J’ai relevé (fig. 19, no 1) une inscription arabe, d’ailleurs

indéchiffrable, encadrée dans une figure géométrique,

dont M. Basset, l’arabisant éminent, directeur de l’École

des Lettres, ignore la signification. A titre d’hypothèse il

suggère l’idée que ce pourrait être un mekkam (souvenir d’un

marabout quelconque qui aurait séjourné, prié, etc., sur ce point

précis). A coup sûr la station de Hadjra Mektouba est au point de

vue islamique une sorte de lieu saint.

On distingue aussi quelques lettres tifinar’, mais en petit nombre,

et de mauvaises gravures libyco-berbères ; j’ai noté un méhariste

à bouclier rond.

E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XVI.

[Illustration : Cliché Gautier

31. — GRAVURE RUPESTRE DANS L’OUED TAR’IT (Ahnet)

Sur grès éo-dévonien.

L’animal représenté est une girafe.]

[Illustration : Cliché Gautier

32. — GRAVURE RUPESTRE, A TAOULAOUN (Mouidir)

sur grès éo-dévonien.

Le sujet représenté est une chasse au mouflon ; pour pouvoir

photographier, on a passé les figures à la craie.]

C’est là tout ce qu’on aperçoit au premier abord, et l’on

serait tenté de croire que les gravures anciennes ne sont pas

représentées. A y regarder de près pourtant, on les trouve en grand

nombre, mais si effacées qu’elles sont à peine discernables. Il

faut chercher pour chaque coin de pierre l’éclairage favorable ;

et sous un certain jour on voit se révéler de vieux dessins flous

mais incontestables, des arrière-trains, des pattes, souvent même

l’animal entier (antilopes, animaux cornus [?]) (Voir nos 2 et 3.)

L’aspect de la roche explique facilement la disparition presque

totale des vieilles gravures. La face du calcaire porte distinctement

l’empreinte des pluies pourtant si rares. Le calcaire évidemment,

par sa sensibilité à l’action chimique des pluies, conserve

beaucoup plus mal la gravure que le grès, par exemple.

Il me semble curieux que je n’en aie pas vu dans toute la chaîne

d’Ougarta, où pourtant les grès éodévoniens, extrêmement

développés auraient dû attirer le graveur. Il se peut il est

vrai qu’elles m’aient échappé. Cette hypothèse est même

très vraisemblable.

=Stations des oasis et du Tadmaït.= — En revanche dans la région

des oasis et le Tadmaït, qui sont relativement connus, les gravures

sont assurément rares et peu intéressantes. Ce sont surtout des

inscriptions (tifinar’ ou libyco-berbères !). J’en ai vu à

Tesfaout (Timmi), à Ouled Mahmoud (Gourara), dans l’oued Aglagal

(Tidikelt — et nota bene sur une dalle calcaire), à Haci Gouiret

(au sud d’In Salah). M. le commandant Deleuze en a relevé

une près de Tesmana (Gourara)[80]. M. Flamand à Haci Moungar,

à Aïn Guettara[81]. Il en existe assurément d’autres et cette

énumération n’a pas la prétention d’être exhaustive. Mais on

sait que, dans l’état actuel de nos connaissances, ces inscriptions

sont indéchiffrables ; on ne peut donc que les mentionner.

On ne connaît sur cette grande étendue que trois stations

de gravures rupestres assez médiocres, à Tilmas Djelguem

(sur calcaire), à la gara Bou Douma, et à Aoulef (gara des

Chorfa)[82]. Ajoutons, quoiqu’un peu en dehors de la zone

quelques grafitti insignifiants que j’ai vus sans les copier à

Haci Ar’eira (au sud du Tidikelt). Sous réserve de découvertes

ultérieures il semble donc qu’une zone intermédiaire assez pauvre

sépare les deux régions riches en gravures du nord et du sud —

l’Atlas et les plateaux Touaregs.

[Illustration : Fig. 20. — Taoulaoun.

A, d’après une photographie. Hauteur du mouflon au garrot, 0 m. 30

à 0 m. 40. B, hauteur du chameau (?), 0 m. 05. Ici, comme dans

les figures suivantes, les grisés marquent la surface grattée,

c’est-à-dire où la patine de la surface environnante a été

enlevée par grattage.

(Figure extraite de _L’Anthropologie_. Masson et Cie, édit.)]

