[Note 158 : Communication orale du capitaine Martin, commandant

l’annexe de Beni Abbès, jadis officier de bureau arabe chez

les Trafi. On trouvera d’ailleurs l’idée développée dans :

Bernard et Lacroix, _Évolution du Nomadisme_.]

[Note 159 : _Bulletin du Comité de l’Afrique française_, janvier

1903, p. 12.]

CHAPITRE VI

=GOURARA ET TOUAT[160]=

Le Touat, le Gourara et le Tidikelt forment un complexe d’oasis,

dont l’unité géographique est incontestable, et qui pourtant n’a

pas d’appellation commune. Il en a bien une dans l’usage courant,

il est vrai, celle de Touat ; mais on ne peut pas s’en contenter,

puisque le nom de Touat, dans son sens restreint et précis, le seul

adéquat, s’applique seulement à une des trois provinces.

M. Flamand a cherché a combler cette lacune d’onomastique avec

le néologisme improvisé d’_archipel Touatien_ du Sahara.

Le Touat (_lato sensu_), et l’on pourrait dire aussi « le groupe

occidental » s’oppose au groupe oriental d’Ouargla. L’un se

rapporte à l’oued Igargar, et l’autre à l’oued Messaoud :

l’un a des puits artésiens et l’autre des foggaras. Les oasis

du groupe Touatien, d’ailleurs, se continuent toutes les unes

les autres en « rue de palmiers », vivant dans une certaine

mesure d’une vie commune. A quelques restrictions près, elles

s’abreuvent à la même nappe d’eau, celle qui sourd à la base

du Tadmaït dans les grès Albiens ; toutes les oasis en effet depuis

el Goléa jusqu’à In Salah, en passant par Timmimoun et Adr’ar,

jalonnent fidèlement en un immense demi-cercle le pied de la falaise

terminale du Tadmaït.

Cela n’empêche pas que les trois provinces ont un nom et

une individualité distincts. Le Tidikelt en particulier doit

être étudié à part pour des raisons à la fois géologiques et

ethnographiques. Le Touat et le Gourara, en revanche, se pénètrent

assez mutuellement pour qu’il y ait intérêt à les rapprocher

dans une étude commune.

Géologie du Gourara.

Le Gourara, comme la Saoura, et d’ailleurs comme le Touat, est

essentiellement une pénéplaine primaire, entrevue à travers les

déchirures d’un placage horizontal de terrains plus récents. Ces

derniers sont crétacés et mio-pliocènes.

=Terrains crétacés.= — Les terrains crétacés du Gourara

sont bien et anciennement connus. Leur âge est déterminé par

les fossiles abondants d’el Goléa ; on retrouve ces fossiles

d’ailleurs tout le long de la grande falaise calcaire, qui borde

le Gourara au sud et que les indigènes appellent le Baten ; cette

falaise est le dernier ou, si l’on préfère, le premier étage

des plateaux calcaires du Tadmaït ; elle est turonienne.

Ces calcaires turoniens reposent directement et en concordance

sur des marnes ou des argiles gypseuses (cénomaniennes ?),

qui reposent elles-mêmes sur des grès à sphéroïdes. Cette

formation ne contient d’autres fossiles que des arbres silicifiés

en abondance ; il n’a jamais été fait une étude quelconque de

ces fossiles végétaux ; mais les grès à sphéroïdes, autrement

dits à dragées, contenant des arbres silicifiés, sont bien connus

dans le sud de l’Algérie.

On les a signalés à Beni Ounif, ils sont très développés dans

la chaîne des Ksour, au djebel Amour, à Djelfa, où ils ont été

bien étudiés par Ritter, et où ils sont incontestablement d’âge

albien[161]. La parité de facies n’implique pas nécessairement

celle de l’âge : notons pourtant que partout, au Grouz, à Djelfa,

au Gourara, la succession et la puissance des trois étages est

la même : grès albiens, argiles gypseuses cénomaniennes (?),

calcaires turoniens, avec une puissance totale de 100 à 150

mètres. Sur la route suivie par la mission Foureau, au Djoua,

une formation gréseuse et argileuse à lits de gypse a livré des

ossements fossiles de poissons ; M. Haug lui attribue un âge albien

et un caractère lagunaire[162].

