Le petit affleurement éodévonien auprès de Haci Sefiat est lui

aussi sensiblement horizontal, de même que les couches gréseuses

de même facies qui constituent le djebel Heirane. Au pied du djebel

Heirane à l’est on voit des ktoub, supposés néo-dévoniens (?),

verticalement redressés, en contact évidemment anormal avec les

grès éodévoniens (miroirs de faille).

Sous bénéfice d’inventaire je croirais que cette faille court du

djebel Heirane à Haci Boura (autrement dit Rezegallah), et qu’elle

délimite les domaines hercyniens et calédoniens.

Le Vorland occidental du Touat, erg d’Iguidi, région de Taoudéni,

reste encore très peu connu ; pourtant outre les documents de Lenz,

nous disposons maintenant de ceux qui ont été recueillis par le

capitaine Flye Sainte-Marie, par le lieutenant-colonel Laperrine et

par leur compagnon le lieutenant Mussel.

Il semble incontestable que toute la grande région des Eglab,

au cœur du fer à cheval des dunes de l’Iguidi, est un massif

archéen ou éruptif complètement en dehors de la zone des

plissements hercyniens.

M. Mussel[169], au voisinage de Taoudéni, Lenz auprès de Tindouf,

ont vu le Carboniférien horizontal sur d’immenses étendues. Tout

se passe donc, en tout cas, comme si la limite occidentale des

plissements hercyniens passait tout près du Touat à l’ouest et

tout près de la chaîne d’Ougarta au sud-ouest[170] à l’est

de la ligne Dj. Heirane-H. Boura tous les affleurements primaires

du Touat sont nettement plissés.

A la limite du Touat et du Tidikelt, entre djebel Aberraz et Aïn

Cheikh, court un pli hercynien, dont l’axe est éodévonien ;

c’est un pli énergique, uniformément déversé vers l’est,

sa direction est nord-sud. On en fera au chapitre suivant une étude

plus détaillée.

On ne peut pas être aussi précis au sujet des autres plis hercyniens

du Touat ; on les devine plutôt qu’on ne les voit, encore que leur

existence soit incontestable. Le Carboniférien de Tazoult forme un

dôme anticlinal bien net, fermé au sud et brusquement interrompu

au nord par une cassure.

[Illustration : Fig. 49. — Coupe de Tesfaout à Haci Sefiat. —

Échelle : 1/600000.

q, Quaternaire.

(_Bull. Soc. géol. Fr._, 4e série, t. VI, p. 758, fig. 20.)]

A l’ouest de Temassekh, les couches primaires (carbonifériennes et

supradévoniennes) plongent à l’ouest, mais avec un pendage de plus

en plus accusé à mesure qu’on s’approche de Temassekh ; elles

finissent par être tout à fait verticales. La direction du pli est

N.-N.-O.-S.-S.-E., faisant un angle d’une vingtaine de degrés avec

la ligne nord-sud. Il semblerait naturel d’admettre que ce tronçon

de pli, à en juger par sa direction et sa proximité topographique,

est la continuation de celui qu’on a vu s’amorcer à Tazoult.

A Tesfaout l’affleurement primaire (ktoub supradévoniens ?) est

composé de couches qui plongent vers l’est. La direction du pli

est N.-N.-O.-S.-S.-E. (angle de 28° avec nord-sud).

Au Timmi, à l’ouest de la Sebkha, autre affleurement très

étendu de ktoub supradévoniens. Les couches sont redressées au

voisinage de la verticale, elles m’ont paru pourtant avoir une

tendance à plonger vers l’est. La direction du plissement est

N.-N.-O.-S.-S.-E. (angle de 22° avec nord-sud).

Tout cela en somme est bien fragmentaire. Il semble pourtant qu’on

puisse risquer la conclusion suivante.

Au large du Touat les couches primaires sont affectées de plissements

hercyniens dirigés N.-N.-O.-S.-S.-E. Et c’est d’ailleurs une

direction qu’on retrouve bien nette, avec une inflexion plus

marquée vers l’ouest, dans la chaîne d’Ougarta.

En somme, sur toute la distance entre le Tidikelt et l’Atlas, la

virgation de la chaîne hercynienne apparaît nettement. Franchement

nord-sud au Tidikelt la direction des plis s’infléchit

progressivement jusqu’à N.-O.-S.-E., d’un côté, tandis que

de l’autre on voit apparaître par rebroussement la direction

N.-E.-S.-O. (Timimoun, Zousfana) ; à partir du Gourara la structure

est en éventail (fig. 50).