=Stations des plateaux Touaregs.= — La zone privilégiée me

paraît être celle des plateaux gréseux éodévoniens. En tout

cas au Mouidir occidental et dans l’Ahnet j’ai vu huit stations

dont cinq ou six intéressantes. Ce sont, au Mouidir : Taoulaoun,

à côté du point d’eau, — jolie chasse au mouflon reproduite

figure 20. (Voir aussi pl. XVI, phot. 32.)

[Illustration : Fig. 21. — Oued Tar’it.

A, d’après une photographie assez indistincte et un dessin ;

hauteur totale de l’espace occupé par les personnages, 2 mètres

environ. B, hauteur des autruches, 0 m. 15 environ. C, d’après

une photographie, 0 m. 60 environ de hauteur.

(Figure extraite de _L’Anthropologie_. Masson et Cie, édit.)]

Tahount Arak, au point d’eau — gravures insignifiantes, et

qui n’ont pas été reproduites. Elles sont à 3 ou 4 mètres

au-dessus du sol, sur la corniche en surplomb d’un énorme bloc

rocheux détaché, et actuellement inaccessibles sans échelle ce

qui est un cas très rare.

Dans l’Ahnet : Taloak, 100 mètres à l’est du point d’eau, au

sommet d’une petite falaise, tifinar’ et grafitti insignifiants,

qui n’ont pas été reproduits.

Foum Zeggag, dans les gorges de ce nom, à deux heures de marche au

sud de Taloak, rive droite de l’oued ; je n’ai vu, en passant,

que deux médiocres éléphants. (Voir fig. 25, no 1.)

Oued Tar’it, rive gauche, à une quinzaine de kilomètres environ

au nord d’Aguelman Tamana. Très belle station, grands méharis

montés figurant dans une scène de guerre ou plutôt de chasse ;

— girafe soignée ; — reproduits figure 21. (Voir aussi pl. XVI,

phot. 31.)

Aguelman Tamana ; au point d’eau, rive gauche de l’oued, —

station intéressante, grands bovidés, dont quelques-uns bâtés,

reproduits figure 22.

Ouan Tohra, au pied de la haute falaise qui avoisine le puits, sur

de gros blocs éboulés ; station riche et intéressante, et qui,

par surcroît, a pu être étudiée longuement ; bovidés et animaux

divers, reproduits figures 24, 25. (Pl. XVII, phot. 33.)

Tin Senasset, au point d’eau ; sur blocs éboulés au pied de la

falaise ; bovidés, un cheval ; reproduits figure 23.

Ces huit stations ont été découvertes par hasard, parce qu’elles

sautaient aux yeux, au cours d’un raid à méhari. Il y a donc

lieu de supposer qu’une investigation minutieuse en fera découvrir

beaucoup d’autres.

On en a d’ailleurs signalé d’autres. M. Voinot a publié des

tifinar’, des inscriptions arabes, des empreintes de pieds, et

quelques vagues grafitti, copiés dans les gorges de Tir’atimin ;

— il nous a donné aussi une reproduction intéressante d’une

petite scène de chasse à l’Aïn Tér’aldji. Ces deux stations

sont dans le Mouidir occidental[83].

Motylinski suivant un itinéraire connu a pourtant relevé quelques

petites stations nouvelles au Mouidir occidental — des tifinar’ à

Haci el Kheneg — quelques autruches dans les gorges de Takoumbaret

— des tifinar’ et des grafitti à Hacian Meniet (déjà signalés

par Guillo-Lohan)[84].

Notons que dans l’Açedjerad nous n’avons pas vu de gravures

rupestres et M. Besset n’en signale pas dans le Mouidir oriental. Au

Tassili des Azguers M. Foureau en a copié une seule[85]. Il se

pourrait donc que l’Ahnet fût particulièrement riche pour des

raisons qui échappent, historiques apparemment. Mais c’est une

conjecture hasardeuse. L’exploration des plateaux éodévoniens

Touaregs reste à faire au point de vue archéologique il est certain

en tout cas que les grès de cet âge se prêtent admirablement à

la gravure, et d’une façon générale en Algérie comme au Sahara

le grès est par excellence matière épigraphique. Ces gravures du

Mouidir-Ahnet, reproduites dans les figures 20 à 25 se prêtent à

une étude d’ensemble. Non seulement elles sont toutes sur grès,

et sur le même grès, mais à tous les points de vue ces stations

diverses sont étroitement apparentées.