L’attribution de nos grès à l’albien reste pourtant incertaine ;

cette formation dépourvue de fossiles marins, et qui renferme en

revanche de gros troncs d’arbres, est probablement continentale ;

l’uniformité du facies est assez remarquable, elle n’est pas

absolue pourtant, il y a des intercalations argileuses, des poudingues

d’un type très aberrant (falaises de Taourirt par exemple) ;

cette formation peut représenter des dépôts continentaux d’âges

très divers.

Dans l’Atlas les grès albiens ne sont pas le moins du monde le

terme inférieur de la série crétacée. Ils reposent sur des assises

infra-crétacées à fossiles marins, calcaires urgo-aptiens, grès

et calcaires néocomiens. Ces étages font certainement défaut au

Gourara et dans tout le Sahara ; partout où le contact est visible,

c’est-à-dire en un grand nombre de points, on constate que les

grès albiens reposent directement sur le substratum primaire. Ici

donc comme à Colomb-Béchar nous constatons la transgression

cénomanienne.

=Tertiaire.= — Nous retrouvons ici le Mio-Pliocène (?) avec

ses caractéristiques habituelles (base plus ou moins sableuse et

chapeau calcaire). Il joue vraisemblablement un rôle important

dans le Gourara septentrional, que je n’ai pas vu (les oasis

éparses dans l’erg au nord de la sebkha). Depuis Ksabi on le suit

jusqu’à Charouin, en ce dernier point il est couronné par une

croûte calcaire épaisse d’un mètre, au-dessous de laquelle on

distingue dans la falaise (très masquée d’éboulis) une formation

gréso-argileuse en feuillets minces, très chargée de gypse.

Là se place la limite méridionale du Mio-Pliocène, au sud de la

sebkha on ne le revoit plus, sauf en lambeaux insignifiants ; on ne le

retrouvera plus, en tant que grande formation continue et puissante,

ni au Touat, ni au Tidikelt, ni au Sahara central. Ces couches, bien

caractérisées en somme, que nous avons appelées mio-pliocènes

(terrain saharien de Pomel, terrain des gour de Flamand), restent

collées à l’Atlas, elles représentent manifestement l’amas de

ses déjections, depuis qu’il a commencé à surgir, à l’époque

oligocène.

Et il va sans dire qu’on retrouve ailleurs, dans tout le Sahara,

des dépôts continentaux susceptibles d’être fort anciens,

tertiaires, mais ils sont extrêmement loin d’avoir cette masse

énorme, et cette uniformité de facies, qui donnent au Mio-Pliocène

subatlique une sorte d’individualité.

Le Gourara est une région déprimée, le point le plus bas entre

l’Atlas au nord et le Tadmaït au sud. — C’est la cuvette

allongée, ouverte à l’ouest, vers laquelle convergaient tous

les oueds quaternaires de l’Atlas (oued Namous, oued R’arbi)

et du Tadmaït (oued Aflissès). Il y a apparence que ces oueds,

venus de tous les points de l’horizon, se réunissaient ici en une

grande artère, affluent de la Saoura. Il est certain, en tout cas,

qu’on les voit se réunir dans la sebkha de Timimoun, étirée

vers le S.-O. sur 80 kilomètres de long.

L’érosion de ce grand réseau a largement mis à nu le sol de la

pénéplaine primaire.

Il court une large bande primaire, somme toute, entre les palmeraies

du nord qui doivent leurs eaux aux couches tertiaires, et les

palmeraies du sud qui doivent la leur aux couches crétacées.

