et Cie, Dijon
Cliché Pichon
84. — OUED TIBRATIN (près de Taoulaoun, Mouidir) ; — LARGE
VALLÉE DANS LES ARGILES ÉO-DEVONIENNES.
Bon type de nebka, et de maader ; les arbustes sont des tamaris.
La falaise à gauche est en grès éo-dévonien ; au fond, silhouette
de gara.]
A quelques kilomètres à l’ouest de Tadjemout, il y a des
cipolins. A Tadjemout même des grès à grain très fin, très durs,
tout à fait semblables à ceux de l’Adr’ar Ahnet.
=Adoukrouz et Adr’ar Ahnet.= — On retrouve les roches
prédévoniennes dans la cuvette d’Adoukrouz (extrémité
orientale de l’Ahnet). Au puits d’Adoukrouz, il y a des
schistes cristallins et ce qui m’a paru être un puissant filon
de quartz. Mais à 500 mètres de là, on rencontre, dans l’est,
des phyllades très puissantes et des grès, analogues aux formations
de Bled el Mass. Ces couches sont violemment plissées : au Mouidir
les plis sont orientés nord-sud, à Adoukrouz N.-O.-S.-E.
A H. Macin, nous avons noté en 1903 une roche cristalline d’allure
schisteuse. A Foum Lacbet, on a trouvé en 1905 des calcaires
bleus et blancs avec schistes, phyllades et quartz ; on observe
des ripple-marks. L’affleurement des couches dessine un dôme
anticlinal orienté N.-O.-S.-E., fermé vers le sud.
[Illustration : Fig. 56. — Au nord de l’Adr’ar Ahnet. — 1/600000.
Éodévonien : 6, grès ; 5, argiles ; 4, grès. — Silurien : 3,
schistes cristallins ; 2, quartz ; 1, phyllades.
(_Bull. Soc. géol. Fr._, 4e série, t. VII, p. 211, fig. 3.)]
L’énorme masse de l’Adr’ar Ahnet dans sa partie nord-orientale,
qui a été directement observée, est constituée par des assises
très puissantes de grès et de quartzites. Ces grès roses
clairs sont très énergiquement plissés, injectés de filons
de quartz, comme d’ailleurs toutes les formations siluriennes,
tandis que les filons de quartz font tout à fait défaut dans le
Dévonien de la région. Dans les grès de l’Adr’ar Ahnet les
ripple-marks abondent. Le long de l’O. Tedjoudjoult on chemine
plusieurs kilomètres dans cette formation sans en sortir, dans
une direction pourtant à peu près perpendiculaire à l’axe de
l’affleurement. Dans le lit de l’oued il est vrai, on rencontre
quelques cailloux roulés cristallins. Toute la formation est
affectée de plissements N.-O.-S.-E.
Les affleurements d’Adoukrouz, H. Macin, Foum Lacbet, Adr’ar
Ahnet, simplement séparés les uns des autres par un placage
d’alluvions anciennes ou récentes constituent un seul et même
affleurement continu, où le Silurien est représenté, à l’est
par des grès et des schistes, à l’ouest par des cipolins et des
schistes cristallins.
Que ces grès et ces phyllades soient siluriens, cela est démontré,
en l’absence de fossiles, par les relations stratigraphiques des
couches avec l’Éodévonien, qu’on voit, en particulier dans des
garas avoisinant Foum Lacbet, reposer horizontal sur la tranche des
plis arasés.
D’autre part, que les schistes cristallins (cipolins, etc.) soient
du Silurien métamorphisé, cela ressort de leurs relations avec
les grès et les phyllades, dont ils sont la continuation et avec
lesquels ils s’enchevêtrent.
Pourtant le Silurien sédimentaire et le métamorphisé sont,
partout où l’observation a été possible, séparés par des
failles avec dénivellation consécutive ; c’est le résultat,
j’imagine, d’une différence de compacité et de massivité.
Le Silurien métamorphique constitue une pénéplaine recouverte
d’un manteau troué d’alluvions, au-dessus de laquelle le Silurien
sédimentaire se dresse en horsts abrupts, fraîchement disséqués
par l’érosion.