=Crétacé.= — Ce sont les terrains horizontaux d’âge

post-primaire qui tiennent au Touat de beaucoup la plus grande place

en superficie. On a déjà dit que tout le pays est une immense

plaine. Mais l’attribution de ces terrains horizontaux à tel ou

tel étage est assez délicate.

A l’est du Touat le problème est simple ; la route d’Adrar

à In Salah par Ilatou et Matriouen ne sort pas du Crétacé. Elle

traverse le grand plateau calcaire du Tadmaït. Une petite falaise

calcaire que l’on franchit une quinzaine de kilomètres avant

d’arriver au puits d’Ilatou en marque le début à l’ouest. Sur

l’âge de ces calcaires nous sommes renseignés par des gisements

fossilifères. Le plus rapproché du Touat, à ma connaissance est

celui que j’ai trouvé à Matriouen (rive gauche de l’oued, au

pied de la falaise) ; les fossiles identifiés par M. Ficheur sont :

_Pseudodiadema_ sp., _Natica_ sp. _Ostrea olisiponensis_.

Nous sommes donc au même niveau qu’à el Goléa, cénomanien

et turonien.

Au Touat comme au Gourara les calcaires massifs reposent sur des

argiles gypseuses (cénomaniennes ?) qui reposent elles-mêmes sur les

grès albiens. Les bois silicifiés abondent dans ces grès, comme

d’habitude : le plus beau gisement est incontestablement celui de

Taourirt. On y voit, dans la falaise qui domine le ksar actuel, de

gros troncs silicifiés en place, encastrés dans la pierre[171] ;

ici d’ailleurs ce n’est plus à proprement parler du grès,

c’est un poudingue à gros éléments et ses éléments semblent

uniformément primaires ou archéens, les quartz en particulier

abondent. Ils ont été évidemment arrachés à une ride primaire

quelconque, aujourd’hui arasée et enfouie sous les dépôts

crétacés. C’est le seul point à ma connaissance où le grès à

dragées prenne un facies aussi net de poudingue et c’est le seul

point aussi où les bois silicifiés se présentent sous forme de

troncs presque intacts. En général, on ne voit que des fragments

à peine plus grands que la main.

La falaise de Taourirt paraît nous présenter une section d’un

vieux lit d’oued précénomanien.

Au Touat (au rebours du Gourara), les grès albiens ont été

incomplètement débarrassés par l’érosion de leur couverture

d’argiles cénomaniennes. Sur la route du Gourara au Touat les

argiles apparaissent du côté de Sba et de Guerrara. Les ksars du

Timmi et du Boudda sont construits sur des argiles gypseuses, assez

gypseuses même pour qu’on puisse au Boudda exploiter le plâtre.

Le grès albien affleure d’ailleurs çà et là (à Meraguen, au

Boudda). Aussi n’a-t-on pas osé porter sur la carte géologique

ces argiles cénomaniennes, aux contours indécis dans l’état

de nos connaissances ; on a fait coïncider la limite du Crétacé

moyen avec la base des calcaires turoniens.

A l’ouest du Touat l’attribution des couches horizontales à tel

ou tel étage devient plus délicate. On peut affirmer en tout cas

qu’elles tiennent une grande place, réduisant les affleurements

primaires au rôle de fenêtres. Elles sont de composition assez

uniforme, argiles de couleurs vives, rouges et vertes, alternant

avec des bancs de grès du type habituel, à dragées et à bois

silicifiés.

A la partie supérieure de cette formation on voit quelquefois

des argiles gypseuses ; au puits de Sefiat, en particulier, elles

constituent les falaises qui entourent le puits. Pourtant le grès

a souvent un facies particulier, qui n’est pas celui des grès à

dragées, il est spongieux, creusé de cavités, entre lesquelles

subsistent des colonnettes filiformes, j’imagine qu’il est

calcarifère. A la surface des hammadas il se découpe en buttes

ruiniformes qui sont une nouveauté dans le paysage.

Ce grès particulier constitue par exemple toute la hammada d’où

émerge le chicotéodévonien du dj. Heirane. On le voit à Haci

Boura, à Haci Rezegallah.

Il est vrai que sur la route entre le dj. Heirane et le Bouda j’ai

cru observer le passage latéral d’un facies à l’autre.

Nulle part, à ma connaissance, on ne voit réapparaître les

calcaires et les marnes fossilifères du Tadmaït, qui permettent

dans la région orientale une détermination précise.

