l’ouest et au nord. Un magnifique gisement de fossiles se trouve à
la tête de l’oued Aglagal ; les _Ostrea olisiponensis_ sont très
nombreuses et très belles ; c’est toujours comme à Matriouen et à
el Goléa le même étage qui est fossilifère, Cénomanien-Turonien.
La falaise de l’oued Aglagal, haute environ de 200 mètres, est une
magnifique coupe naturelle qui s’applique à la presque totalité
des couches crétacées au Tadmaït. Les étages supérieurs et moyens
du Crétacé sont ainsi représentés de haut en bas (fig. 53) :
10. Calcaire à silex. }
}
9. Argile. } une soixantaine de mètres.
}
8. Grès. } supposé, d’après la stratigraphie,
} représenter le Sénonien, mais sans
7. Argiles à silex. } preuves paléontologiques.
5. Calcaire compact. }
}
4. Argiles ou marnes à }
_Ostrea olisiponensis_. } une centaine de mètres.
}
3. Calcaires à _Ostrea }
olisiponensis_. }
}
2. Argiles très }
puissantes. }
Au pied de la falaise s’étend très loin une plaine d’ennoyage,
alluvions quaternaires et dunes, et c’est à une quinzaine de
kilomètres plus loin seulement et en contre-bas de cent mètres, au
Kreb er Rih, qu’on voit réapparaître le Crétacé, représenté
par l’Albien gréseux du type habituel.
Cette falaise, que mon itinéraire s’est trouvé croiser à l’oued
Aglagal (pl. XLIII, 81), est un accident très important. C’est
elle qui limite au sud le Tadmaït, elle dépasse 300 kilomètres de
long, et son altitude, d’un seul jet, dépasse parfois 300 mètres
et n’est jamais inférieure à 150. Elle est jalonnée par des
sources A. Tabbagueur, A. Souf, A. el Hadjadj, A. Guettara. C’est
la lèvre en rejet d’une superbe faille est-ouest qui se constate
directement. Au sud de la falaise, au pied de laquelle affleure le
grès albien, on voit réapparaître, en contre-bas de plusieurs
centaines de mètres, toute la série des calcaires crétacés ; qui
constituent des causses étendus entre In Salah et la falaise[220]
(Voir la carte en couleurs.)
[Illustration : Fig. 53. — Falaise terminale du Tadmaït. —
1/600000.
1, grès albiens ; _a_, sol masqué par des formations récentes ;
pour 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 et 10, se rapporter au texte.
(_Bull. Soc. géol. Fr._, 4 série, t. VII, p. 196, fig. 1.)]
Il est donc certain que le Tidikelt représente par rapport au Tadmaït
un compartiment effondré.
Les grès albiens jouent au Tidikelt le même rôle prépondérant qu’au
Touat et au Gourara, mais ils sont développés surtout aux deux
extrémités, orientale et occidentale ; les bois silicifiés
caractéristiques sont épars sur le sol dans toutes les directions
autour d’In Salah comme autour d’Aoulef.
Au centre, entre In R’ar et Tit, la continuité du placage albien est
tout à fait interrompue. Un grand affleurement primaire s’avance en
golfe jusqu’auprès d’In R’ar. L’érosion de l’oued Souf y est
certainement pour quelque chose ; mais l’explication est insuffisante ;
il faut admettre l’existence de failles nord-sud ; de part et d’autre
de l’affleurement primaire en effet on retrouve des lambeaux
importants de calcaires crétacés (étage moyen ou supérieur ?) qui se
présentent à la place et au niveau des grès albiens.
E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XLIII.
[Illustration : Cliché Pichon
81. — OUED AGLAGAL, entaillant la falaise terminale du Tadmaït au sud.
Argiles et calcaires crétacés.]
Je les ai vus à Baba-Ahmed et à Aïn Tarlift.
La falaise de Baba Ahmed a 60 à 70 mètres de haut (5 mm. de différence
au baromètre anéroïde).
Les couches se succèdent ainsi de la base au sommet.
Calcaires massifs 40 mètres.
Argiles schisteuses rouge brique 10 —
Calcaire 5 —
Argiles ? où se trouve la source 5 —
A l’Aïn Tarlift la falaise terminale est beaucoup moins haute, une
vingtaine de mètres et présente approximativement la composition
suivante de la base au sommet :
Grès 6 mètres.