Malheureusement, cette bande primaire est souvent voilée par

des dunes, des dépôts quaternaires, des témoins tertiaires ou

crétacés ; et par surcroît, là même où elle affleure elle est

bien loin d’avoir été étudiée d’une façon suffisante.

La série des étages primaires semble très complète depuis le

Dévonien.

=Dévonien inférieur.= — Du Dévonien inférieur on n’a pas

rapporté de fossiles. Mais on a de bonnes raisons stratigraphiques

pour rapporter à cet étage les grès blancs à patine noire dont

le facies rappelle ceux d’Ougarta et du Mouidir.

Dans la région qui nous occupe, ces grès ne tiennent plus qu’une

place subordonnée. Au delà de Foum el Kheneg, la chaîne d’Ougarta

se continue par des débris ennoyés. A Ksabi, les grès éodévoniens

ne constituent plus qu’une arête de 500 mètres d’épaisseur

et de 50 mètres de relief.

Entre Ksabi et Timimoum on revoit les grès éodévoniens une

première fois à la Gara Zaleg (et au sud de cette Gara), une

seconde fois à mi-chemin entre Tesfaout et Timimoun.

Ces deux fois l’Éodévonien affleure au cœur d’un anticlinal

hercynien.

En somme, l’Éodévonien ne s’étale plus largement, il est

masqué presque partout par des couches moins anciennes.

=Dévonien moyen.= — La présence du Dévonien moyen est constatée

authentiquement dans la région étudiée. Il est représenté par

des calcaires amarantes qui contiennent de nombreux fossiles, entre

autres _Calceola sandalina_.

Les premiers échantillons rapportés par M. le commandant

Laquières ont été recueillis « à trois heures de marche avant

d’arriver à Charouïn par le sud (route des Ouled Rached), dans

un fond pierreux de 3 kilomètres de largeur[163] ». Mes propres

échantillons proviennent d’un point voisin, mais que je ne crois

pas rigoureusement identique ; j’y reviendrai.

Sur la route entre Fgagira et Charouïn (à 10 kilomètres du premier

point) on rencontre d’autres calcaires amarantes, d’aspect

analogue à ceux dont il vient d’être question. Ils ne contiennent

pas à ma connaissance _Calceola sandalina_ ; je n’y ai trouvé que

des Orthocères indéterminables et des _Zaphrentis_. Leur position

stratigraphique permet de croire qu’ils représentent un autre

affleurement de Dévonien moyen.

=Dévonien supérieur.= — On connaît dans la région considérée

au moins deux gisements du Dévonien supérieur. — A Fgagira, les

fossiles se trouvent dans des calcaires en bancs minces intercalés

dans des bancs d’argiles beaucoup plus puissants.

Au sud de Charouïn, route d’Ouled Rached, la formation est

constituée à la base par du calcaire violacé très compact,

et au-dessus par des schistes mous en minces feuillets rougeâtres.

Les deux gisements ne sont pas contemporains ; tous deux sont du

Dévonien supérieur, mais celui de Charouïn représente « un niveau

incontestablement plus élevé ». « Le niveau est probablement

le même qu’à Beni Abbès » et l’aspect pétrographique du

gisement présente en effet de l’analogie (malgré l’énorme

distance entre les deux).

Charouïn représente l’étage à Clyménies et Fgagira la

« zone à _Gephyroceras intumescens_ ». Ce sont « deux niveaux

fossilifères du Dévonien supérieur, nettement dessinés par des

faunes riches et caractéristiques. Leurs affinités paléontologiques

avec les couches du même âge de l’Allemagne centrale sont tout à

fait remarquables et accentuent encore le caractère « hercynien »

ou mieux « armorico-varisque » des chaînes paléozoïques du

Sahara septentrional[164] ».

=Les Ktoub.= — Ces formations du Dévonien moyen et supérieur

tiennent en superficie un espace bien restreint. La roche la plus

répandue de beaucoup est malheureusement d’un âge difficile

à préciser.

