_Âge des couches._ — A la hauteur et à l’ouest de Kerzaz, au

sud d’Aïn Dhob, dans une région faillée, s’étend la sebkha

el Mellah. Elle est très particulière par l’épaisseur de ses

dalles de sel. A en juger par la comparaison avec les autres sebkhas,

celle de Timmimoun par exemple, qui est pour ainsi dire à peine

saupoudrée de sel, on est tenté de croire que les seules conditions

climatiques n’expliquent pas une pareille accumulation. Sur la rive

ouest de la sebkha d’ailleurs on aperçoit de loin un monticule

auquel les indigènes donnent le nom de Golb el Melah, « montagne

de sel ». En Algérie il faudrait conclure à la présence du

Trias ; on n’a jamais signalé au Sahara d’étage dévonien

salifère. Il est évidemment impossible de conclure d’une façon

positive, mais la question méritait peut-être d’être posée :

notons qu’une montagne de sel est signalée sur le bas Guir[139].

E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XXIX.

[Illustration : Phototypie Bauer, Marchet et Cie, Dijon

Cliché Gautier

55. — LE POSTE D’IGLI sur une gara carboniférienne.]

[Illustration : Cliché Gautier

56. — SUR LA RIVE DROITE DE LA SAOURA, à Beni-Ikhlef.

Sur tout le fond on distingue bien l’allure des couches gréseuses

dévoniennes ; l’érosion y a fait ressortir des lignes qui

rappellent les reflets de la moire.]

E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XXX.

[Illustration : Cliché Gautier

57. — L’OUED SAOURA A BENI-IKHLEF.

La photographie est prise sur la falaise mio-pliocène de la rive

gauche ; le rond de l’Oued est une nebka (monticules de sable

et touffes de végétation) ; — à l’arrière plan la chaîne

d’Ougarta ; sur la rive droite de l’Oued, au pied de la chaîne,

on distingue des lambeaux de terrasse mio-pliocène.]

A ce Trias très hypothétique près, et si l’on fait abstraction

des dépôts continentaux mio-pliocènes et des dunes, je n’ai vu

dans la chaîne d’Ougarta qu’une seule formation, très homogène

et qui paraît constituer toutes les chaînes[140]. C’est le grès

du Mouidir, blanc patiné noir, qui, dans le reste du Sahara, est

attribué au Dévonien inférieur. Il y a un ou plusieurs niveaux

argileux (argiles vertes et rouges) comme au Mouidir. En revanche,

l’étage supérieur des grès du Mouidir et de l’Ahnet est

très fossilifère, tandis que les fossiles ici font à peu près

complètement défaut. Il se pourrait cependant que cette lacune

fût imputable aux hasards de l’itinéraire, car j’ai rapporté

un fossile, un seul, un pygidium de Trilobite, non trouvé en place

il est vrai, mais qui provient des environs de Beni Ikhlef. Autre

différence avec le Mouidir-Ahnet : dans la chaîne d’Ougarta

le soubassement silurien ou archéen n’apparaît nulle part, du

moins à ma connaissance. Il est donc impossible d’évaluer avec

certitude l’épaisseur totale de la formation. Dans l’Ahnet

M. Chudeau l’a trouvée médiocrement puissante, 250 mètres

environ. Du moins peut-on dire que, à juger par ce qu’on voit,

la formation d’Ougarta n’aurait pas une puissance supérieure.

[Illustration : Fig. 36. — Coupe de l’O. Saoura (Beni Ikhlef)

à Ennaya.

Échelle : 1/200000. — mp, Mio-Pliocène ; Di, Dévonien inférieur.

(_Bull. Soc. géol. Fr._, 4e série, t. VI, p. 732, fig. 1.)]

En résumé les grès d’Ougarta sont identiques à ceux de l’Ahnet

dont l’âge dévonien inférieur est bien établi.

[Illustration : Fig. 37. — Coupe de Kerzaz à Oguilet Mohammed.

Échelle : 1/600000. — F, faille.

(_Bull. Soc. géol. Fr._, 4e série, t. VI, p. 734, fig. 3.)]

_Les plis hercyniens._ — Les grès d’Ougarta sont

minéralisés. Au lieu dit Tamegroun à mi-chemin entre Guerzim et

Ennaya, sur le flanc ouest d’un dôme anticlinal, court un filon

de quartz cuivreux, orienté dans le sens du plissement. Le filon a

été exploité, aussi bien est-il célèbre dans la région. (Voir

appendice III et pl. XXXI, phot. 58.) Un autre filon de cuivre existe

au sud-ouest d’Ennaya, le point porte un nom caractéristique, Golb

en Nehas, la montagne du cuivre. Il a été visité par le lieutenant

Rousseau, qui m’a envoyé quelques échantillons de minerai.