Elles sont toujours au voisinage immédiat d’un point d’eau,

ou à tout le moins d’un pâturage actuellement fréquenté ;

elles sont toutes aisément accessibles, à portée de la main, à

une seule exception près, la station de Tahount Arak ; mais le roc

isolé de Tahount Arak est au milieu de l’oued, son pied baigne

dans l’eau, et il a suffi d’un bien petit nombre de crues pour

produire l’affouillement qui met la gravure hors de portée. Il

ne semble donc pas que les gravures remontent à une époque où le

climat fut autre qu’aujourd’hui.

Cette impression de jeunesse est corroborée par l’étude même

des figures. Je n’en vois qu’une ou deux susceptibles d’être

classées anciennes, la girafe de la figure 21, C. D’après mes

souvenirs, corroborés par une assez bonne photographie, cette

gravure est tout à fait du type de celles de Zenaga ; la patine

est aussi foncée que celle de la roche environnante, le trait

est profond et régulier, on retrouve tous les caractères d’une

grande antiquité. Du moins il me semble ainsi rétrospectivement ; à

l’époque où j’ai vu cette girafe je n’étais malheureusement

pas encore familier avec l’aspect des gravures rupestres de

l’époque ancienne (en 1903) ; je trouve aussi mentionné dans

mes notes que E de la figure 22 (bovidé) est très patiné.

Mais ces figures sont seules de leur espèce. Nous avons fait

M. Chudeau et moi, en 1905, un séjour prolongé à Ouan Tohra, et,

malgré des recherches attentives, nous n’avons pas trouvé une

seule gravure d’aspect ancien. Elles semblent très rares sinon

tout à fait absentes.

[Illustration : Fig. 22. — Aguelman Tamana.

A, 0 m. 50 de la tête à la queue. B, hauteur moyenne 0 m. 10 à

0 m. 15. C, 0 m. 20 à 0 m. 30 de la tête à la queue. D, 1 mètre

de droite à gauche. E, 0 m. 50 de la tête à la queue. F, dessins

de gauche 0 m. 10 en moyenne, celui de droite 0 m. 30.

(Figure extraite de _L’Anthropologie_. Masson et Cie, édit.)]

En somme, toutes les figures reproduites, moins une ou deux douteuses,

sont indubitablement récentes. Et d’abord la faune reproduite

n’est plus du tout celle du col de Zenaga. La présence du chameau

est à elle seule significative. On est généralement d’accord

pour admettre que le chameau n’a été introduit ou réintroduit

dans l’Afrique nord-occidentale que dans les premiers siècles

de l’ère chrétienne, il ne semble y être abondant que vers

l’époque de Justinien[86]. Sans entrer dans la question, c’est

un fait positif qu’on ne connaît aucune figuration de cet animal

dans les nombreuses stations déjà connues de vieilles gravures ;

elles abondent au contraire dans les graffitti libyco-berbères.

[Illustration : Fig. 23. — Tin Senasset.

A a 0 m. 15. B, 0 m. 08 à 0 m. 10. C, 0 m. 30. D, 1 mètre de la

tête à la queue.

(Figure extraite de _L’Anthropologie_. Masson et Cie, édit.)]

Tous les autres animaux qui accompagnent le dromadaire[87], dans

les figures ci-jointes sont contemporains : le cheval (fig. 23,

A) et l’âne (fig. 24, B) ; le mouflon (fig. 20, A), la gazelle

(fig. 21, A) ; le chien (fig. 20 et 21) ; l’autruche (fig. 22,

B ; fig. 24, B, et fig. 21, B) sont encore des animaux familiers

aux habitants du Mouidir-Ahnet.

Il en est de même de l’animal figuré en A figure 24 et en 2

figure 25 qu’on y voie une chèvre ou une antilope adax.

Les bœufs sont très fréquents (fig. 22, A ; fig. 24, A et D ;

fig. 23, D ; et sans doute aussi fig. 22, E). On les représente

bâtés (fig. 22, D et fig. 25, no 5).

On sait que les bœufs zébus, originaires du Soudan, font partie

du cheptel habituel au Hoggar[88]. Au Soudan à tout le moins on

les utilise comme bêtes de somme.

Le sanglier (fig. 21, A) existe peut-être au Hoggar ? et en tout

cas dans l’Adrar’ des Ifor’ass (phacochère), et dans l’Aïr.

