Tout au rebours la vie actuelle au Sahara s’est réfugiée

aux extrêmes radicelles des réseaux fluviaux dans les massifs

montagneux qui arrêtent au passage quelque humidité. Les redjems

et les gravures rupestres lui font cortège ; nous n’en avons

pas vu dans les plaines désertes, Foureau n’en signale pas

dans la cuvette de l’Igargar et pour les redjems en particulier

cette lacune ne peut pas être fortuite. Quand nous disons gravures

rupestres, nous entendons les plus récentes, les libyco-berbères

frustes ou soignées, dépourvues de patine, puisque les anciennes

font à peu près défaut. En un mot tout ce qui est actuel ou

moderne en fait d’humanité ou de vestiges humains, tout ce qui

se rattache à l’âge du fer est concentré dans les montagnes :

tout le néolithique dans les plaines en contre-bas. Et notons que

les seules gravures rupestres dont je puisse garantir l’ancienneté

sont à Timissao, au cœur du Tanezrouft (?)

Cette répartition inverse des deux populations successives,

néolithique et moderne, atteste évidemment qu’il s’est

produit entre les deux un changement profond dans les conditions

d’habitabilité, j’évite à dessein de dire un changement

de climat.

Les néolithiques avaient d’ailleurs un matériel très compliqué

à moudre le grain. Est-il incorrect d’en inférer qu’ils étaient

grands consommateurs, et par conséquent producteurs de céréales,

c’est-à-dire sédentaires ? Sans doute les Touaregs actuels,

qui ne sont rien moins que cultivateurs, ont conservé dans une

certaine mesure ce matériel néolithique ; et sans doute aussi

ils consomment des grains, le peu de blé, orge, sorgho, qui pousse

dans les ar’rem du Hoggar, et les graines de graminées sauvages

(comme le drinn). Pourtant il n’est pas douteux que les céréales

ne constituent pas pour eux, comme pour les peuples sédentaires, la

base de l’alimentation : ils vivent surtout de lait, de viande et

de dattes. Et c’est peut-être précisément parce que les grains

sont pour eux une alimentation accessoire, qu’ils se contentent du

matériel néolithique, d’ailleurs appauvri et dégénéré. En

tout cas, ils laissent inutilisés à la surface du Sahara des

milliers de rouleaux et de meules dormantes, en parfait état de

conservation, et dont ils semblent même, pour peu que la forme

en soit aberrante du type familier, ne pas soupçonner l’usage,

avec cette incuriosité du Touareg pour tout ce qui n’est pas

l’auxiliaire pratique et immédiat de sa rude existence.

Notons encore que la grande prédominance des haches dans tout le

Sahara central suggère bien en effet l’idée d’une population

agricole et sédentaire. On imagine qu’une population de nomades,

pasteurs, chasseurs et guerriers, aurait eu un outillage militaire

plus compliqué, où les armes de jet, les pointes auraient tenu

une grande place.

Tout cela concorde, et je ne crois pas interpréter abusivement le

témoignage des faits en affirmant que, pendant toute la durée

de l’époque néolithique, les cuvettes alluvionnaires du

Sahara les plus désolées aujourd’hui ont été peuplées et

susceptibles de culture à quelque degré. Il serait désirable

assurément d’appuyer cette théorie sur des documents, je

ne dis pas plus probants, mais plus nombreux. Il est clair que

les plaines sahariennes défendues contre l’exploration par

leur aridité, et par l’accumulation des dunes, sont tout

particulièrement inconnues. Elles recèlent probablement, de

l’homme néolithique, d’autres vestiges que des haches éparses et

des meules dormantes. D’ores et déjà pourtant, l’idée paraît

s’imposer, étayée sur un nombre respectable de faits négatifs

et positifs, tous concordants. Mais ici nous nous heurtons à une

difficulté intéressante. Le néolithique est d’hier dans le monde

entier, et tout particulièrement dans l’Afrique du nord ; il est

par définition post-quaternaire, et dans le Sahara il paraîtrait

déraisonnable de reculer l’introduction du fer à beaucoup plus de

deux mille ans. S’il s’était produit un changement de climat à

une époque aussi récente, déjà historique, et dans un pays aussi

proche de la Méditerranée, à coup sûr nous en serions informés.