Que s’il y a là une généralisation hâtive, du moins est-il
certain que les phyllades à l’est d’Adoukrouz et les grès de
l’Adr’ar Ahnet constituent des massifs montagneux déchiquetés
de 100 à 300 mètres d’altitude relative au-dessus du socle de
la pénéplaine.
L’Adjerazraz, qui a été vu de loin seulement, est un petit massif,
très isolé et individualisé, qui a toutes les apparences d’un
horst silurien plus petit que ses voisins, mais analogue[233].
=Sud et Nord d’Aït el Kha.= — Les affleurements siluriens de
Tadjemout et de l’Adr’ar Ahnet sont des promontoires avancés,
jusqu’au cœur du Mouidir-Ahnet, de cette grande pénéplaine,
en grande partie silurienne, qu’est le Tanezrouft. Un troisième
promontoire, du même genre, ou, si l’on préfère, un golfe,
pénètre sous le méridien d’Aït el Kha au moins jusqu’à la
hauteur de Foum Zeggag.
Au sud d’Aït el Kha, le manteau alluvionnaire est crevé de
longues rides de schistes cristallins, étirées N.-O.-S.-E., et
qui représentent apparemment le Silurien métamorphique.
Au nord d’Aït el Kha, à la hauteur de Foum Zeggag, on rencontre
un filon éruptif d’une roche granulitique.
=L’Éodévonien.= — Ce substratum silurien, et sans doute aussi,
pour quelques parcelles, archéen et éruptif, qu’on peut étudier
sur de grandes étendues dans le sud du Mouidir-Ahnet est recouvert
par des grès éodévoniens, de facies très uniforme, et dont
l’extension dépasse d’ailleurs de beaucoup les limites de la
région étudiée.
L’âge de cette formation est déterminée par des fossiles
provenant de nombreux gisements (Tikeidi, Taloak, Taguerguera,
etc.). Tous ces gisements sont à la partie tout à fait supérieure
de la formation. Les fossiles ont été étudiés par M. Haug[234].
_Spirifer_ cf. _Hercyniæ_ GIEB.
_Spirifer_ nov. sp.
_Tropidoleptus rhenanus_ FRECH. v. _Sahariana_.
_Pentamerus_ cf. _vogelicus_ DE VER.
_Wilsonia Henrici_ BARR.
_Pterinæa fasciculata_ GOLDF.
_Edmondia_.
_Tentaculites_ aff. _spiculus_ HALL.
_Homalonotus_ cf. _Herscheli_ MURCH.
Ces fossiles sont caractéristiques « de l’étage coblentzien ».
M. Chudeau a établi comme suit la succession des couches
éodévoniennes dans l’Açedjerad et l’Ahnet, numérotées de
la base au sommet.
} 1. Grès grossier et poudingue rougeâtre 30 mètres.
}
} 2. Poudingues, arkoses et psammites en bancs
} bien lités (galets de 4 à 5 centimètres
} dans le poudingue) 40 —
ÉODÉVONIEN }
INFÉRIEUR } 3. Grès formant muraille verticale d’un seul
} bloc. On y distingue cependant sur la
} cassure fraîche des arkoses, psammites,
} etc., le tout intimement lié 80 —
}
} 4. Grès en bancs irréguliers hétérogènes
} ruiniformes 20 —
} 5. Argiles blanches et violettes 30 —
}
} { bancs minces }
} { }
} 6. Grès bien lités { bancs plus épais } 80 —
ÉODÉVONIEN } { 2-3 mètres }
SUPÉRIEUR } { }
} { grandes dalles minces }
} { de 0,20 (4 mètres) }
}
} 7. Argiles bariolées 10 —
}
} 8. Grès en bancs irréguliers fossilifères
} (Ripple-marks, Bilobites) 10 —
-----------
Épaisseur totale de la formation éodévonienne 300 mètres.
1, 2, 3, n’affleurent pas dans l’Açedjerad. On ne les a vus que
plus à l’est près de l’Adr’ar Ahnet. 4 affleure à Ouallen et
à l’ouest de Meghdoua (croupe d’Insemmen). Les argiles 5 jouent
un rôle important ; elles correspondent à des vallées très larges
(Ouallen), ou à des dépressions comme entre Iglitten et Taksist
(fig. 59). Par leur plasticité, elles expliquent l’indépendance
des compartiments supérieur et inférieur entre eux.