Ce sont des schistes feuilletés passant à des grès en plaquettes,

de couleur sombre, dans les tons violet noir. Les indigènes les

appellent _ktoub_ (feuillets de livre) et les redoutent pour les

pieds de leurs chameaux, que les ktoub sont susceptibles de couper

comme au couteau.

Ces schistes ne sont pas tout à fait dépourvus de fossiles. Sur

la route de Tesfaout à Timimoun, à quinze kilomètres environ de

ce dernier point (rive occidentale de la Sebkha), j’ai trouvé

dans les schistes, à proximité d’une lentille calcaire, un

Céphalopode que M. Henri Douvillé et M. Haug ont vu et qui est

une goniatite indéterminée.

Sur la rive orientale de la sebkha (route de Timimoun à Deldoul),

le commandant Deleuze a recueilli des échantillons de grès en

plaquettes, couverts de _Leptæna_ (M. Haug ne croit pas pouvoir

préciser l’étage).

Enfin, M. Chudeau a recueilli quelques fossiles, qui ne sont pas

encore parvenus en Europe.

Tout cela n’est pas concluant, je crois.

D’autre part, à Fgagira, on voit les ktoub reposer directement,

et, à ce qu’il semble en concordance sur les couches à

_Gephyroceras_. Dans la sebkha de Timimoun (comme aussi au Touat),

on voit aussi le calcaire carboniférien reposer directement sur

les ktoub. Et ceci permettrait de conclure assez légitimement à

l’âge dévonien supérieur des Ktoub.

Pourtant, dans le gisement dévonien moyen (ou présumé tel), à

10 kilomètres est de Fgagira, des ktoub bien nets sont intercalés

entre les bancs calcaires. D’autre part le Silurien supérieur au

Sahara, on le verra, est probablement représenté par des ktoub à

graptolites. Il semble donc que cette formation, quoique d’aspect

assez homogène, ne soit pas nécessairement synchronique.

Comme il faut conclure, on a attribué les ktoub, sur la carte,

au Dévonien supérieur, partout où il y avait doute sur leur

âge. Mais naturellement la question reste entière.

Ajoutons, pour être complets, qu’un forage pratiqué dans

la palmeraie de l’Aouguerout a ramené au jour, d’une faible

profondeur (une dizaine de mètres)[165] un fossile, que M. Chudeau

croit dévonien, sans pouvoir préciser l’étage.

=Carbonifère.= — Des calcaires carbonifères riches en fossiles

se montrent dans le nord du Gourara, à la lisière des dunes.

Sur la route de Ksabi à Charouïn par H. Mallem, à 20 kilomètres

de Ksabi, le sentier traverse des calcaires bleu sombre et amarante,

fossilifères, plongeant légèrement à l’est. M. Haug les croit

carbonifériens.

C’est dans l’angle nord-est de la sebkha de Timimoun que le

Carboniférien est le plus largement étalé.

Dans la sebkha même, exactement à la hauteur de Timimoun, on voit

reposer sur les ktoub, d’abord des calcaires bleus fossilifères,

puis des marnes contenant beaucoup de fossiles libres.

Dans l’erg au nord de la sebkha, à Tala, Kali, Ouled Saïd, el

Hadj Guelman on retrouve le calcaire bleu fossilifère à _Productus_.

A noter que le Carboniférien peut être aussi développé au sud

de la sebkha qu’au nord.

En effet à Timimoun même, au-dessous du ksar, et par conséquent

au sud de la Sebkha, on voit le Carboniférien s’enfoncer sous

le Crétacé.

=L’allure des plissements hercyniens.= — Ces formations primaires

sont affectées de plis hercyniens sur la direction desquels on a

le droit d’être assez affirmatif.

[Illustration : Fig. 42. — Coupe du synclinal de Fgagira. —

Échelle : 1/300000.