Il faut donc que la modification constatée dans les conditions

d’habitabilité soit indépendante du climat ; disons donc que

les grands fleuves sahariens ont conservé, jusqu’à la fin du

néolithique, assez de vie et d’humidité pour alimenter, par

exemple, des oasis, aussi longtemps que les progrès du décapage

éolien, et la formation des dunes qui en est la conséquence,

n’avaient pas interrompu la continuité du tapis alluvionnaire.

Notre étude ethnographique nous conduit donc à des conclusions

déjà formulées à la fin du chapitre précédent ; par des voies

différentes nous sommes conduits à la même hypothèse, qui en

devient plus vraisemblable.

On pourrait aller plus loin et aborder incidemment une question

un peu dangereuse. Qu’étaient ces néolithiques sahariens,

agriculteurs et riverains des grands oueds ? des Berbères ? ou

des Soudanais ? c’est la vieille question garamantique, soulevée

par Duveyrier.

On a dit que l’outillage néolithique saharien est soudanais bien

plus qu’algérien.

On sait d’autre part que le climat, au Sahara, aux oasis par

exemple, interdit aux hommes de race blanche l’agriculture, qui,

jusqu’aux portes de Biskra, reste réservée aux Noirs.

La question des bœufs porteurs est de nature à jeter quelque jour

sur la question. Des bœufs bâtés sont fréquemment représentés

dans les dessins rupestres, et cela jusqu’à Barrebi, au pied

de l’Atlas. Nous savons d’ailleurs par les auteurs anciens

que les Garamantes avaient des bœufs porteurs, et que ces animaux

jouaient à peu près au Sahara le rôle actuellement dévolu aux

chameaux. D’ailleurs, quoiqu’on l’ait trop souvent oublié, en

traitant la question si controversée des Garamantes, on n’ignore

pas que le bœuf porteur est actuellement encore d’un usage

courant au Soudan, sur les bords du Niger. Les Touaregs de la boucle

connaissent et emploient le bœuf porteur. Le bœuf soudanais est

d’ailleurs beaucoup moins exclu du Sahara qu’on ne l’imagine :

Duveyrier le signale à R’at[110].

Dans l’Adr’ar des Ifor’ass il est abondant, et il se retrouve

au Hoggar même ; les Touaregs du Hoggar ont un cheptel de zébus

qu’ils renouvellent facilement chez les Ifor’ass, leurs

clients. Cela revient à dire qu’il ne serait pas impossible

aujourd’hui encore de faire traverser le Sahara à une charge

portée par un bœuf. Les zébus du Hoggar, pour peu qu’on choisisse

la saison et la route, atteindraient sans difficulté insurmontable le

Tidikelt (où les moutons et les chèvres arrivent tous les hivers),

et le long des oasis, qui forment un chapelet continu, le voyage se

continuerait jusqu’en Algérie. Ce voyage serait une absurdité

économique, le bœuf ne pouvant évidemment soutenir la concurrence

du chameau, il ne serait pas une impossibilité pratique.

Lors donc que nous constatons l’existence de bœufs porteurs

garamantiques dans les postes romains de la Tripolitaine, il

est difficile de se soustraire à la conclusion que les caravanes

transsahariennes disposaient il y a deux mille ans d’un outillage,

et peut-être d’un personnel soudanais.