Sauf à la partie supérieure, peu ou pas de fossiles, mais toujours
des ripple, des stratifications obliques. Aucune roche éruptive,
pas même un filon de quartz.
Les éléments de cette analyse serrée ont été recueillis dans
l’Açedjerad et dans l’Ahnet ; mais dans ses grandes lignes
cette analyse est valable pour le Mouidir occidental.
A coup sûr, les termes principaux de la série sont représentés ;
en particulier les argiles médianes sont très développées dans
la cuvette de Taoulaoun, qu’elles conditionnent ; les fossiles se
trouvent dans les couches supérieures et ne se trouvent que là ; on
y trouve aussi, dans la pâte de la roche, des colonnettes gréseuses
bien individualisées, ayant parfois la grosseur du poing, et que
le lieutenant Besset a signalées le premier. Ces _lusus naturæ_
qu’on a pris pour des fossiles végétaux font défaut, semble-t-il,
dans l’Ahnet.
En somme une formation, presque entièrement gréseuse, très
uniforme, et qui, vue superficiellement, le paraît davantage encore
parce que tous les grès sont revêtus d’une patine désertique
noire de poix sous laquelle la moindre égratignure fait apparaître
le cœur plus ou moins clair de la roche.
[Illustration : Fig. 57. — Taloak à l’Adr’ar Ahnet. —
1/750000.
S, Silurien ; γ, Granulite, D1-8, Dévonien, inf. ; _q_, Tuf
quaternaire.
(_Bull. Soc. géol. Fr._, 4e série, t. VII, p. 213, fig. 4.)]
Dans tout le Mouidir-Ahnet, l’Éodévonien affleure, à
l’exclusion de toute formation postérieure, à une seule exception
près : un lambeau méso-dévonien s’est conservé dans la cuvette
d’Igliten.
=Stratigraphie.= — Les relations stratigraphiques de
l’Éodévonien et du Silurien s’observent avec une admirable
netteté sur tout le pourtour de la cuvette de Tadjemout. Le
Dévonien horizontal repose sur la tranche des couches siluriennes
ou archéennes.
C’est bien net, en particulier à Tahount Arak (voir pl. XLV,
phot. 83), ou encore aux environs de Tin Teraldji, voire même à
Tadjemout, quoique le sommet de l’arête silurienne qui domine le
puits ait été découronné du Dévonien.
L’Éodévonien en plateaux tabulaires délimités par des falaises
reposant sur la pénéplaine silurienne, telle est la règle
générale le long de la ligne de contact entre les deux formations
dévonienne et silurienne.
E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XLVI.
[Illustration : Clichés Pichon
85. — OUED ADJAM : Porte qui donne accès dans le horst silurien
d’Adoukrouz.
Dans l’échancrure, au fond, très floues, les collines
siluriennes ; au premier plan, de part et d’autre de
l’échancrure, mais bien visibles surtout à droite, les grès
éo-dévoniens, basculés le long de la faille.]
E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XLVII.
[Illustration : Cliché Pichon
86. — PRÈS DE L’OUED ADJAM, au nord d’Adoukrouz ;
grès éo-dévoniens basculés le long de la faille ; vue de détail.]
[Illustration : Cliché Pichon
87. — Même sujet que 86, vue d’ensemble.
A la limite extrême du premier plan, un redjem.]
E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XLVIII.
[Illustration : Cliché Pichon
88. — Près de l’Oued Adjam ; la muraille de grès éo-dévonien
basculée au nord d’Adoukrouz.
La muraille est double par intercalation d’un horizon argileux.]
[Illustration : Cliché Pichon
89. — L’ADRAR AHNET.
Profil déchiqueté de sierra, caractéristique des collines
siluriennes ;
à gauche un Talha (faux gommier).]
L’Éodévonien se termine sur la pénéplaine silurienne par ce
qu’on appelle ailleurs des falaises de glint ; c’est ce que les
Arabes appellent le baten Ahnet. (Voir pl. XLIV, phot. 82.) Les lacs
de glint ne font même pas défaut, représentés par des maader
(maader Arak, par exemple).
La continuité du baten est pourtant interrompue assez souvent lorsque
la ligne de contact coïncide avec une ligne de faille. C’est le
cas par exemple au voisinage d’Adoukrouz.