Argiles 7 —
Calcaires 7 —
Contre cette formation sensiblement horizontale viennent buter, au pied
de la falaise, les couches carbonifériennes énergiquement plissées
; à Baba Ahmed la couche calcaire supérieure contient des fossiles,
malheureusement très friables et indéterminables.
Malgré l’absence de fossiles, l’âge crétacé de ces formations n’est
pas douteux, mais elles n’ont plus du tout le facies de l’Albien, au
niveau duquel elles se présentent pourtant, et dont il parait difficile
d’admettre qu’elles représentent, par transformation latérale ; un
facies particulier. Un système de failles est donc vraisemblable.
Notons d’ailleurs que le golfe primaire d’In R’ar, sur tout son
pourtour, c’est-à-dire sur le trajet probable des failles, est jalonné
de sources très nombreuses qui jaillissent au sommet des falaises ; Aïn
Baba Ahmed, Imellal, Aïn Othman, el Mouizzir, etc. ; la carte Prudhomme
n’en donne pas moins de dix-huit.
Des accidents tectoniques beaucoup moins importants, mais de même
orientation nord-sud jouent au Tidikelt au point de vue humain un
rôle considérable, toutes les palmeraies du Tidikelt sont des lignes
de végétation allongées nord-sud ; c’est particulièrement marqué à
Foggaret ez Zoua, In Salah, Aoulef. En général la ligne des
palmiers est doublée d’une sebkha étirée dans le même sens. Cela
revient à dire que les eaux du Tidikelt sont concentrées dans des
poches ou plus précisément, dans des cuvettes synclinales, très
allongées dans le sens de la méridienne. M. Flamand, à propos de
Foggaret ez Zoua et d’In Salah, était arrivé à cette conclusion, et
elle paraît incontestable ; les couches crétacées de Baba Ahmed ont une
allure synclinale, en cuiller, sensible à l’œil. En somme, les terrains
du Tidikelt, en général crétacés, sont affectés des plis posthumes,
dont la direction est imposée par celle des plis primaires sous-jacents
; car tous, les calédoniens, comme les hercyniens, ont ici une
direction uniformément subméridienne[221]. Ces plis ont rejoué, et les
failles profondes se sont traduites en surface par des fléchissements
en cuvettes synclinales de la couverture crétacée.
=Sous-sol primaire.= — La couverture crétacée est sans épaisseur
au Tidikelt et, à sa limite sud, il est facile d’étudier le
sous-sol primaire. Cette limite est très nette, elle est marquée
presque partout par des falaises abruptes mais peu élevées (quelques
dizaines de mètres).
Les formations primaires qu’on observe au pied des falaises et
dans le golfe d’In R’ar sont généralement carbonifériennes,
ou du moins presque tous les gisements de fossiles signalés sont
carbonifériens.
Les fossiles abondent dans la dépression d’In R’ar (Aïn In
Mellal, Aïn Mouizzir Sr’ir, Aïn Othman). Des fossiles de cette
provenance ont été étudiés par M. Flamand[222] qui conclut
ainsi : « On voit que toute cette faune, dans son ensemble,
est bien caractéristique du terrain carboniférien et que —
la présence d’espèces telles que _Plectambonites analoga_,
_Productus semireticulatus_, _Michelinia favosa_, _Fenestella
membranæ_, _Pleurotomaria Yvani_, etc., indique vraisemblablement
l’existence de deux étages viséen et tournaisien. »
Des fossiles d’Aïn Tar’lift appartiennent au même étage.
Au chapitre précédent on a déjà mentionné les gisements de
fossiles carbonifériens limitrophes du Touat et du Tidikelt, à
Aïn Cheikh et Hacian Taïbin ; ainsi que le gisement authentiquement
éo-dévonien d’Aïn Cheikh.
M. Flamand qui en a étudié le premier les fossiles, conclut
ainsi[223] : « L’ensemble de cette faunule caractérise
nettement le Dévonien inférieur ; de plus, la présence et
l’association de quelques formes : _Chonetes sarcinulata_ SCHLOTH.,
_Spirifer_ cf. _Rousseaui_ ROUAULT, _Pleurodictyum_ du groupe du
_constantinopolitanum_, etc., permettent de considérer les assises
gréseuses d’Haci Cheikh comme appartenant vraisemblablement à
l’étage coblentzien. »
Ce sont les seuls fossiles dévoniens qui aient encore été signalés
au Tidikelt. Les formations carbonifériennes sont malheureusement
bien loin d’avoir ici la même uniformité de facies que dans le
nord : dans la zone du Béchar, par exemple, ou même encore au
Gourara, le Carboniférien (Dinantien) se distingue aisément à
ses assises massives de calcaire bleuâtre.