Rappelons que dans le nom des Garamantes on a voulu retrouver celui

des Haratins, cette tribu ou plutôt cette caste de Noirs qui peuplent

les oasis de l’O. R’ir, d’Ouargla, du Touat, de l’O. Draa ;

il est vrai que le sang des Haratins est incessamment renouvelé par

les Nègres soudanais affranchis, mais si la traite a contribué

à maintenir cette caste, il ne s’ensuit pas qu’elle l’ait

créée. Il pourrait bien y avoir là un résidu d’une ancienne

tribu soudanaise aborigène. La thèse a été soutenue et elle

l’est encore.

Les Touaregs eux-mêmes sont sans doute des Berbères et par suite

des Blancs. La couleur de la peau est assez claire en général,

les traits du visage sont caucasiques, l’allure générale

est méditerranéenne. Beaucoup d’entre eux pourtant sont de

taille gigantesque, et ils sont en moyenne bien plus grands que

les Berbères du nord ; dans leur voisinage on ne voit guère que

certaines races soudanaises, les Yoloffs, par exemple, qui soient

d’aussi haute stature. Les femmes touaregs ont une tendance marquée

à la stéatopygie, qui n’est certes pas un trait caucasique. Une

grande partie de leur outillage, et de ce qui paraît chez eux, à

qui vient du nord, le plus national est incontestablement soudanais ;

le bracelet en pierre, par exemple (l’abedj), est porté par tout

le monde au Niger, on en fabrique de superbes au Hombori. Nous avons

déjà dit qu’ils ont le matériel à moudre soudanais (mortier et

pilon de bois, écraseur en pierre) ; la hache de fer à emmanchure

néolithique est commune aux Touaregs et aux Nègres.

Ils partagent également avec les Nègres du Soudan leurs institutions

les plus vénérées ; par exemple un reste de matriarcat ; la

transmission de l’héritage de l’oncle maternel au neveu, et

non pas de père en fils, forme la base du droit successoral aussi

bien chez les Sonr’aï que chez les Hoggar. Et des restes très

visibles de totémisme unissent encore les Touaregs aux Nègres ;

par exemple, un Touareg ne mange pas de lézard de sable « parce

qu’il est, dit-il, son oncle maternel ». Il s’abstient aussi

de poisson et d’oiseaux[111].

Il semble que, en grattant un peu le Berbère touareg, on retrouve

le nègre auquel il s’est récemment substitué.

Qu’il y ait eu à une époque récente, celle peut-être de la

conquête romaine, un Sahara encore néolithique et peuplé tout

autrement que le nôtre, de Nègres agriculteurs qui s’étendaient

jusqu’aux confins de l’Algérie, c’est donc une hypothèse

commode, groupant en un faisceau tous les faits observés.

[Note 43 : Duveyrier, _Les Touaregs du nord_, p. 279, pl. XV, et

Capitaine Bernard, Observations archéologiques..., dans _Revue

d’Ethnographie_, 1886.]

[Note 44 : Foureau, _Documents scientifiques de la Mission

saharienne_. Figure 377.]

[Note 45 : Benhazera, _Six mois chez les Touaregs du

Ahaggar_. Société de Géographie d’Alger, 1906, p. 327-328.]

[Note 46 : _Bulletin du Comité de l’Afrique française_,

supplément d’octobre 1907, p. 257, etc.]

[Note 47 : _Cités et nécropoles berbères de l’Enfida_, par

M. E.-T. Hamy. Extrait du _Bulletin de Géographie historique et

descriptive_, no 1, 1904.]

[Note 48 : Voir dans _Recherche des Antiquités dans le nord de

l’Afrique_ (Instructions adressées aux correspondants du ministère

de l’Instruction publique). Paris, Leroux, 1890, p. 42, 43.]

[Note 49 : Edmond Doutté, _Merrakech_, p. 58.]

[Note 50 : Signalé au Dr Hamy par M. le comte Jean de Kergorlay

(_Comptes rendus_ des séances de l’Académie des Inscriptions,

1903).]

[Note 51 : Desplagnes, _Le Plateau central nigérien_, p. 46 bis,

Pl. XXVI.]