(_Bull. Soc. géol. Fr._, 4e série, t. VI, p. 751, fig. 12.)]

_Synclinal de Fgagira._ — Les dépôts de Fgagira (fig. 42) forment

manifestement un synclinal dont l’épaulement sud-occidental est

formé par les derniers débris de la chaîne d’Ougarta, au delà

de Foum el Kheneg — les trois étages dévoniens sont représentés

— l’orientation du pli est N.-O.-S.-E.

_Synclinal au sud de Charouïn._ — Les dépôts au sud de Charouïn

forment un autre synclinal (fig. 43). J’y ai observé des couches du

Dévonien moyen et d’autres du Dévonien supérieur. Les calcaires

amarantes à _Calceola sandalina_ que j’ai vus constituent

l’épaulement du synclinal du côté de Charouïn, ils plongent

énergiquement au sud-ouest. Si j’ai bien compris les explications

qui m’ont été données, les fossiles Laquière provenaient de

l’épaulement opposé (côté d’Ouled Rached) que je n’ai

pas vu, mais où le Dévonien moyen serait largement découvert et

étalé à l’air libre. Les dépôts dévoniens supérieurs au

cœur de l’anticlinal plongent légèrement au N.-E.

Il n’est donc pas douteux que ce synclinal ait à peu près la

même orientation que le précédent N.-O.-S.-E.

Les deux coupes ont d’ailleurs un air de parenté. Ce pli ne semble

pas symétrique. Les plongées les plus rapides regardent l’ouest.

En somme entre Ksabi et Charouïn les plis hercyniens sont

manifestement orientés N.-O.-S.-E.

[Illustration : Fig. 43. — Coupe du synclinal au S.-O. de

Charouïn. — Échelle : 1/200000.

(_Bull. soc. géol. Fr._, 4e série, t. VI. p. 752, fig. 13.)]

_Bords de la Sebkha._ — Ce qui est curieux c’est que plus à

l’est la direction est toute différente.

Sur la route la plus orientale et la plus directe de Charouïn

à Ouled Rached (fig. 44), celle qui coupe la dune au lieu de la

contourner, il est malaisé sans doute de deviner l’allure du

Dévonien sous-jacent (précisément à cause des dunes) ; pourtant,

j’ai noté au départ de Charouïn, à l’entrée de l’erg,

des affleurements orientés S.-O.-O.-N.-E.-E. Nous sommes tout près

du synclinal à couches fossilifères, une dizaine de kilomètres

peut-être et pourtant dans l’intervalle la direction des plis

a obliqué de près de 90°. Dans la sebkha même et sur ses bords

l’allure des plis est assez compliquée.

Un pli anticlinal bien marqué, orienté grossièrement est-ouest est

transversal au grand axe de la sebkha à peu près en son milieu à

la hauteur de Beni Melouk. Aussi bien la sebkha est-elle nettement

étranglée en ce point.

Au sud et au nord de ce point les bandes de ktoub sont franchement

allongées dans le même sens que le grand axe de la sebkha

S.-O.-N.-E. C’est bien net en particulier au pied du ksar de

Timimoun où les couches carbonifériennes plongent est 64° sud

(154° à partir du nord en comptant par l’est) (fig. 45).

[Illustration : Fig. 44. — Route directe entre Charouïn et

O. Rached. — Échelle : 1/400000.

(_Bull. Soc. géol. Fr._, 4e série, t. VI, p. 752, fig. 14.)]

Enfin au nord de la sebkha dans la région de Tala, Kali, el Hadj

Guelman, les plis hercyniens ont subi une nouvelle torsion, ils sont

orientés franchement N.-S. A Tala les couches plongent à 274°

soit sensiblement O. vrai.

Il semble bien qu’on ait le droit de conclure comme suit :

La Gourara est pour les plis hercyniens une zone de rebroussement

— à l’ouest de Charouïn ils ont une direction qu’on pourrait

appeler armoricaine — sur les bords de la sebkha une direction

qu’on pourrait appeler varisque.