Au Tidikelt, le calcaire n’a pas tout à fait disparu (Hacian
Taibin, par exemple). Mais les marnes prédominent ; ce sont elles qui
fournissent les plus beaux fossiles (Aïn Cheikh, Tar’lift). Elles
sont interstratifiées de schistes très fissiles (ktoub), de grès
très fissiles ou même de grès en bancs assez épais, qui paraissent
appartenir à l’étage.
[Illustration : Fig. 54. — Coupe d’Aïn Cheikh.]
Ce caractère protéiforme du Carboniférien est d’autant plus
regrettable qu’on peut être amené à confondre ces formations avec
d’autres d’un âge tout différent. S’il y a lieu de croire,
en effet, que le Carboniférien soit au Tidikelt l’étage primaire
le plus largement représenté en surface, il est incontestable que
les plis et les accidents primaires ont chance d’avoir amené à
l’affleurement tous les étages du Dévonien et du Silurien.
En effet l’architecture de la pénéplaine primaire apparaît
au Tidikelt avec plus de netteté relative qu’au Touat ; dans
le Tidikelt occidental, en particulier, l’étude du plissement
hercynien à Aïn Cheïkh et au dj. Aberraz est très instructive. Les
deux coupes s’appliquent au même plissement, à 20 kilomètres
environ de distance l’une de l’autre, et elles sont bien
symétriques.
=Aïn Cheikh.= — La coupe (fig. 54) est loin de me satisfaire ; je
l’ai relevée trop vite en 1903 et je n’ai pas revu Aïn Cheikh
depuis. La coupe a environ 4 kilomètres de long, transversalement à
la direction du pli. C’est une fenêtre ouverte à travers les grès
du Crétacé inférieur par l’érosion de l’oued Chebbi. Voici
d’ouest en est la succession des affleurements primaires.
1. Marnes et calcaires intercalés, fossiles carbonifériens
abondants.
2. Formations peu résistantes, accusées en creux et couverts de
débris, supposées représenter le Méso et le Néo-dévonien ?
3. Les grès éodévoniens, avec intercalations d’argile,
fossilifères. La source d’Aïn Cheikh jaillit entre deux
feuillets de grès. Des dépôts travertineux tout voisins attestent
l’importance de la source à l’époque quaternaire.
4. Argiles ou marnes, formation peu résistante, accusée en creux
et couverte de débris, difficile à observer. (Méso-dévonien ?)
5. Couches de calcaire amarante compact, contenant des fossiles,
en particulier des orthocères, indéterminables. (Méso-dévonien ?)
6. Schistes noirs, fissiles, puissants, l’oued Chebbi y a creusé
son lit. Il doit son nom à un gisement d’alun (chebbi) qui se
trouve en grands cristaux dans un lambeau d’alluvions quaternaires
à proximité de la source. Il semble donc bien que ces schistes
soient alunifères.
Or les schistes à graptolithes, rapportés par Foureau du Tindesset,
sont des schistes alunifères, et jamais encore on n’a signalé
d’alun au Sahara dans une formation autre que silurienne. D’autre
part, la source d’Aïn Chebbi, qui est abondante et pérenne,
est probablement en relation avec un accident, une faille.
Les couches 1, 2, 3, 4, 5 plongent toutes à l’ouest, sous
un angle de 45° peut-être. Le grès éodévonien recouvre les
calcaires à orthocères, plus jeunes que lui. De part et d’autre
de l’affleurement éodévonien qui marque nécessairement l’axe
du pli, les affleurements de couches plus jeunes ne sont nullement
symétriques.
Nous avons donc un pli orienté nord-sud (simple ou double ?),
vigoureusement déversé sur l’est, et qui vient s’écraser le
long d’une faille contre un horst silurien.
Notons que ceci est une interprétation tardive, après des années
écoulées, de la coupe notée sur le carnet.
=Djebel Aberraz.= — Celle du dj. Aberraz en revanche (fig. 55),
encore que lacunaire, ne fait aucune part à l’hypothèse
interprétative ; elle est due à M. Chudeau.
Le djebel Aberraz est formé par deux anticlinaux déversés vers
l’est ; le pli occidental surtout est important ; ils contrastent
nettement avec la région située plus à l’est (jusqu’à Bled
el Mass) où les plis à peine marqués forment une série de dômes
et de cuvettes nettement fermés.