Les grès de l’Ahnet, au rebours de ceux-ci, ne sont jamais

minéralisés ; la raison en est simple : ils rentrent dans la zone

calédonienne du Sahara et n’ont pas été plissés. Les grès

d’Ougarta, au contraire, ont été soumis à des plissements

hercyniens.

Le caractère plissé de la région est incontestable, on s’en

rendra compte, je pense, d’un coup d’œil sur les coupes

ci-jointes. (Voir aussi pl. XXXI, phot. 58, 59 et pl. XXXII,

phot. 60.) Les plis sont très nets, médiocrement accusés,

en général symétriques, souvent ils sont courts, réduits

à des dômes anticlinaux ou à des cuvettes synclinales qui se

relaient. Ce sont là des indices concordants d’un plissement peu

énergique ; on s’explique ainsi que les couches inférieures à

l’éo-dévonien n’aient été nulle part amenées au jour, au

moins le long de l’itinéraire suivi, malgré la faible épaisseur

de cette formation.

Malgré d’énormes lacunes on suit facilement et sans conteste la

direction générale des plis ; ils courent nord-ouest-sud-est, comme

la chaîne elle-même et comme la Saoura, qui en suit le pied. Cette

direction fait un angle droit avec celle des plis hercyniens dans

la Zousfana.

Les plis sont sectionnés à la même hauteur, le sommet arasé de

l’anticlinal à Tamegroun porte un lambeau étendu de Mio-Pliocène

horizontal (fig. 36), le pays a tous les caractères d’une ancienne

pénéplaine ravinée par l’érosion.

[Illustration : Fig. 38. — Coupe d’Ougarta, à Tin Oraj.

Échelle : 1/400000. — Dm, Dévonien moyen.

(_Bull. Soc. géol. Fr._, 4e série, t. VI, p. 736, fig. 5.)]

Cette pénéplaine a été affectée de failles dont le dessin se

reconnaît facilement sur la carte, parce que le placage mio-pliocène

s’est conservé dans les compartiments effondrés, où il s’est,

comme d’habitude, partiellement transformé en dunes.

Un grand effondrement dans le sens longitudinal a divisé la chaîne

d’Ougarta _lato sensu_ en deux grandes arêtes néo-dévoniennes,

la branche d’Ougarta proprement dite et l’arête de Tabelbalet

(les indigènes disent le Kahal ?)[141].

Entre les deux un gigantesque compartiment effondré à contours

irréguliers en zigzags, supporte, sur un socle mio-pliocène,

les ergs Atchan et er Raoui.

Souvent les failles ont été guidées par la direction des plis,

c’est le cas le plus fréquent, mais il arrive qu’elles ont

taillé à contre-fil, coupant les plis à angle droit par une cassure

brutale. C’est ce qu’on observe par exemple dans le grand cirque

d’effondrement où se trouve avec la sebkha el Melah la pointe

nord de l’erg Atchan.

Les failles sont récentes en relation avec la surrection de

l’Atlas ; les lèvres en rejet sont fraîches, ont gardé un

profil de falaise : le grand lambeau horizontal mio-pliocène sur

la crête de Tamegroun, (cailloutis et poudingues inconsistants),

a le facies des dépôts miocènes ou si l’on veut oligocènes, il

est dénivelé de 100 mètres par rapport à ceux des compartiments

effondrés ; les failles ne peuvent donc pas être plus anciennes

que le tertiaire.

Dans les compartiments surhaussés, l’érosion a été très

active. Elle a été d’autant plus efficace que les couches

d’argiles molles interstratifiées dans les grès durs lui

donnaient une prise. Le relief s’est ainsi rajeuni et recréé par

le creusement de profondes vallées longitudinales qui ont accusé

en saillie marquée les plis hercyniens. La sécheresse du climat

actuel aidant, qui exagère les pentes, d’après une loi bien

connue, la chaîne d’Ougarta fait encore figure assez montagneuse.

Longues falaises infranchissables, gorges étroites en canyons, lits

caillouteux à pente torrentielle ; — le relief est jeune, comme les

effondrements qui ont été le point de départ du processus érosif.