[Note 52 : Rapport inédit.]

[Note 53 : _L. c._, p. 331, etc.]

[Note 54 : Deux font partie de la même charnière (?) qu’elles

constituent par leur association (27 mm. de long sur 14 et 19

mm. de large). La troisième a 40 mm. sur 25 ; elle est repliée

sur elle-même de façon à former à elle seule une charnière

complète. Les clous sont en cuivre. On n’en donne pas de

reproduction photographique parce que l’identité est complète

avec l’échantillon d’Aïn Sefra. Tous ces objets sont en cuivre

et non en bronze. Voir appendice VII, p. 354.]

[Note 55 : Bourguignat, qui a observé la présence de ces cratères

ou cupules d’effondrement dans les redjems du Nahr Ouassel, croit

à tort que les redjems cratériformes ont été « violés ».]

[Note 56 : Voir coupe et plan dans _Cités et Nécropoles berbères

de l’Enfida_, par M. E.-T. Hamy, extrait du _Bulletin de Géographie

historique et descriptive_, no 1, 1904, p. 29.]

[Note 57 : Motylinski, Voyages à Abalessa et à la Koudia, dans le

supplément du _Bulletin du Comité de l’Afr. fr._, octobre 1907 ;

voir les phot. p. 262 et 266.]

[Note 58 : Supplément au _Bulletin du Comité de l’Afrique

française_ de janvier 1904 et octobre 1904.]

[Note 59 : Cette dernière (387) est la seule de ce genre qui ne se

trouve pas rigoureusement au Tassili des Azguers, mais elle en est

peu éloignée.]

[Note 60 : Crâne d’enfant trouvé à Aïn Sefra par le capitaine

Dessigny (E.-T. Hamy, _Les Ardjem d’Aïn Sefra, l. c._). —

Crâne d’enfant trouvé à Taloak et rapporté au Muséum. —

Crâne d’Ouan Tohra retiré à peu près intact du redjem mais si

fragile qu’il n’a pas supporté le voyage.]

[Note 61 : Foureau, _l. c._, p. 1091.]

[Note 62 : A ce point de vue le Tombeau de la Chrétienne est

remarquable ; on le voit de partout dans l’arrondissement

d’Alger.]

[Note 63 : _L. c._, p. 43 et s.]

[Note 64 : Pomel, Carte géologique de l’Algérie, Notices

explicatives. — Paléontologie ; _passim_.

Flamand, Note sur des stations nouvelles ou peu connues de pierres

écrites, _L’Anthropologie_, mars-avril 1892.

Id., Note sur deux pierres écrites... d’El Hadj Mimoun, _Académie

des Inscriptions et Belles-Lettres_, 16 mars 1897.

Id., Congrès international d’Anthropologie de 1900 (_Comptes

rendus_, p. 267).

Id., Les pierres écrites, _Société d’Anthropologie de Lyon_,

29 juin 1901.]

[Note 65 : Communication de M. le Dr Hamy à l’_Académie des

Inscriptions_, séance du 5 septembre 1902, d’après des dessins

du capitaine Normand.]

[Note 66 : _L. c._]

[Note 67 : Gsell, _Monuments antiques de l’Algérie_, t. I, p. 46

et Gaillard, _Le Bélier de Mendès_, Société d’anthropologie

de Lyon, 4 mai 1901.]

[Note 68 : Ils paraîtront dans le _Corpus_ des gravures rupestres

que M. Flamand prépare.]

[Note 69 : Signalée pour la première fois d’après le lieutenant

Barthélemy par Capitan, _Revu. de l’École d’anthropologie de

Paris_, XII, 1902, p. 300-311.]

[Note 70 : Pomel, _Carte géologique de l’Algérie. Paléontologie,

monographies. Les Bosélaphes Raye_]

[Note 71 : _L. c._ _Antilopes Pallas_, p. 38 et pl. XV, fig. 12.]