Antérieurement, nous avons abouti à des conclusions analogues. Les

plis de la Zousfana seraient varisques — ceux d’Ougarta

armoricains.

[Illustration : Fig. 45. — Coupe de la sebkha de Timimoun. —

Échelle : 1/200000.

Cr, Crétacé ; Cc, Carboniférien.

(_Bull. Soc. géol. Fr._, 4e série, t. VI, p. 753, fig. 15.)]

=Failles récentes.= — Il n’est pas douteux que la topographie

actuelle ne doive beaucoup à des failles récentes.

Un examen attentif révélera je crois des diaclases en relation

avec la sebkha de Timimoun.

En tout cas les ksars de l’Aouguerout sont bâtis sur une muraille

de couches crétacées verticales (argiles et grès), qui se dresse

brusquement au milieu des couches voisines horizontales. Il y a là

certainement un accident post-crétacé, qui a ramené, on l’a vu,

le sous-sol primaire à proximité de la surface, et en amont duquel

les foggaras vont capter la nappe d’eau (fig. 52).

La palmeraie d’Ouled Mahmoud est, elle aussi, en relation avec

des diaclases qui ont amené dans le crétacé la formation d’une

cuvette synclinale[166]. Aussi bien on sait depuis longtemps que

les couches crétacées du Sahara sont faillées.

Géologie du Touat.

Le Touat est une grande plaine de composition géologique très

complexe. L’horizontalité en est due à des dépôts pour la

plupart, je crois, crétacés. A travers les fenêtres de ces

dépôts, on peut observer çà et là la pénéplaine hercynienne

sous-jacente. Le Dévonien et le Carboniférien sont certainement

représentés.

=Éodévonien.= — A la limite du Touat et du Tidikelt, à Aïn

Cheikh, un gisement fossilifère éodévonien est connu depuis quelque

temps déjà[167]. Ce sont exactement les mêmes roches et les mêmes

fossiles qui existent dans tout l’Ahnet et dans tout le Mouidir.

Au Touat proprement dit, en revanche, je ne connais pas de gisement

de fossiles éodévoniens. Mais plusieurs affleurements me semblent

devoir être rapportés à cet étage.

Le djebel Heirane est composé presque tout entier de grès fin

et dur, à cœur blanc et à patine noire, c’est-à-dire d’une

roche que nous sommes habitués à considérer comme caractéristique

de l’Éodévonien.

Ces mêmes grès, ou du moins, des grès d’aspect tout à fait

analogue, se retrouvent à 20 kilomètres nord-est de Haci Sefiat

sur la route de Tesfaout.

=Dévonien moyen.= — Dans toute l’étendue du Touat, y

compris le gisement d’Aïn Cheikh, je ne connais pas de fossiles

mésodévoniens.

[Illustration : Fig. 46. — Coupe du Timmi au dj. Heirane. —

Échelle : 1/600000.

Cri, Crétacé inférieur.

(_Bull. Soc. géol. Fr._, 4e série, t. VI, p. 754, fig. 16.)]

=Les Ktoub.= — Au Touat comme au Gourara un rôle relativement

considérable est joué en surface par des schistes durs, fissiles,

pour lesquels nous avons adopté la dénomination indigène

de ktoub. Immédiatement à l’ouest du Timmi, en particulier,

s’étend un lambeau important de ces roches. Elles ont tout à fait

l’aspect des ktoub du Gourara. Je n’y ai cependant pas trouvé

un seul fossile, malgré des recherches que le voisinage d’Adrar

rendait faciles. En revanche, j’ai constaté à l’ouest de

Temassekh la superposition en concordance à ce qu’il semble de

Carboniférien fossilifère incontestable sur les ktoub comme à

Timimoun. Au même point une lentille calcaire dans les ktoub. Il

paraît donc possible, sous bénéfice d’inventaire, de les

considérer provisoirement comme supradévoniens (fig. 47).