=La zone Beni Abbès-Ougarta.= — Il nous reste à parler de la

région comprise entre la chaîne d’Ougarta et la Saoura. Au point

de vue géologique c’est la plus intéressante, malgré sa faible

étendue relative, par l’abondance de ses fossiles et la variété

de ses roches.

C’est un compartiment effondré par rapport à la chaîne

d’Ougarta. Au contact les failles ne sont pas apparentes.

Partout sur la lisière orientale de la chaîne d’Ougarta, à

Zeramra, à Ougarta, à Guerzim et au delà, on voit, ou on croit

voir les couches du Dévonien inférieur plonger sous les couches

plus récentes ou sous la hammada mio-pliocène d’une inclinaison

régulière. Les bastions avancés de la chaîne, dj. Zeramra,

dj. Kahla, Nif Kroufi, qu’on pourrait prendre sur la carte

topographique du capitaine Prudhomme pour des horsts limités par

des à-pics, sont au contraire, sur le terrain, autant que j’ai

pu en juger, des bombements anticlinaux parfaitement réguliers.

L’hypothèse des failles n’en reste pas moins la seule qui puisse

rendre compte d’une dénivellation aussi marquée et d’aspect

aussi frais que celle qui existe entre la chaîne d’Ougarta et la

hammada de Beni Abbès, ces deux parties disjointes d’une même

pénéplaine. Les failles longitudinales par rapport au sens des plis

échappent à l’observation plus aisément que les transversales.

Le compartiment effondré, comme d’habitude est plaqué de

mio-pliocène et couvert çà et là de dunes. L’étude

stratigraphique du substratum primaire est donc très

malaisée. Pourtant le long de la Saoura d’une part, et d’autre

part au pied des montagnes et au débouché des torrents, l’érosion

a ménagé quelques fenêtres, où il est possible de faire sur le

sous-sol des observations lacunaires.

_Horst de Merhouma._ — Le long de la Saoura entre Beni Abbès et

Idikh, l’oued traverse une formation assez puissante, qu’on peut

appeler, pour la commodité de l’exposition, couches de Merhouma,

du nom du point d’eau au voisinage duquel on les aperçoit d’abord

en venant du nord.

A la partie supérieure de la formation ce sont des grès, plongeant

à l’est, qui ont tout à fait le facies éodévonien ; ils

reposent, en discordance, je crois, sur une assise schisteuse,

qui est restée malheureusement en dehors de la route suivie ;

cette assise paraît puissante et ses éléments complexes ; on y

trouve des schistes noirs très durs, à bilobites, qui ont le facies

de certaines phyllades siluriennes du Sahara. Elle mériterait un

examen approfondi[142].

Dans la cuvette de Beni Abbès j’ai pu observer le contact entre

ces phyllades et les couches calcaires supradévoniennes. Ce contact

est anormal, les couches calcaires sont coupées brusquement et

rebroussées. Il y a là une faille, très ancienne, puisqu’elle

était arasée quand s’est déposé le placage mio-pliocène.

_Fenêtre d’Ougarta._ — Le petit village d’Ougarta est à la

limite exacte des grès éodévoniens, sur des argiles et des schistes

argileux mous. Au sud du village s’étend une très grande sebkha,

dont le sol est une pénéplaine de schistes argileux interstratifiés

de couches calcaires minces.

[Illustration : Fig. 39. — Coupe à l’est de Zeramra. —

Échelle : 1/300000.

(_Bull. Soc. géol. Fr._, 4e série, t. VI, p. 741, fig. 8.)]

A trois ou quatre kilomètres d’Ougarta, sur la route de Beni Abbès

on voit une couche de calcaire gréseux, pétri d’Orthocères et

interstratifié dans un grès très tendre jaune clair.

A une dizaine de kilomètres au nord d’Ougarta, ce gisement à

Orthocères se retrouve sous la garet Yhoudia, qui est un témoin

détaché de la hammada mio-pliocène. La couche calcaire à

Orthocères a un mètre d’épaisseur ; elle est interstratifiée

dans des argiles rougeâtres beaucoup plus puissantes.

Aux environs d’Ougarta, si la couverture mio-pliocène fait à

peu près complètement défaut, le sol est souvent couvert de

dépôts quaternaires et de cailloutis actuel, apportés par les

oueds de la montagne. Il n’a pas été possible de préciser les

relations stratigraphiques entre ces affleurements de facies assez

différent. Il est vrai que la stratification s’écarte peu de

l’horizontale, et, à si faible distance, on peut supposer avoir

affaire au même niveau ou a des niveaux très voisins, à moins

pourtant qu’il n’existe des failles inaperçues.