[Note 72 : Foureau, _Documents scientifiques_, t. II, p. 1013,

fig. 359.]

[Note 73 : _Anthropologie_, XVI, 1905, p. 119-120.]

[Note 74 : _L. c._, _Antilopes Pallas_, pl. XV, fig. 8, 9.]

[Note 75 : Pomel, _l. c._ _Bubalus antiquus_, Pl. X, p. 83.]

[Note 76 : _Instructions adressées par le Comité des travaux

historiques. — Recherche des antiquités dans le nord de

l’Afrique_, p. 60, fig. 21.]

[Note 77 : On le retrouve dans une inscription du Gourara copiée par

le commandant Deleuze (Flamand, Note sur quelques stations nouvelles,

etc., pl. V).]

[Note 78 : Cette station est la même que celle qui a été étudiée

par ouï-dire par M. Flamand sous le titre _Gravures et inscriptions

rupestres relevées entre Beni Abbès et le ksar d’el Ougarta_

(Note sur quelques stations nouvelles, etc., _Bulletin de géographie

historique et descriptive_, no 2, 1905). El Ougarta est une lecture

fautive pour el Ouata.]

[Note 79 : _La Géographie_, 1900, p. 362.]

[Note 80 : G.-B.-M. Flamand, Note sur quelques stations nouvelles,

etc., _Bulletin de Géographie historique et descriptive_, no 2,

1905, p. 283.]

[Note 81 : _Ibid._, et _Congrès international d’Anthropologie_,

Paris, 1900. _Bull. Soc. anthr. de Lyon_, juin 1901 et juin 1902.]

[Note 82 : Flamand, _l. c._, et Rimbaud, Supplément du _Bulletin

du Comité de l’Afrique française_, no 5, septembre 1901.]

[Note 83 : Supplément au _Bulletin du Comité de l’Afrique

française_ d’octobre 1904, p. 250, 251. M. Flamand (_l. c._,

Notes sur quelques stations nouvelles, etc.) a publié d’après

des dessins de M. le maréchal des logis Paté des inscriptions et

grafitti provenant de deux localités ainsi orthographiées : oued

Tiratanin et roche Takount dans l’oued Tougoulgoult. Tiratanin

est sûrement une faute de lecture pour Tir’atimin ; la seconde

station me paraît identique à Tahount Arak.]

[Note 84 : Notes manuscrites encore inédites de M. Motylinski.]

[Note 85 : P. 1071, fig. 380.]

[Note 86 : Voir la bibliographie de la question dans Flamand :

Pierres écrites. _Société d’anthropologie de Lyon_, 29 juin 1901,

p. 34. Voir aussi : Flamand, De l’Introduction du chameau dans

l’Afrique du Nord, XIVe Congrès des orientalistes. — Lefébure,

Le chameau en Égypte, _ibid._, et particulièrement R. Basset : Le

nom du chameau chez les Berbères (ce nom est dérivé de l’arabe).]

[Note 87 : Je sais naturellement que cette appellation de dromadaire

est la seule exacte ; mais la distinction entre chameau et dromadaire

n’est maintenue que dans les dictionnaires ; elle n’est pas de

langue courante.]

[Note 88 : Cela ressort surtout des notes manuscrites de Motylinski.]

[Note 89 : Pomel, _Monographies. Le Singe et l’Homme_. Planches

_passim_.]

[Note 90 : Journal de voyage de... Traduit et annoté par

Schirmer. Paris, Fischbacher, 1898, p. 115.]

[Note 91 : _L. c._, _Les Antilopes Pallas_, p. 34, et fig. 1, 2, 3,

4 de la pl. XV.]

[Note 92 : Notes manuscrites, qui seront publiées intégralement.]

[Note 93 : Foureau, _Documents scientifiques de la mission

saharienne_.]