La station de Foum Zeggag, qui par ailleurs est insignifiante, a

ceci de particulier qu’on y voit deux éléphants incontestables,

l’un a environ 1 m. 50 dans sa plus grande dimension, l’autre 0

m. 50. C’est ce dernier qui est reproduit ci-contre d’après

un simple dessin (et non pas d’après un calque) figure

25. Ces gravures d’éléphants ne sont pas patinées, et à

leurs dimensions près elles n’ont aucun des caractères qui

caractérisent les vieilles gravures. Si l’éléphant est tout à

fait étranger à la faune de l’Ahnet, il ne faut pas oublier que

les Touaregs de l’Ahnet passent les années de sécheresse dans

l’Adr’ar des Ifor’ass, où ils sont chez eux, à proximité du

Niger. L’éléphant leur est familier, comme d’ailleurs la girafe.

Je n’essaie pas davantage d’identifier des dessins mal venus et

cocasses (fig. 22, C et F).

En résumé, comme conclusion d’ensemble, toute cette faune est

contemporaine. Elle n’est pourtant pas rigoureusement actuelle. Il

y a là une nuance qu’il est facile de préciser ; il est évident

que le nombre des bovidés représentés (dont quelques-uns bâtés),

est tout à fait disproportionné au nombre des méharis. Ceci

nous reporte à une époque ou ceux-ci, d’introduction récente,

n’avaient pas encore complètement supplanté ceux-là, les bœufs

nigériens, bêtes de somme garamantiques.

D’ailleurs la représentation de la figure humaine achève de

lever tous les doutes sur l’âge approximatif de nos gravures.

Qu’on examine figure 20, A, le javelot que brandit le chasseur

(voir aussi fig. 21, A), il semble bien que ce javelot se termine

par un _fer_ de lance.

Que l’on compare cet armement avec celui qui est figuré sur les

vieilles gravures algériennes publiées par Pomel[89] ; et dont le

caractère néolithique est incontestable. Evidemment notre chasseur

est très postérieur ; le sauvage a été promu barbare.

Pourtant il n’est pas actuel. La plupart des êtres humains

figurés sont nus, tout au plus peut-on imaginer qu’ils ont un

pagne autour des hanches. Voilà qui est tout à fait contraire

aux habitudes actuelles ; le Touareg comme tout musulman, est un

paquet d’étoffes flottantes. D’ailleurs l’attirail de guerre

du Touareg est bien connu, il a été popularisé par la gravure,

un immense bouclier carré, une très longue lance en fer, un sabre

très long sans pointe, arme de taille. Ce sont des armes tout à

fait appropriées pour un _méhariste_. Or les chasseurs ou les

guerriers de nos reproductions (fig. 21, A ; fig. 20, A ; fig. 24,

E) sont invariablement armés d’un bouclier rond tout petit et de

trois javelines.

Ce guerrier à bouclier rond, nous l’avons déjà rencontré

dans les stations du nord, à Barrebi en particulier ; mais ici,

dans les stations de l’Ahnet il est dessiné avec plus de soin,

plus détaillé. La ressemblance en devient plus frappante avec le

cavalier, figuré à côté des caractères libyques sur la stèle

funéraire du musée d’Alger. (Voir fig. 17.) Celui-ci porte

à son bras gauche exactement le même petit bouclier rond et les

mêmes trois javelines, ces dernières fixées de la même façon

à la partie postérieure du bouclier, donnant une impression de

panoplie. Il me semble que ce détail est de nature à entraîner

la conviction.

Ce méhariste armé en cavalier numide date approximativement nos

gravures.

Notons encore qu’elles sont accompagnées d’inscriptions

tifinar’ en grand nombre et qui paraissent contemporaines. Au col

de Zenaga les gravures se présentent seules sans accompagnement

épigraphique.

Enfin l’aspect seul de nos gravures interdit de les reporter très

loin dans le passé puisque la patine fait défaut ; les parties

gravées de la roche contrastent vivement par leurs couleurs avec

les parties intactes ; elles ont un aspect frais.

Pourtant au point de vue de l’exécution technique elles

seraient déconcertantes ; elles ne rentrent pas exactement dans

les catégories établies dans le nord par M. Flamand. Là, dans la

chaîne des ksour par exemple, tout ce qui n’est pas belle gravure

ancienne, à trait profond et lisse, à patine noire, est immonde

grafitti libyco-berbère. Ce sont deux catégories bien tranchées

et la plupart des gravures au Mouidir-Ahnet ne rentrent ni dans

l’une ni dans l’autre.