_Fenêtre de Zeramra._ — Le petit village de Zeramra est, lui aussi,

a la limite des grès éodévoniens ; il est bâti sur ces grès ;

mais, dans son périmètre immédiat, on ne voit pas d’autres

roches primaires. Le contact est voilé par le terrain quaternaire

ou par des lambeaux de Mio-Pliocène.

En revanche, à quelques kilomètres du village, aussi bien sur

la route d’Ougarta que sur celle de Beni Abbès, on traverse

des couches puissantes bien différentes de celles d’Ougarta,

au moins comme faciès (fig. 39). Ce sont des grès, généralement

en plaquettes, intercalés de calcaires violets, bleus, amarantes,

à crinoïdes, à _spirifer_, à orthocères. Ces couches sont très

dures, elles sont énergiquement redressées et sont à découvert

sur 2 kilomètres environ, elles ont donc une certaine puissance,

au moins une centaine de mètres.

Les fossiles ne sont pas très caractéristiques. Pourtant M. Haug

admet qu’ils appartiennent au dévonien moyen[143].

La formation est certainement affectée de plis arasés, ils sont

de même orientation que ceux de l’Éodévonien, ils semblent

même _grosso modo_ concorder avec eux et les prolonger ; mais il

y a certainement des failles.

La coupe de la figure 39 semble bien révéler une diaclase à la

hauteur de l’O. Ouzouma. De part et d’autre de cet oued en effet

le niveau de la hammada mio-pliocène n’est plus le même.

_Fenêtre de Beni Abbès._ — Dans le lit de la Saoura, au

voisinage de Beni Abbès affleurent les plus remarquables des couches

néodévoniennes et les mieux connues, celles qui ont livré une faune

abondante du Dévonien supérieur, l’étage à clyménies[144].

Les fossiles se trouvent dans des bancs de calcaires rouges sombres,

très ferrugineux, interstratifiés avec des schistes argileux très

fissiles et mous, de même couleur, et qui contiennent aussi quelques

fossiles mais beaucoup plus rares.

Ces couches, avec le même facies et les mêmes fossiles se

rencontrent en deux points médiocrement éloignés l’un de

l’autre au nord et au sud de Beni Abbès, et qui sont en allant

du nord au sud :

A) Ouarourourt, une petite palmeraie ; le Dévonien supérieur

affleure sur la rive droite de l’oued, immédiatement à l’ouest

de la palmeraie, sous la falaise mio-pliocène.

L’affleurement se suit sur une assez grande distance au pied de

la falaise, en amont et en aval d’Ouarourourt. Ici le Dévonien

supérieur est affecté d’un plissement anticlinal très net

(fig. 40) ; c’est cette arête anticlinale qui a forcé l’oued

à faire un coude prononcé en amont d’Ouarourourt. Elle est

dirigée nord-ouest-sud-est, exactement est 30° sud en visant

l’aval de l’oued. Au sud de l’anticlinal d’Ouarourourt les

couches dévoniennes sont sensiblement horizontales.

[Illustration : Fig. 40. — Ouarourourt.

Ds, Dévonien supérieur.

(_Bull. Soc. géol. Fr._, 4e série, t. VI, p. 744, fig. 9.)]

B) 8 kilomètres au sud vrai de Beni Abbès. C’est là que

les couches calcaires fossilifères sont coupées brusquement et

rebroussées au contact du horst de Merhouma.

Ces affleurements sont au nord de Merhouma ; au sud du horst on

retrouve ou du moins on entrevoit à peu près les mêmes couches

se succédant dans le même ordre.

_Fenêtre des « pierres écrites »_ (pl. XXXII, phot. 61). — Au

sud-ouest de Tametert en pleine hammada, affleure, au ras du sol,

une bande de calcaire, tantôt simple et tantôt double, large de

quelques mètres et longue de plusieurs kilomètres ; on y voit

tout du long une foule de gravures rupestres et d’inscriptions, ce

qui explique le nom de cet affleurement Hadjra Mektouba « pierres

écrites ». La roche est bleue claire et quelquefois violette,

elle renferme des crinoïdes et des débris de coquilles ; le facies

rappelle les affleurements de Zeramra. L’affleurement est parallèle

à l’oued, et semble avoir une allure anticlinale.