[Note 94 : D’après Desplagnes, _l. c._]

[Note 95 : Livre XVII, chap. III, p. 5, il est question d’un animal

de taille gigantesque qui ressemble à un taureau (?)]

[Note 96 : Pomel, _Monographies. Le Singe et l’Homme_. Planches

_passim_.]

[Note 97 : _L. c._]

[Note 98 : Fig. 20.]

[Note 99 : Elles ont fait l’objet d’une monographie détaillée

par Pallary : Classification industrielle des flèches néolithiques

du Sahara, dans _L’Homme préhistorique_. 1er juin 1906.]

[Note 100 : Paul Pallary, Caractères généraux des industries de

la pierre, _L’Homme préhistorique_, février 1905, p. 40.]

[Note 101 : _Id._, _ibid._, p. 38, et AFAS, 1891, II, p. 637-644.]

[Note 102 : On a signalé en Algérie sur beaucoup de

points des outils néolithiques dans des ruines berbères et

romaines. P. Pallary, _l. c._, Caractères généraux etc., p. 41.]

[Note 103 : M. le commandant Laquières a trouvé, je crois, quelques

pointes à Beni Abbès.]

[Note 104 : Lenz, _Tombouctou_, trad. Lehautcourt, t. II, p. 76.]

[Note 105 : Foureau, Documents scientifiques de la mission, _passim_.]

[Note 106 : Voir Desplagnes, _l. c._, pl. XXI.]

[Note 107 : _L. c._, pl. XLI. Voir appendice V, p. 351.]

[Note 108 : Pl. XV, fig. 29, dans l’ouvrage de M. Desplagnes.]

[Note 109 : Fig. 394.]

[Note 110 : P. 221. On a l’impression que Duveyrier est

aujourd’hui beaucoup plus cité que lu. Son enthousiasme un peu

juvénile pour les vertus touaregs l’a discrédité. Pourtant

ses résultats sont presque toujours confirmés par les travaux

récents. Sa carte en particulier apparaît aujourd’hui tout à fait

remarquable pour l’époque. C’était un excellent observateur.]

[Note 111 : Voir dans Desplagnes une foule de détails curieux

et d’hypothèses peut-être hasardeuses sur les grands totems

soudanais du poisson, de l’oiseau et du serpent.]

CHAPITRE IV

=LA ZOUSFANA=

Dans les trois premiers chapitres on a cherché à exposer, en

les systématisant peut-être outre mesure, un certain nombre de

faits concernant le Sahara en général. Les chapitres qui suivent

seront au contraire des monographies. On essaiera d’étudier

successivement, dans le Sahara algérien, les régions traversées

par l’itinéraire.

Celle qui se présente d’abord est la région de la Zousfana.

Le pays dont il s’agit est celui que traverse la ligne de chemin de

fer récemment construite de Beni Ounif à Colomb-Béchar, et la route

d’étapes entre Beni Ounif et Igli. Dans les dernières années

on y a fondé trois postes militaires importants, Colomb-Béchar,

Ben Zireg et Tar’it (écrit souvent Taghit). C’est une région

accidentée par de puissantes masses montagneuses, le Mezarif,

le Béchar, le Moumen, l’Antar, le djebel Orred, le Grouz. Les

géants entre tous les autres sont le Grouz et l’Antar, qui

dépassent 1900 mètres. Mais le Mezarif, le Moumen, le Béchar,

encore que plus modestes, se dressent à 1400 mètres sur un socle,

la vallée de la Zousfana, qui en a 700 ou 800.[112]

=Roches primaires (carbonifériennes).= — Cette région montagneuse

est en grande partie constituée par des roches primaires, et surtout

carbonifériennes.