Pourtant ces formations horizontales manifestement post-primaires, se

distinguent bien nettement des dépôts tertiaires par leur compacité

et leur aspect ancien ; localement elles ont été vigoureusement

affectées par des failles (fig. 46) ; il est difficile de ne pas

les croire prétertiaires. Et après tout leur analogie de facies

est évidente avec l’albien du Touat dont il est naturel de croire

qu’elles sont ce qu’elles paraissent, un simple prolongement.

Notons que M. Chudeau a vu, au Tegama, une formation qu’il juge

analogue aux grès albiens du Touat et contemporaine. MM. Mussel et

Cortier signalent au voisinage de Taoudéni des couches de facies

analogue. Il est très possible que tous ces affleurements très

distants les uns des autres se rejoignent. Tout se passe comme si

le Crétacé inférieur, représenté par une formation argileuse

et gréseuse à fossiles végétaux, et d’origine continentale ou

lagunaire, couvrait d’immenses espaces dans tous les bas-fonds du

Sahara, entourant d’une immense auréole les massifs du Hoggar.

Et en tout cas, à l’ouest du Touat, on ne connaît pas encore de

limites occidentales à l’extension en surface de cette formation.

=Mio-Pliocène.= — Il reste à parler des dépôts tertiaires

continentaux qui jouent un si grand rôle au nord. Ici leur rôle est

très réduit. Çà et là auprès des puits de Sefiat, par exemple,

ou du puits d’Hammoudiya, on voit sur le Crétacé un lambeau

de croûte calcaire qu’on peut rapporter au Pliocène. Mais on

ne rencontre de dépôts assez étendus pour être notés sur une

carte schématique qu’au voisinage des oasis.

Il court là, entre Tesfaout et le Sali, une bande mio-pliocène à

peu près rectiligne, longue de près de 100 kilomètres, et large

uniformément de 3 ou 4 kilomètres à peine ; l’épaisseur est

d’une vingtaine de mètres.

A Temassekh la formation, facile à étudier sur la falaise de la

gara, est constituée à la base de couches sableuses plus ou moins

durcies ; au sommet un chapeau de calcaire et de plâtre (sol de

_timchent_) ; le plâtre est pétri de _Cardium edule_.

J’ai examiné une grande gara allongée qui s’étend entre

Tiouririn et Temassekh, sur toute son étendue elle porte

un chapeau de calcaire blanc, à rognons de silex, passant

quelquefois au poudingue et dont l’aspect rappelle tout à fait

les calcaires pliocènes du nord. Sur toute la ligne des oasis dans

les groupes Ouled Si Hamou bel Hadj et Touat el Henna la formation

est essentiellement représentée par des couches sableuses, très

mêlées de stalactites gréseuses, qui contribuent sans doute à les

fixer, et qui attestent la présence d’éléments calcaires. Auprès

de Zaouiet Kounta j’ai eu l’occasion d’examiner de plus près la

formation. A la base des grès calcarifères coquilliers, au-dessus

des travertins très vacuolaires, très spongieux, une dentelle de

calcaire dur, pétri d’empreintes de plantes et de coquilles. Les

coquilles sont des _Melanopsis_. C’est dans les travertins que

sont creusés plusieurs étages superposés de foggaras.

L’âge récent de la formation est donc attesté non seulement

par son facies mais aussi par ses fossiles ; (voir appendice X). Et

d’autre part elle est bien loin d’être contemporaine puisque

ce dépôt de dépression, fluvial ou lacustre, est aujourd’hui

accusé en relief. Dans le nord la bande mio-pliocène a été

réduite par l’érosion quaternaire à un chapelet de garas, dans

le sud elle a gardé sa continuité, mais elle se présente sous la

forme d’une terrasse, adossée à l’est à la falaise secondaire,

et se terminant à l’ouest par un à-pic.

Ces dépôts mio-pliocènes, d’un dessin si particulier sur la

carte, semblent nous renseigner sur l’hydrographie de la région

à l’époque néogène. Manifestement il y a eu là soit un fleuve,

soit un chapelet de lacs ou de sebkhas.

=Les failles.= — La plaine du Touat a été affectée de failles,

les coupes ci-jointes en font ressortir un grand nombre, mais

sur lesquelles il n’est pas possible, dans l’état de nos

connaissances, de donner des détails circonstanciés.