Les couches carbonifériennes fossilifères s’observent au voisinage
de Hacian Taïbin sur le versant ouest du pli occidental.
Au sommet de ce pli, au dj. Aberraz proprement dit, affleurent
en puissantes assises des grès qui ont le facies et la masse des
grès éodévoniens. Cette partie du pli ayant été malheureusement
traversée de nuit la succession des couches n’a pas pu y être
notée.
Ce plissement hercynien est arrêté à l’est par le horst
calédonien de Bled el Mass. Il est composé de grès et de schistes
verts et violets, parfois de couleur claire, très plissés et
injectés de quartz. (Voir pl. XLIX, 90.)
Ce horst silurien était déjà arasé à l’époque dévonienne,
puisque le grès dévonien de Garet Tamamat repose dessus en couches
horizontales.
[Illustration : Fig. 55. — Coupe d’H. Taïbin à Garet el
Diab. — 1/600000,
Cr, Crétacé inf. ; C, Carbonifère ; D, Dévonien ; S, Silurien ;
Ŧ, pointe fossilifère ; F, faille et diaclase.
(_Bull. Soc. géol. Fr._, 4e série, t. VII, p. 202, fig. 2.)]
Il semble donc bien établi qu’un horst silurien, bordé à
l’ouest par une faille nord-sud, s’étend d’Aïn Chebbi
à Bled el Mass ; c’est le butoir contre lequel est venu se
déverser sur toute sa longueur visible le pli hercynien d’Aïn
Cheikh-Dj. Aberraz ; et nous constatons ici, avec une grande
précision, la limite entre les domaines respectifs des plis
hercyniens et calédoniens.
Si mes souvenirs, un peu lointains, sont exacts, les schistes
alunifères d’Aïn Chebbi sont bien moins dérangés que les
couches de Bled el Mass. — Ceux du Tindesset, photographiés par
Foureau[224], paraissent assez voisins de l’horizontale. Il n’y
a là aucune contradiction puisque les schistes à graptolithes sont
rattachés par M. Haug au Silurien supérieur[225]. Les couches de
Bled el Mass sont probablement du Silurien inférieur[226].
=Pli d’In R’ar.= — Le pli hercynien d’In R’ar est encore
plus mal connu que celui d’Aïn Cheikh, pourtant son étude nous
conduit à des conclusions identiques.
D’après un rapport manuscrit de M. Voinot, les couches primaires
plongent en sens inverse de part et d’autre du golfe primaire.
D’autre part, sur l’itinéraire de _Tirechoumin à Baba-Ahmed_
et dans le prolongement du golfe, on rencontre successivement des
couches qui plongent à l’est, au voisinage de Tirechoumin, et à
l’ouest au voisinage de Baba Ahmed. Il ne semble donc pas douteux
qu’il n’y ait là un grand pli anticlinal étiré nord-sud.
Le pli d’In R’ar s’arrête brusquement à 15 kilomètres environ
au sud de Tirechoumin, à une ligne de faille au delà de laquelle
le Carboniférien fossilifère se présente brusquement en couches
horizontales sur de grandes étendues. Plus au sud, on ne retrouve
plus de couches carbonifériennes ou dévoniennes plissées, et quand
on arrive à des couches plissées, elles appartiennent au substratum
calédonien. Ici donc encore nous pouvons délimiter avec précision
les domaines respectifs des plissements hercyniens et calédoniens
(fig. 50).
En somme, dans le Tidikelt occidental, d’In R’ar à Aïn Cheikh,
le sous-sol primaire est une pénéplaine où l’on distingue deux
faisceaux de plis hercyniens, entre lesquels le horst calédonien
projette un promontoire jusqu’à la falaise crétacée. Et si
les détails manquent, ce sont là du moins des traits généraux
absolument exacts.
=Sud d’In Salah.= — Dans le Tidikelt oriental (In Salah), la
structure de la plate-forme primaire est plus mal connue et plus
incertaine ; je n’ai de documents que sur la route d’In Salah
au Mouidir par Haci el Kheneg (route faite en partie de nuit).
Le puits d’el Kheneg est dans des grès bien lités,
interstratifiés de quelques lamelles argileuses ; à travers les
couches minces d’argile les couches gréseuses sont réunies par
des colonnettes de grès, très régulières, qui se débitent en
rondelles tout à fait semblables, comme forme et comme dimension,
à des bourres de fusil de chasse ; dans les argiles, j’ai recueilli
une Rhynchonnelle.