_Les couches à Bivalves._ — Quand on va des « Pierres écrites »

au ksar d’el Ouata, au point où l’on descend la falaise de

l’oued, juste en face du ksar de Bou Hadid, on passe sur un autre

affleurement dévonien empâté dans la falaise mio-pliocène et de

facies particulier. Ce sont des calcaires (?) gris, assez tendres,

renfermant des moules de coquilles (dont la forme rappelle le

genre _Panenka_). Ces couches plongent vers l’oued, je les crois

intermédiaires comme âge entre l’affleurement précédent et

le suivant.

_Fenêtre d’Idikh._ — En face du ksar d’Idikh, sur la rive

droite de l’oued, on retrouve une dernière fois les calcaires

violets à clyménies, c’est un petit lambeau qui m’a paru

affecté d’une ondulation anticlinale. A quelques centaines de

mètres dans le prolongement de ce lambeau, sur l’autre rive de

l’oued, on en voit un autre couronné de ruines, d’un calcaire

assez analogue d’aspect et de couleur, mais pétri de crinoïdes

au lieu de clyménies. Il plonge franchement nord ou nord-est.

En résumé, on peut essayer de classer comme suit les terrains

méso et néodévoniens voilés par la hammada de Beni Abbès.

A la base, les couches d’Ougarta, avec abondance d’orthocères.

Au-dessus, les calcaires et les grès en plaquette de Zeramra,

identiques, semble-t-il, aux calcaires des Pierres écrites.

Puis les couches à bivalves.

Enfin, les calcaires à clyménies.

Il est certain d’ailleurs que cette série est lacunaire, et en

outre l’ordre qui paraît le plus plausible pourrait être erroné.

On peut affirmer, en revanche, que ces couches sont affectées de

plissements arasés orientés S.-E.-N.-O.

On peut affirmer aussi que le plissement est léger ; les argiles et

les marnes, qui jouent un grand rôle, sont toujours feuilletées,

mais la pression subie n’a pas été assez énergique pour les

transformer en véritables schistes.

Plus au sud les étages supérieurs du Dévonien n’apparaissent

nulle part ; au delà d’el Beiada et de Tagdalt, où affleurent

des grès massifs ou en plaquettes d’âge indéterminé on ne

voit plus jusqu’à Foum el Kheneg que des grès éodévoniens

incontestables et du Mio-Pliocène.

Cette dernière formation prend un facies assez particulier dans la

falaise de Timmoudi, que j’ai pu examiner à loisir. Au-dessous

du ksar elle est composée sur presque toute son épaisseur d’une

succession de lits caillouteux, qui attestent un courant assez

rapide. Tout à côté, au sud, la falaise est tout entière en

argile très fine, que le ruissellement a curieusement sculptée,

et qui atteste une sédimentation tranquille en eau stagnante. (Voir

pl. XXXIII.) Évidemment nous avons ici la section d’un vieux

lit de rivière. Le tout est couronné uniformément par la croûte

travertineuse habituelle (pliocène ?).

Il est clair qu’une formation continentale aussi étendue n’est

pas homogène, et le nom vague de mio-pliocène, que nous lui

donnons, est une appellation d’ensemble commode qui supplée à

notre ignorance des détails.

E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XXXI.

[Illustration : Cliché Gautier

58. — MINE DE CUIVRE DE TAMEGROUN dans la chaîne d’Ougarta.

Au premier plan on voit les trous d’exploitation, dans l’un

desquels un indigène est debout.

Au fond grande vallée longitudinale entre deux assises gréseuses.]

[Illustration : Cliché Gautier

59. — DANS LE KAHAL DE TABELBALA, auprès d’Oguilet Mohammed.

Dans le fond à gauche les dunes en masse indistincte ; — au

delà de l’oued on distingue l’allure stratigraphique des grès

éo-dévoniens.]

E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XXXII.

[Illustration : Cliché Gautier

60. — DANS LA CHAÎNE D’OUGARTA. — Kheneg el Aten.

Grès éo-dévoniens.

Un des coins les plus sauvages de la chaîne.]

[Illustration : Cliché Gautier

61. — HADJRA MEKTOUBA

Affleurement de calcaire méso-dévonien au milieu du reg.

Sur ces calcaires, inscriptions et gravures rupestres.]

E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XXXIII.

[Illustration : 62. — BERGE DROITE DE LA SAOURA AU KSAR DE TIMMOUDI.

On aperçoit le Ksar au sommet de la falaise mio-pliocène,

constituée par des couches de sable et surtout de galets agglomérés

en grès tendres et en poudingues.]

[Illustration : Cliché Gautier

63. — FALAISE DE TIMMOUDI.

Continuation de la précédente, mais de composition bien différente,

argileuse.