Autour d’Adoukrouz, on l’a déjà dit, l’ancienne pénéplaine
constitue un horst en relief très marqué de 100 à 300 mètres,
énergiquement disséqué et formant une masse montagneuse confuse.
Sur la face nord et nord-ouest du horst, l’Éodévonien a basculé
le long de la faille, formant un placage continu de couches
redressées à 45°, suivant une ligne en arc de cercle. (Voir
pl. XLVI, phot. 85 et pl. XLVII, phot. 86 et 87.)
L’Éodévonien tout entier est représenté, de sorte que l’arête
est double, les argiles s’étànt accusées en creux, comme on
le voit sur la coupe d’Adoukrouz (fig. 56). (Voir pl. XLVIII,
phot. 88.)
La coupe de Taloak à Ouan Tohra montre à Foum Lacbet un cas
analogue ; un paquet de grès éodévonien redressé le long de la
faille limite de la pénéplaine (fig. 57).
Entre Haci Macin et le bord de la hammada dévonienne on observe
le contact des deux terrains sous une forme nouvelle : la hammada
se continue par la pénéplaine sans accident topographique,
horizontalement. La faille a amené les couches éodévoniennes au
niveau exact de la pénéplaine. Ces failles, ou, plus exactement,
vu leur faible amplitude, ces diaclases expliquent le relief du
Mouidir-Ahnet.
En général le Dévonien est dans l’ensemble horizontal ou
affecté d’une inclinaison générale très régulière et très
faible. Voir par exemple les coupes Ouallen Meghdoua et Taloak-Ouan
Tohra (fig. 59 et 57).
Parfois les couches dévoniennes apparaissent brusquement avec une
inclinaison très forte, égale ou supérieure à 45°. Ainsi dans les
deux coupes précitées on est frappé de la juxtaposition des couches
horizontales avec des couches complètement basculées. C’est que
les argiles rendent les deux masses gréseuses indépendantes et
facilitent ces mouvements locaux de bascule le long des diaclases.
On se rend un compte bien net de la structure du Mouidir occidental
en jetant un coup d’œil sur la coupe (fig. 58) de Tadjemout à
l’erg Timeskis par Foum Tebalelt ; de part et d’autre de la
pénéplaine à Tadjemout et à Foum Tebalelt l’Éodévonien est
représenté par les mêmes couches horizontales ; mais il s’en
faut qu’elles soient au même niveau, il y a une différence d’au
moins 100 mètres. Au-dessus du niveau à peu près uniforme de la
pénéplaine la falaise de Tadjemout est deux fois plus élevée
que celle de Tebalelt. La muraille de Tadjemout avec ses à-pics
de plus de 200 mètres ne forme pas seulement la bordure de la
pénéplaine à l’est, elle se prolonge très loin au nord sur la
rive droite de l’O. Tiratimine, au moins jusqu’à la cuvette
de Taoulaoun. C’est un gigantesque gradin qui sépare le petit
Mouidir occidental que nous étudions d’un autre Mouidir, oriental,
beaucoup plus étendu et beaucoup plus élevé. On ne conçoit pas
qu’il puisse y avoir là autre chose qu’une longue diaclase.
[Illustration : Fig. 58. — Coupe de l’erg Timeskis à
Tadjemout. — Long. : 1/600000 ; haut. : 1/20000.
4, Grès éodév. sup. ; 3, Grès éodév. inf. ; 2, Silurien ;
Schistes cristallins ; 1, Quartzites.
(_Bull. Soc. géol. Fr._, 4e série, t. VII, p. 216, fig. 5.)]
Dans le Foum Tebalelt j’ai noté des couches éodévoniennes
horizontales, mais gondolées et qui semblent attester que le
soubassement a été affecté de très petites failles.
Enfin à l’extrémité de la coupe, entre l’ennoyage de l’oued
Timeskis et l’erg on voit pointer des couches éodévoniennes
violemment redressées à quelques centaines de mètres à peine
de distance et, à une centaine de mètres en contre-bas, des grès
dévoniens horizontaux. La diaclase est donc évidente.
Ces couches redressées de l’O. Timeskis sont à la limite ouest du
Mouidir comme celles de l’O. In Belrem dont elles sont l’évidente
continuation.