Notons pourtant que M. Mussel attribue aux ktoub du Timmi un

âge silurien, parce qu’il les trouve identiques à ceux de

l’Iguidi[168], ce qui est une constatation intéressante. En

l’absence de fossiles toutes les attributions sont possibles et

indifférentes ; tous les schistes noirs se ressemblent ; ceux du

Gourara, qui contiennent des fossiles dévoniens, ne m’ont pas

paru différents des schistes alunifères siluriens (?) d’Aïn

Chebbi. Ceux du Timmi restent certainement indéterminés.

=Carboniférien.= — On trouve au Touat un grand nombre de gisements

fossilifères carbonifériens. Aïn Cheikh mis à part, l’étage

carboniférien paraît ici le seul fossilifère ; en revanche il

l’est abondamment.

[Illustration : Fig. 47. — Coupe de Temassekh à Haci Sefiat. —

Échelle : 1/600000.

(_Bull. Soc. géol. Fr._, 4e série, t. VI, p. 755, fig. 17.)]

Voici l’ordre des gisements en allant du nord au sud.

[Illustration : Fig. 48. — Le Carbonifère (Cc) de Tazoult.

(_Bull. Soc. géol. Fr._, 4e série, t. VI, p. 754, fig. 8).]

_a_) A une douzaine de kilomètres dans l’ouest de Temassekh

(fig. 47) ; c’est le point où on voit le Carboniférien reposer

sur les ktoub. En venant de l’ouest on rencontre d’abord un banc

de calcaire blanc puis un autre de calcaire jaunâtre fossilifère peu

cohérent, puis un autre de calcaire amarante très fossilifère. Ces

bancs sont séparés par des couches de marne ou d’argile.

_b_) _Tazoult._ — A côté du ksar de Tazoult, un tout petit

pointement — à la base calcaire bleu massif, au-dessus grès en

plaquettes. Au sommet alternance en bancs minces de calcaires noir

et blanc, puis calcaire massif (fig. 48). — (Notons un affleurement

d’ophite). Le facies rappelle les calcaires carbonifères du nord,

ceux d’Igli.

_c_) _Aïn Cheikh._ — A l’ouest de la source, des couches

calcaires peu épaisses dans des marnes ou des argiles

puissantes. Fossiles superbes libres dans les marnes.

_d_) A l’est d’Hacian Taïbin couches fossilifères que M. Chudeau

analyse comme suit :

1o A la base : grès en bancs minces, avec quelques intercalations

d’argile et de calcaire.

2o Grès brunâtre, en bancs épais de 1 à 2 mètres ; plongée 45°.

3o Calcaire à fossiles siliceux.

4o Calcaire bleu foncé en bancs de 30 centimètres à 1 mètre ;

plongée 45° ; débris de _Productus_.

_e_) Très loin dans l’ouest, au coude de l’oued Messaoud,

avant Haci Rezegallah, des calcaires compacts pétris de fossiles ;

les mêmes calcaires apparaissent le long de l’oued Messaoud,

plus au nord ; ces calcaires reposent en corniche sur des argiles

ou des marnes, et grâce à cette circonstance l’oued s’y est

encaissé profondément.

Tous ces gisements donnent les mêmes fossiles, dinantiens d’après

M. Haug.

=Plissements hercyniens.= — Au point de vue stratigraphique le

gisement de Rezegallah est tout à fait à part ; je n’y ai vu que

des couches horizontales ; et, sous réserve, puisque l’étendue des

couches observées est assez restreinte, je suis tenté de croire que

nous sommes ici en dehors du domaine des plissements hercyniens. Leur

limite occidentale passerait donc quelque part entre Hacian Taïbin

et Haci Boura.

Missions au Sahara, tome 1 · 第 22 / 36 段