Les chameaux de la figure 20, B, par exemple, sont des graffitti

libyco-berbères types. Est-il possible de les classer avec les beaux

méharis de la figure 21, A. Ces derniers ont 0 m. 50 de haut ;

les autres 0 m. 05 ; ceux-ci sont parfaitement schématiques, et

rappellent plutôt au premier coup d’œil un caractère chinois

qu’un animal quelconque. Ces gravures procèdent d’intentions

différentes ; l’auteur de la figure 21, A, tâche de reproduire

un animal tel qu’il le voit, c’est un artiste, dans une mesure

aussi faible qu’on voudra ; l’auteur de la figure 20, B écrit

l’hiéroglyphe du chameau, il fait de l’idéographie.

A ne considérer que l’habileté des dessinateurs, et ce qu’on

pourrait appeler leurs traditions artistiques, les belles gravures du

Mouidir-Ahnet sont tout à fait comparables à celles de Zenaga. Que

l’on considère les petits tableautins des figures 20 et 21, scènes

de chasse, j’imagine, à moins qu’on ne veuille voir dans la

figure 21 une scène de guerre, une rencontre entre méharistes et

piétons, mais la présence de gibier et de chiens est peu favorable

à cette hypothèse. En quoi ces amusantes compositions sont-elles

inférieures par exemple à la gravure rupestre algérienne de Kef

Messiouar publiée par Gsell (_Monuments antiques_, t. I, p. 48)

et qui représente une famille de lions s’apprêtant à dévorer

un sanglier ? De part et d’autre c’est la même ignorance de

la perspective, mais c’est aussi parfois le même bonheur à

silhouetter tel ou tel animal. Qu’on regarde la gazelle entourée

par les chiens (fig. 21, A), le cheval (fig. 23, A), la chèvre et

l’autruche de la figure 24, B pour ne rien dire de la vache placide

et de l’âne qui brait de la même planche. On ne trouvera rien de

mieux dans la série des gravures rupestres sud-oranaises. Et c’est

une chose à noter aussi que les dimensions sont les mêmes. Ici comme

là les figures sont grandes, la plupart ont de 0 m. 50 à 0 m. 75,

c’est-à-dire que la somme de travail est considérable. Nous ne

sommes plus en présence de graffitti œuvre de quelques minutes de

désœuvrement, il faut supposer chez l’auteur un travail soutenu

et une certaine habitude de la main.

E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XVII.

[Illustration : Cliché Gautier

33. — GRAVURES RUPESTRES A OUAN TOHRA

sur grès éo-dévonien.

Les figures ont été passées à la craie.]

[Illustration : Cliché Laperrine

34. — TYPE DE GRAVURES RUPESTRES SUR GRANIT (Hoggar).]

[Illustration : Fig. 24. — Ouan Tohra.

A, d’après une bonne photographie ; le bovidé du milieu a 0

m. 50 de la tête à la queue. B, 0 m. 15 et 0 m. 20. C, 0 m. 20. D,

0 m. 75 de la tête à la queue. E, personnages d’en haut, 0 m. 10,

celui d’en bas. 0 m. 20.

(Figure extraite de _L’Anthropologie_. Masson et Cie. édit.)]

Pourtant les gravures de l’Ahnet se distinguent de celles de

Zenaga, non seulement par l’absence de patine, mais encore

par la différence de facture. M. Flamand, en matière de

gravures sud-oranaises, distingue le trait profond, régulier,

qui caractérise les gravures antiques et le « pointillé produit

par une série linéaire de percussions », qui caractérise les

gravures libyco-berbères. Celles qui nous occupent ne sont ni

gravées profondément ni pointillées par percussion ; la patine

superficielle de la roche a été enlevée par grattage, tantôt

suivant des lignes, tantôt sur de larges espaces (fig. 21, A ;

fig. 23, C ; fig. 24, A), tantôt sur la totalité de la figure (voir

surtout fig. 20, A). Erwin de Bary note, dans l’Aïr, au rocher de

Dakou, « des figures d’hommes, de chameaux et de chevaux qui y sont

gravées. Les dessins ne sont pas taillés dans la pierre à l’aide

d’un ciseau et résultent seulement d’un _grattage_[90] ».

Notez d’ailleurs que nous sommes au désert où les roches sont

couvertes d’une patine très foncée. Les grès éodévoniens en

particulier sont des masses de quartz peintes en noir ; la moindre

égratignure, le moindre grattage fait apparaître un dessin très

blanc sur fond très noir. Avec une pareille matière le graveur

obtient avec un minimum d’effort un maximum d’effet utile.

Déjà, à Barrebi, nous avions vu apparaître entre les graffitti

libyco-berbères et les gravures anciennes un type de transition. Ce

type s’affirme au Mouidir-Ahnet.