En somme, cette partie du Mouidir est un premier gradin occidental,
encadré entre deux grandes failles nord-sud, à regard ouest,
ayant amené chacune une dénivellation d’une centaine de mètres.
La route suivie entre Timeskis et l’O. Souf Mellen ne sort pas
de l’Éodévonien. Il est vrai que la limite des roches anciennes
ne doit pas être éloignée, car on trouve, en assez grand nombre,
dans le lit de l’O. Souf Mellen, des cailloux roulés cristallins.
Ce sont des couches généralement horizontales, mais affectées au
voisinage de l’O. Timeskis, de petites failles qui ont dérangé
l’horizontalité.
La structure de l’Ahnet-Açedjerad est aussi conditionnée par
des diaclases, quoiqu’il puisse n’y pas paraître au premier
abord. En effet, les accidents éodévoniens isolés de Tikeidi et
de Timeguerden sont des dômes anticlinaux fermés.
Entre l’O. Takçis et l’O. Meraguen, l’Açedjerad projette
une longue arête anticlinale. La cuvette d’Iglitten est nettement
synclinale.
[Illustration : Fig. 59. — Coupe transversale de l’Açedjerad. —
1/250000.
D4-8, Éodévonien ; D8, Grès fossilifères, 10 ; D7 Argiles, 10 ;
D6, Grès, 80 ; D5, Argiles, 30 ; D4, Grès ruiniformes, 20 ; — Dm,
Dévonien moyen, Argiles et Calc. à Orthocères.
(_Bull. Soc. géol. Fr._, 4e série, t. VII, p. 217, fig. 6.)]
Sous les ergs Tessegaffi et Ennfouss, l’extrémité méridionale
de la pénéplaine méso-dévonienne, se raccordant aux dernières
pentes de l’Ahnet et de l’Açedjerad, a tout à fait les allures
d’une cuvette synclinale fermée au sud.
Il y a donc toutes les apparences d’un système de plis. Et ce
n’est pas particulier à la région considérée ; le Mouidir
oriental, tel que la carte du lieutenant Besset nous l’a
révélé[235], présente ces mêmes apparences à un plus haut
degré encore ; il se termine au nord par un chapelet de dômes
anticlinaux, et sa forme générale est curieusement symétrique
à l’Ahnet-Açedjerad.
C’est que l’Éodévonien a une faible épaisseur, 300 mètres
environ ; à travers cette mince couverture, se trahissent en
surface les plis calédoniens sous-jacents, qui ont dirigé les
diaclases. Un coup d’œil sur les coupes Ouallen-Megdoua (fig. 59)
et Taloak-Ouan Tohra (fig. 57) montre qu’on n’a pas affaire
à des couches proprement plissées, mais à des formations dont
l’horizontalité a été dérangée seulement par des diaclases.
=Jeunesse des diaclases.= — Ces failles et ces diaclases sont
très jeunes ; on ne s’expliquerait pas autrement la jeunesse
du relief. Les hammadas dévoniennes sont entaillées de canyons
étroits et profonds dans lesquels les oueds s’ils coulaient,
auraient des allures torrentielles (voir pl. VI, phot. 11 et 12,
pl. XLV, phot. 83) ; tout à fait torrentielles sont également
les vallées qui entaillent les horsts siluriens, disséqués et
déchiquetés comme des sommets alpestres. (Voir pl. XLIX, phot. 91,
pl. L, phot. 92.)
Avec ces tronçons de lits aux pentes rapides contrastent les
allures des oueds au débouché des canyons et des torrents sur
les pénéplaines. Là ils s’étalent en larges maaders, qui
seraient des lacs ou des marais sous un climat humide. Le réseau
hydrographique est évidemment loin de la maturité. Il est vrai que
sous le climat actuel il ne peut mûrir que lentement, mais on sait
que le climat quaternaire était bien plus humide que l’actuel.
Les oueds du Tadmaït ont exactement les mêmes allures (O. Aglagal,
par exemple). (Voir pl. XLIII, phot. 81.)
Conclusions générales.
En résumé on voit assez nettement dans son ensemble la structure
de toute cette région (Tidikelt, pénéplaine carbonifère,
Mouidir-Ahnet).