Au point de vue paléontologique, la couche intéressante est une

puissante assise calcaire qui contient un peu partout des fossiles ;

j’en ai trouvé en particulier au Mezarif et dans l’Antar, où

on n’en avait pas encore signalé. Mais il y a surtout deux beaux

gisements classiques, celui de Taouerda à quelques kilomètres

au nord d’Igli, et celui de Mouizib el Atchan (littéralement

la gouttière de la soif) ; c’est le nom d’un torrent à sec

conduisant au col où passe la route directe de Colomb-Béchar à

el Morra. Encore que séparés par une centaine de kilomètres,

ces deux gisements de Taouerda et du Mouizib n’en font qu’un

en réalité ; ce sont deux sections d’une même couche qu’on

voit se continuer sans interruption, ils contiennent d’ailleurs

des fossiles identiques.

Ces fossiles ont été étudiés par plusieurs géologues :

MM. Joleaud, Ficheur, Douvillé, Collot, Thévenin[113]. Leurs

conclusions sont parfaitement nettes.

M. Ficheur écrit : « L’ensemble de cette faune... présente des

caractères assez nets pour l’attribution du niveau fossilifère

d’Igli à l’étage Dinantien et à la partie supérieure du

sous-étage Tournaisien des géologues belges. »

Et M. Armand Thévenin : « L’étude de ces fossiles confirme

en la complétant la note publiée en 1900 par M. Ficheur sur le

carbonifère d’Igli... C’est bien là une faune du Dinantien

inférieur et moyen (calcaire carbonifère d’Irlande, Visé et

Tournay). »

La formation m’a paru avoir environ 500 mètres de puissance, mais

c’est là un chiffre simplement approximatif ; dans une région

plissée, de semblables évaluations sont sujettes à caution. Le

calcaire est très dur, souvent rognonneux et de coloration assez

variable, du bleu foncé, qui domine incontestablement, au gris et

au jaune. Les assises calcaires (j’en ai compté huit au Mouizib)

sont intercalées de marnes ou d’argiles, dont la puissance augmente

progressivement vers la base de la formation. (Voir fig. 28 et aussi

pl. XXI, XXII et XXIII.)

C’est au Mouizib surtout que j’ai eu le loisir d’étudier cette

formation, mais elle m’a paru très uniforme dans toute la région,

— à une exception près.

A Ben Zireg des pressions plus énergiques ont transformé les marnes

ou argiles en ardoises ; il en résulte un facies si nouveau qu’on

peut avoir des doutes sur le synchronisme ; les calcaires de Ben Zireg

pourtant contiennent des fossiles, rares et mauvais, il est vrai,

mais que M. Haug qui les a examinés, déclare carbonifériens. (Voir

appendice XI.)

E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XX.

[Illustration : Phototypie Bauer, Marchet et Cie, Dijon

Cliché Gautier

39. — DJ. ORRED

Vu en contrebas du sommet de l’Antar.

Affleurements ennoyés de couches calcaires dinantiennes vivement

redressées.]

[Illustration : Cliché Gautier

40. — SOMMET DE L’ANTAR

Vu du djebel Orred (exactement Sidi-Dahar), montrant

l’horizontalité des couches calcaires dinantiennes au sommet.]

E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XXI.

[Illustration : Cliché Gautier

41. — DANS LE BÉCHAR : COL DU MOUIZIB EL ACHAN

Sommet de la descente qui mène à la Zousfana. — Calcaires

dinantiens.]

[Illustration : Cliché Gautier

42. — DANS LE BÉCHAR : COL DE TENIET NAKHLA

Sommet du col. — Calcaires dinantiens.]

Les calcaires dinantiens, par leur dureté, ont résisté à

l’érosion et sont accusés en relief ; ils composent la masse

de tous les massifs montagneux sans exception (le Grouz mis à

part). Au rebours, les formations inférieures et supérieures

au dinantien, beaucoup plus molles, sont accusées en creux ;

et par conséquent ennoyées la plupart du temps. Elles sont donc

beaucoup plus difficiles à étudier, et elles ont trop échappé

à l’attention. En réalité il est très possible de s’en faire

une idée.

Missions au Sahara, tome 1 · 第 13 / 36 段