Au contraire on est en mesure d’insister sur la grande faille du

Touat, en relation avec la ligne des sebkhas et des palmeraies, le

long de laquelle vient affleurer la nappe d’eau souterraine. Cette

ligne est régulièrement droite sur 150 kilomètres, et cela

seul suffirait à faire soupçonner la faille, dont l’existence

d’ailleurs est facile à prouver. Sur une grande partie de son

trajet elle amène en surface des tronçons de la pénéplaine

hercynienne, et elle est accusée, par un pointement éruptif au moins

(Tazoult). A Taourirt le ksar est dominé de plusieurs dizaines de

mètres par la falaise des grès albiens, or il est construit sur

les argiles gypseuses cénomaniennes (?) ou en tout cas plus jeunes

que les grès. Nous sommes donc certains que la faille du Touat a

affecté les terrains crétacés.

La bande étroite des dépôts mio-pliocènes est rigoureusement

collée à la faille, ce qui ne peut pas être fortuit ; nous avons

donc la certitude que dès l’époque néogène la faille du Touat

avait, comme aujourd’hui, une importance hydrographique. Mais

d’autre part les couches mio-pliocènes sont aujourd’hui accusées

en relief sur toute leur étendue, ce qui semble indiquer que la

faille a rejoué depuis leur dépôt.

M. Chudeau affirme, en effet, qu’elle a dû rejouer à une époque

toute récente, et pour ainsi dire contemporaine. Il a constaté que

les oueds actuels qui débouchent de la falaise forment des vallées

suspendues, c’est bien visible en effet à Taourirt.

A l’est de la falaise, le réseau hydrographique, arrivé à

maturité, témoigne d’un long travail de l’érosion, une rupture

de pentes et des rapides caractérisant la traversée de la falaise,

à l’ouest de laquelle les rivières ou tout au moins leurs lits

reprennent jusqu’à l’oued Messaoud une allure tranquille. Que si

on rapproche ces faits du peu de dureté des grès à sphéroïdes,

qui constituent la falaise, il devient évident que cette falaise

est postérieure à l’établissement du réseau hydrographique,

postérieure même à l’établissement d’un climat sec au

Sahara. Si les rivières avaient coulé pendant que se soulevait la

lèvre orientale de la faille l’érosion aurait été puissante ;

le profil d’équilibre serait sinon reconquis jusqu’à la source,

du moins en bonne voie de reconstitution. En fait les rapides et

l’allure torrentielle n’existent que sur quelques centaines

de mètres.

Une observation récente que M. Chudeau doit au colonel Laperrine

confirme ces indications et ajoute un trait nouveau. Le printemps

1907 a été particulièrement pluvieux au Sahara, et la plupart des

oueds du Touat ont coulé ; deux d’entre eux n’ont pu parvenir

jusqu’à la falaise et ont formé deux lacs sur le premier gradin

du Tadmaït : le jeu de la faille avait amené, un renversement

de la pente à l’est du Touat. La pluie continuant cependant,

l’un des lacs a atteint le bord de la falaise, et s’est déversé

brusquement dans la dépression du Touat, creusant dans la falaise un

nouveau ravin et dévastant le petit ksar de Noum en Nas. Il a donc

suffi d’une saison pluvieuse pour qu’une de ces rivières ait

pu relier, malgré la falaise du Touat, sa source à son embouchure.

L’état d’équilibre instable qu’a créé la faille du Touat

ne peut donc être que très jeune : de même qu’à Noum en Nas,

il a suffi de quelques orages pour entailler partout la falaise,

et malgré la rareté des pluies au Sahara, il est impossible

d’admettre qu’un réseau hydrographique aussi anormal puisse

subsister un grand nombre de siècles.

Les géologues allemands ont fait des constatations analogues dans

la région des grands lacs[172]. Cette Afrique, que l’on supposait

_a priori_ un vieux Tafelland rigide commence au contraire à nous

apparaître comme un des pays du monde où les mouvements tectoniques

sont les plus récents. Et, si l’on songe à quelle altitude

ont été portés dans l’Atlas les dépôts marins pliocènes,

on ne sera pas surpris que le Vorland ait subi jusqu’au Touat le

contre-coup de mouvements orogéniques aussi jeunes.

Hydrographie.

Le Gourara et le Touat rentrent dans le bassin de l’oued Messaoud,

au sujet duquel on a donné, dans le chapitre II, des indications

précises. De ce côté le bassin est limité par l’Atlas et

le Tadmaït.