On voit d’un coup d’œil que l’érosion a sculpté la paroi

de tout autre façon.]

=Structure générale.= — En somme la région étudiée est

essentiellement une pénéplaine hercynienne, dont les plis modérés

courent sud-est-nord-ouest. Elle est affectée dans son ensemble

d’une pente régulière nord-sud ; j’estime à deux cents mètres

environ la différence de niveau entre Igli et Foum el Kheneg (sur

une distance d’environ 200 kilomètres).

L’horizontalité de la pénéplaine a été dérangée par des

diaclases dont les unes ont suivi le sens des plis et les autres

une direction perpendiculaire à la première.

Les compartiments surélevés ont été disséqués par l’érosion

et présentent une série de longues arêtes gréseuses parallèles ;

la raideur des pentes, exagérée par le climat désertique, rend

les communications difficiles, et donne au paysage un aspect sauvage

malgré la faiblesse des altitudes relatives (100 à 150 m.).

La jeunesse de l’érosion atteste qu’il s’agit de diaclases

récentes, évidemment en relation avec la surrection de l’Atlas.

Les alluvions anciennes, mio-pliocènes, occupent une superficie

considérable comme partout sur le versant méridional de l’Atlas,

qui est enfoui sous les débris de la grande chaîne. Elles sont

bien moins puissantes pourtant que dans l’est où elles recouvrent

le sous-sol d’un manteau continu, épais en certains points de

plusieurs centaines de mètres (O. Namous).

Ici, encore qu’on en trouve quelques lambeaux sur les sommets,

le Mio-Pliocène n’a été conservé en plaques étendues que

sur les compartiments effondrés. Le long de la Saoura, à Beni

Abbès par exemple, le Mio-Pliocène a une quarantaine de mètres

de puissance. Le puits de Haci Touil (erg er Raoui) creusé dans

le Mio-Pliocène, et le plus profond de la région comme son nom

l’indique[145], a une trentaine de mètres, ce qui semble indiquer

que, là aussi, la croûte d’ennoyage n’excède pas quelques

dizaines de mètres.

Comme partout au Sahara algérien ces dépôts en grande partie

sableux ont été remaniés superficiellement par le vent et

transformés en dunes.

Une longue bande de Mio-Pliocène et de dunes (erg er Raoui,

erg Atchan), coupe en deux dans le sens longitudinal la chaîne

d’Ougarta ; séparant la chaîne proprement dite d’Ougarta

de celle de Tabelbalet (que les indigènes appellent le Kahal de

Tabelbalet).

D’autre part la chaîne d’Ougarta (_stricto sensu_) est assiégée

à l’est par les dernières dunes du Grand Erg. La chaîne de

Tabelbalet confine vers l’ouest à l’Iguidi.

Si donc on essayait de résumer brièvement l’originalité

géographique de la région étudiée, on arriverait à peu près

à la conclusion suivante.

Au sud de l’Atlas s’étire d’est en ouest une énorme

accumulation de dunes dont les matériaux ont été fournis par

les déjections de la grande chaîne attaquée par l’érosion

depuis l’Oligocène, et qu’on pourrait appeler les grands ergs

subatliques. Cette gigantesque barrière de dunes est rompue à

l’ouest de l’O. Saoura par les chaînes jumelles d’Ougarta et

de Tabelbalet ; elles articulent l’énorme accumulation de sable

en trois masses inégales, nettement distinctes, encore qu’elles

tendent à se rejoindre, et qu’elles fassent manifestement partie

d’un même ensemble ; l’erg du Gourara, — le groupe jumeau

Atchan et er Raoui, — l’Iguidi.

Cet affleurement du vieux sous-sol rocheux en double crête

montagneuse au milieu des hammadas, des regs et des dunes

subatliques donne à la région son unité géographique. Il la

fait priviligiée au milieu d’étendues inhabitables et presque

inabordables. L’affleurement de vieilles roches où les argiles

jouent un rôle considérable ramène en surface et met à la

disposition de l’homme la nappe souterraine d’humidité. Ainsi

prend naissance une double ligne de verdure et de vie — oued Saoura

— oued de Tabelbalet, toutes les deux longeant à l’est l’une

la chaîne d’Ougarta, l’autre celle de Tabelbalet.

=O. Saoura.= — Le nom de Saoura s’applique à l’oued formé par

la réunion de la Zousfana et du Guir, et qui garde ce nom jusqu’à

Foum el Kheneg.

Missions au Sahara, tome 1 · 第 18 / 36 段