La décadence ici a été bien plus lente et progressive, les

traditions de gravure se sont maintenues plus longtemps.

En résumé la race berbère, qui dans le Tell a perdu d’assez

bonne heure ses anciennes aptitudes artistiques, les a conservées

au contraire dans le Sahara jusqu’à une époque voisine de nous.

=Station de Timissao.= — On a longuement insisté sur les stations

du Mouidir-Ahnet, qui présentent un intérêt particulier. Celle

de Timissao a beaucoup d’analogies avec elles malgré la distance.

La station de Timissao a été signalée par le colonel

Laperrine. Elle se trouve à côté du puits dans une caverne de

la falaise en grès éodévonien. Le mot caverne est ambitieux,

il faudrait dire plutôt abri sous roche. De cette grotte, si l’on

veut, le plancher, les murs et le plafond sont couverts de gravures et

d’inscriptions que j’ai examinées d’une façon un peu sommaire

(fig. 25).

Ici, au contraire d’Ouan Tohra, il existe quelques dessins

qui paraissent anciens. Par la patine ils ne se distinguent

pas de la roche, il est vrai que ce signe a moins de valeur ici

qu’ailleurs. Tous ces dessins, en effet, sans exception sont

sur le plancher de la grotte, c’est dire qu’ils ont été

foulés par les pieds de générations, ils ont dû se patiner plus

vite. Mais le trait est profond et assez net. Noter dans la figure 4

la longueur disproportionnée des cornes. Évidemment l’artiste a

campé le corps de son animal de trois quarts et la tête de profil,

pour mettre les cornes en valeur ; cette recherche de l’effet et

cette pose compliquée sont dans le nord caractéristiques des plus

vieilles gravures.

Les animaux représentés sont actuels cependant. 7 semble bien

représenter un bœuf de l’espèce _Bos ibericus_. Et je crois que 4

et 6 représentent des antilopes adax. Notons pourtant que Pomel[91],

à propos d’animaux analogues, propose d’une façon tout à fait

affirmative l’identification avec l’antilope oryx (cf. _Leucoryx_

Licht), encore qu’il n’en ait pas authentiquement constaté la

présence dans la faune quaternaire algérienne. Mais l’oryx ne

se trouve plus aujourd’hui qu’en Égypte, l’adax au contraire

est un familier du Sahara algérien, et ses cornes ressemblent à

celles de l’oryx, assez du moins pour qu’il soit imprudent de

vouloir les distinguer sur une gravure rupestre.

[Illustration : Fig. 25. — Gravures rupestres des stations de Foum

Zeggag (1) ; de Ouan Tohra (2, 3, 5) ; de Timissao (4, 6, 7).

Réduction au vingtième d’après calques et estampages (sauf 1

qui a été simplement dessiné).

(Figure extrait de _L’Anthropologie_. Masson et Cie, édit.)]

=Stations Ifor’ass.= — Dans l’Adr’ar des Ifor’ass je

suis en mesure de signaler quatre stations d’importance inégale,

malheureusement je n’ai pas pu en étudier sérieusement une seule.

Avant d’arriver à notre campement de l’oued Taoundrart, à

trois kilomètres environ, j’ai vu quelques lettres tifinar’

et un dessin informe d’animal ; le tout était gravé sur une

roche éruptive.

Une très belle station se trouve à Ras Taoundrart dans les gorges de

l’O. Assanirès. Les dessins sont gravés sur une muraille presque

verticale de granit. Les inscriptions tifinar’ y abondent ; les

dessins sont du type libyco-berbère saharien, un certain nombre de

chameaux, et beaucoup de chevaux, des lions.

M. Chudeau a vu une station de gravures rupestres sur granit à In

Fenian ; trois ou quatres figures, dont un cheval.

Enfin dans l’oued Tougçemin, à trois kilomètres est du campement,

j’ai vu sur granit quelques autruches et un animal informe où on

aurait pu reconnaître une girafe.

En somme, dans l’Adr’ar des Ifor’ass la présence des gravures

rupestres est incontestable, elles ressemblent à celles du nord,

autant qu’on peut en juger après un examen sommaire, elles sont

toutes du type récent ; ici où le grès fait défaut la matière

préférée est le granit.

=Stations du Hoggar.= — M. Chudeau a signalé de très beaux dessins

rupestres au Hoggar, au confluent des oueds Outoul et Adjennar,

entre Tamanr’asset et Tit ; une girafe paissant, en particulier,

est fort bien réussie.

Missions au Sahara, tome 1 · 第 10 / 36 段