La topographie du Tadmaït est presque inconnue ; hier encore elle

l’était complètement. On sait pourtant que la plus grande partie

du Tadmaït déverse vers les oasis ses eaux d’orages ; on connaît

aujourd’hui l’existence de très grands oueds, tout à fait

comparables, comme dimension, à l’oued Mya, qui a simplement

sur eux l’avantage de les avoir précédés sur nos cartes ;

ils coulent tous à l’opposé de l’oued Mya, vers l’ouest, et

ils sont tributaires des oasis ; ce sont les oueds Tlilia, Ilatou,

R’zelan, Sba, Aflissès, etc.[173].

D’autre part les oueds Saoura, Namous, R’arbi, Seggueur descendent

de l’Atlas. Un immense réseau-squelette d’oueds quaternaires

converge vers les oasis du Gourara et du Touat.

A l’époque actuelle, le trait frappant de l’hydrographie ce

sont les sebkhas. Les oasis s’alignent en cordon sur les bords

de sebkhas multiples. Il n’y a pas en effet, comme les anciennes

cartes l’indiquent à tort, une grande sebkha du Touat, mais un

lacis ou un chapelet de petites : l’oasis de Bouda a la sienne,

celle de Tamentit en a une autre nettement séparée, etc. La sebkha

la plus étendue est probablement celle de Timimoun ; en tout cas,

c’est la plus pittoresque, avec sa bordure de falaises et de dunes ;

elle a 40 kilomètres de long sur 6 ou 7 maximum de large. (Voir

pl. V, phot. 9.)

Il est malaisé de préciser ce qu’on pourrait appeler le régime

hydrographique de la sebkha. Les habitants du Touat affirment que

les leurs ont été des lacs, de mémoire d’homme, et qu’on y

a circulé en bateau de ksar à ksar.

On a dit quelles traditions précises ont été recueillies là-dessus

par M. Wattin, interprète militaire.

Quoi qu’il en soit du passé, les oasis sahariennes, dans le

présent, ignorent à peu près complètement l’eau naturellement

vive et courante.

Les oueds quaternaires coulent peut-être une fois en dix ans.

Quant aux sebkhas, elles ont sur un petit nombre de points,

d’étendue très restreinte, de l’eau libre en permanence ;

au Timmi, par exemple, dans le voisinage d’Adrar, capitale

administrative du Touat, on montre, à la limite de la palmeraie,

une flaque d’eau qui ne tarit jamais ; le niveau de ces mares est

sujet à des fluctuations notables suivant les saisons. D’autres

petits coins de sebkha ont en hiver un pied d’eau libre qui

disparaît l’été. Mais dans l’immense majorité des cas,

la sebkha reste toute l’année une étendue de vase plus ou

moins séchée, plus ou moins semée de fondrières, et plus ou

moins saupoudrée de sel. La couche salée superficielle est tout

particulièrement hygrométrique ; la surface des sebkhas, terne

dans les périodes de plus grande sécheresse, devient étincelante

de sel, dès qu’on signale de gros orages, fussent-ils tombés

très loin de là. C’est d’ailleurs une loi bien connue en

pays désertique que cet accroissement concomitant, paradoxal

en apparence, de l’humidité et de la salure superficielle. A

mesure que s’accumule l’eau salée contenue dans la masse, la

capillarité en entraîne en surface une plus grande quantité, qui

s’évapore en déposant un résidu de cristaux. Cette difficulté,

on le sait, a entravé, dans l’Égypte anglaise contemporaine,

l’extension des cultures[174].

Ainsi, les sebkhas, qui ne reçoivent pourtant, en règle générale,

aucun affluent superficiel, restent très sensibles à l’influence

des orages lointains, elles sont, en quelque sorte, un pluviomètre

de leur immense bassin fluvial, parce qu’elles sont le point

où aboutit toute la circulation souterraine. Si donc les oasis se

collent aux sebkhas, s’alignent sur leurs bords, ce n’est pas pour

leur valeur propre ; les sebkhas, avec leurs terres et leurs eaux,

chargées de principes chimiques, sont parfaitement inutilisables,

mais elles sont l’indice infaillible d’une abondante nappe

d’eau souterraine.

Notons encore que, au Gourara et au Touat, les sebkhas sont toujours,

comme l’oued Saoura entier, asymétriques, et si l’on veut

hémiplégiques ; sur une rive pénéplaine primaire, sur l’autre

couches crétacées ou tertiaires ; la rive primaire est morte,

la végétation et la vie sont concentrées sur l’autre.