Malheureusement, ce fossile n’est pas caractéristique. D’après
le facies, on pourrait croire les couches d’el Kheneg
éodévoniennes ? (surtout à cause des « bourres de fusil »,
mais c’est naturellement un indice très faible). En tous les cas
elles appartiennent plutôt à la série dévonienne.
On sait que dans un échantillon de schistes provenant de Haci
el Kheneg et rapporté par le lieutenant Cottenest, M. Flamand a
découvert des Graptolithes[227] ; ces schistes ont été recueillis
au campement à quelques centaines de mètres du puits. Leurs
relations stratigraphiques avec les terrains voisins sont inconnues.
Il semble impossible d’attribuer au Silurien les grès à
colonnettes de H. Kheneg — qui par définition ne sont pas des
schistes à graptolithes. Mais ces grès supposés éodévoniens sont
à peine dérangés, ils plongent vers l’ouest d’une inclinaison
très légère. Ils ont donc échappé au plissement hercynien,
et, comme à Garet Tamamat ils reposent vraisemblablement sur le
horst silurien.
Seulement je ne puis pas indiquer, dans le Tidikelt oriental les
limites exactes de ce horst.
Le substratum primaire apparaît, le long de l’oued Inesmit, au
pied de la falaise crétacée, à une quarantaine de kilomètres au
S.-S.-E. d’In Salah. Il est représenté par des schistes fissiles
noirs, des calcaires bleus à Crinoïdes et à _Cyathophyllum_
en bancs réguliers, des marnes, des grès en plaquettes.
C’est un facies qui rappelle celui des couches
carbonifériennes. Les strates plongent au N.-N.-O., d’une
inclinaison légère, mais plus accusée qu’à H. el Kheneg. Je
n’ose pas risquer d’hypothèse explicative.
Malgré l’incertitude des limites exactes, il n’est pas douteux
que l’extrémité du horst calédonien ne voisine avec In Salah
puisque Haci el Kheneg est à une centaine de kilomètres seulement
de l’oasis.
Nous sommes donc certains que le placage crétacé du Tidikelt,
sur toute sa longueur, recouvre à peu près la vieille suture en
zigzag des domaines hercynien et calédonien.
M. Flamand a signalé un plissement hercynien à l’est du Tidikelt
(Aïn Kahla)[228], et rien naturellement n’empêche de croire que
la zone des plis hercyniens ne réapparaisse plus loin à l’est.
Pourtant le pli d’Aïn Kahla a un axe cristallophyllien ou
cristallin, et cela le rapprocherait plutôt des plis calédoniens
que des hercyniens. La question n’existait pas au moment où
M. Flamand a vu ce pli ; puisque alors, l’existence au Sahara de
plis calédoniens n’était pas soupçonnée. Elle mériterait
un supplément d’information ; si le pli d’Aïn Kahla est
hercynien, il faudrait conclure que les plis hercyniens gagnent
en intensité, d’ouest en est. Car les plis occidentaux ne sont
pas assez énergiques pour amener à l’affleurement des couches
aussi anciennes.
Géologie de la pénéplaine entre le Tidikelt et le Mouidir-Ahnet.
Entre le Tidikelt et les premiers contreforts du Mouidir, de l’Ahnet
et de l’Açedjerad s’étend une région naturelle, caractérisée
par son extrême aridité. Elle est donc particulièrement difficile
à connaître puisqu’on la traverse à marches forcées. Nous
en avons amorcé l’étude en étudiant le substratum primaire
du Tidikelt.
Cette région a été traversée par moi, seul ou en compagnie de
M. Chudeau, suivant trois itinéraires différents — d’In Salah
au Mouidir — de Taloak à Baba Ahmed — de Taourirt à Taloak.
=D’In Salah au Mouidir.= — On a déjà parlé des premières
couches rencontrées, celles de l’O. Inesmit et de Haci el Kheneg.
Au pied des premières pentes du Mouidir, aux puits de Afoud dag Rali,
Bel Rezaïm et In Belrem, on rencontre des couches particulièrement
intéressantes parce qu’elles sont très fossilifères. Les
fossiles, étudiés par M. Haug, appartiennent au Dévonien
supérieur[229].
La succession des couches est la suivante de bas en haut :
1. Schistes bariolés 10 mètres.
2. Grès 5 —
3. Calcaires 3 —
4. Grès à grain fin clairs 10 —
5. Grès rouge 3 —
Toutes ces couches sont peu ou prou fossilifères, mais surtout les
calcaires. Dans les schistes et dans les grès rouges, on trouve des
dépôts plâtreux, parfois cristallisés. Cette formation constitue
une arête de faible altitude, — une vingtaine de mètres, très
continue sur une trentaine de kilomètres et jalonnée par les
trois puits.