Nous avons encore peu de renseignements précis sur le climat

des oasis ; pourtant le lieutenant Niéger nous donne, sur les

pluies, quelques chiffres intéressants. « En 1901, il y avait

douze ans que la région n’avait pas eu de pluies... Pendant

l’année 1901, quelques pluies. En 1902 on a obtenu, à Adrar,

60 millimètres. » L’hiver 1906-1907 a été très pluvieux. Ces

pluies sont des orages brusques et violents, défonçant les toits en

terre battue, délayant les murettes de sel, des catastrophes gaies ;

leur extrême rareté est soulignée par ce fait, que rien n’est

prévu pour s’en défendre. Il est clair que, dans un pareil

pays, on ne peut pas compter sur les pluies locales pour alimenter

la palmeraie. Et pourtant l’eau est réellement abondante :

« Quelques oasis ont plus d’eau qu’il ne leur en faut. Aux

offres d’argent qui ont été faites dans certains districts,

pour augmenter le débit des _foggaras_, il fut répondu par une

fin de non-recevoir. D’autres... ont accepté, mais sans grand

empressement[175] » Ainsi, ce n’est pas l’eau qui manque, les

oasis ruissellent d’eau vive, de cascatelles, de petites séguias

où vivent des barbeaux. Tout cela est arraché au sol par le travail

humain, et y rentre, pour ainsi dire, instantanément, pour y être

absorbé par la végétation de la palmeraie. Il faut assurément que

cette prodigalité éphémère, sur un tout petit point privilégié,

soit alimentée par les réserves lentes d’immenses espaces

désertiques. C’est le Tadmaït qui est le grand collecteur,

et c’est à son aridité que les oasis doivent leur verdure.

Car un petit nombre d’oasis seulement, celles du Gourara

septentrional, sont alimentées par l’Atlas.

Que partout ailleurs l’eau vienne du Tadmaït, c’est

incontestable. On la voit sourdre à la tête des longues et

innombrables foggaras, toutes parallèles entre elles. Çà ne laisse

pourtant pas de surprendre, au moins au premier abord. C’est

que ces immenses plateaux calcaires sont un terrible pays. Pour

en avoir une représentation adéquate, il faut aller directement

d’el Goléa à Ouargla. Il y a là, au cœur de nos possessions,

dans un pays que nous occupons depuis trente ans, un intervalle

de 200 kilomètres où toute notre machinerie n’a pas encore pu

faire jaillir une goutte d’eau. L’été 1903, une caravane de

six Arabes y est morte de soif.

Si le Tadmaït est aussi inconnu encore, c’est surtout parce que

l’extrême rareté des points d’eau en rend l’exploration

détaillée bien difficile en dehors de quelques grands medjbeds. En

somme, c’est un Tanezrouft. Après tout ce sont des causses,

et même sous nos climats le causse est d’une aridité bien

connue. Ces causses sahariens, effroyables dans l’ensemble ont

pourtant quelques coins verts, des oasis par exemple. Il est vrai

que le seul groupe d’oasis un peu important, le M’zab, est un

miracle de volonté humaine, avec ses puits de 60 mètres creusés

dans le roc dur. Le M’zabite est à proprement parler un commerçant

fixé dans les villes du Tell et qui entretient au Sahara une maison

de campagne ruineuse.

En plein Tadmaït dans l’O. Tlilia, on trouve deux petites

palmeraies, Matriouen et In Belbel, insignifiantes, à vrai

dire. Enfin le Tadmaït a ses pâturages ; celui d’Ilatou, par

exemple, fréquenté par les méharistes du Touat. Les nomades du

Tidikelt paissent leurs chameaux au Tadmaït aussi bien qu’au

Mouidir.

Tout cela suppose nécessairement que le Tadmaït a ses pluies,

sur l’abondance desquelles nous n’avons, il est vrai, aucune

donnée précise. Mais il est naturel d’admettre qu’un aussi

gros massif, et aussi élevé (jusqu’à 700 mètres d’altitude)

est notablement plus pluvieux que les oasis elles-mêmes situées

à un niveau beaucoup plus bas. Il faut tenir compte aussi de

l’énorme étendue du bassin de réception. Il y a là dans le

bassin du Touat et du Gourara une masse continue de causses qui

peut avoir 350 kilomètres de long sur 150 de large. Toute l’eau

qui y tombe s’engouffre dans les avens et dans les fissures et

s’achemine vers les oasis.

Missions au Sahara, tome 1 · 第 23 / 36 段