Ces couches, au moins dans la partie nord de l’arête, plongent
à l’ouest de 45° au moins, et d’autre part sur la rive droite
de l’O. In Belrem dont elles longent la rive gauche, les grès
éodévoniens plongent dans le même sens et semblent s’enfoncer en
stratification concordante sous le Néo-Dévonien, le contact étant
ennoyé. De sorte qu’on croirait avoir affaire à un plissement
qui aurait affecté les deux terrains. Une étude attentive montre
qu’il n’en est rien.
En effet, les coupes aux deux puits septentrionaux Afoud dag Rali
et Bel Rezaïm montrent bien les couches néo-dévoniennes plongeant
à l’ouest de 45°.
Mais, au puits d’In Belrem, la stratigraphie est bien
différente. Au puits même on retrouve, parfaitement horizontaux,
ces mêmes calcaires fossilifères qui, aux deux autres puits, sont
redressés énergiquement. Au sud du puits d’In Belrem, l’accident
néo-dévonien n’est plus une arête, c’est une falaise où les
couches néo-dévoniennes sont horizontales. Au pied de la falaise
on voit affleurer un paquet de ces mêmes couches (ou du moins elles
m’ont paru telles), extrêmement redressées et voisines de la
perpendiculaire. La faille se constate donc directement.
En somme, le long de l’O. In Belrem, le contact est anormal entre
l’Éo- et le Néo-Dévonien.
=De Taloak à Baba Ahmed.= — On a déjà parlé de la section
septentrionale de cet itinéraire, depuis Baba Ahmed jusqu’à une
quinzaine de kilomètres au sud de Tirechoumin. On a dit qu’il court
là un pli hercynien, où le Carboniférien joue un rôle important,
et qui s’arrête court à une ligne de faille, au delà de laquelle
les couches carbonifériennes sont horizontales.
Ces couches horizontales s’étalent en plateau jusqu’à Haci
Ar’eira sur un trajet d’une quinzaine de kilomètres. A la
base sont des schistes très fissiles (ktoub), passant au grès en
plaquettes. Au sommet, des calcaires violets fossilifères.
D’autre part, M. Villatte a rapporté des fossiles carbonifères
de deux points situés à une petite distance dans l’ouest (Tin
Tenaï et l’O. Kraam). La bande carboniférienne s’étend donc
jusque-là. Au delà, entre Haci Ar’eira et l’oued In Gharen,
à travers l’ennoyage, on voit percer, à deux ou trois reprises,
des couches dont je ne puis pas indiquer la succession exacte, mais
qui sont des bancs de grès bien lités, des grès en plaquettes, des
schistes fissiles, des argiles schisteuses et des bancs de calcaires
bleus à Crinoïdes. Le facies est à peu près le même que celui
du Carboniférien (?) de l’oued Inesmit. Ces couches, quand elles
ne sont pas horizontales, sont affectées d’une plongée légère
vers le nord ; je crois que leur horizontalité a été dérangée
par de petites failles.
Au sud de l’O. In Gharen, le long de l’oued Adrem, jusqu’à
Taguerguera, sous les ergs Tessegafi et Ennfouss, le placage
des alluvions et des dunes soustrait le sous-sol primaire à
l’observation sur de grands espaces. La région est une vaste
cuvette où viennent converger tous les oueds de l’Ahnet et de
l’Açedjerad ; l’oued Adrem est souvent encaissé entre des
terrasses d’alluvions anciennes (terrasses de cailloutis auprès
de H. Tadounasset).
Toutes les fois que le sous-sol primaire apparaît, il est d’aspect
assez uniforme, des argiles et des marnes schisteuses de couleurs
vives, avec d’assez rares intercalations de bancs calcaires
très minces. Malgré l’uniformité du facies, cette formation
essentiellement argileuse ou marneuse se rapporte à deux étages,
Méso- et Néo-Dévonien. En effet, sur tout le pourtour méridional
de l’erg Tessegafi les gisements fossilifères abondent.
Au-dessus des berges de l’O. Tadounasset sur les flancs d’une
gara haute de 50 mètres environ, M. Villatte a recueilli dans des
marnes une faune étudiée par M. Haug, qui conclut ainsi[230] :
« L’ensemble de la faune possède incontestablement un cachet
néo-dévonien. »