trouvé des redjems est en même temps celle des points où les
hasards de la route m’ont imposé un séjour un peu prolongé. Le
Touat mis à part, partout où je me suis arrêté quelques jours,
une courte promenade autour du campement ou du village m’a permis
de relever des redjems en assez grand nombre. Souvent aussi j’en
ai rencontré sous mes pas, en cours de route, alors que je ne les
cherchais pas, nouvelle preuve de leur extrême fréquence. Je dirais
presque qu’ils sont partout.
D’autre part ils ne sont jamais groupés en très grand nombre,
quelques dizaines tout au plus et souvent quelques unités. Rien
de comparable aux grandes nécropoles du Tell avec leurs milliers
de tombes.
Cette distribution suggère l’idée que ce sont des sépultures
de nomades.
Très certainement aussi il y a un rapport entre les redjems et les
points d’eau actuels. Je n’en ai jamais noté dans les étendues
franchement désertiques et inhabitables. On verra qu’il en est tout
autrement pour bien des gisements néolithiques, et nous sommes donc
amenés à conclure d’ores et déjà que les redjems ne peuvent
pas remonter à une antiquité très reculée.
Il est remarquable pourtant qu’ils sont très rares non seulement
au Touat, mais encore dans l’oued Saoura ; je n’y ai vu qu’un
tout petit nombre de redjems, encore bien que j’aie fait séjour
à Beni Abbès et à Ksabi. J’en ai rencontré davantage dans la
chaîne d’Ougarta où je n’ai fait que passer. On sait pourtant
que, actuellement, toute la population est concentrée dans l’oued
Saoura et au Touat. Il semble donc que la répartition des redjems
nous reporte à une époque où la population était distribuée à
la surface du Sahara tout autrement qu’aujourd’hui.
=Terminus ad quem.= — Aussi bien n’est-il pas possible de
considérer les redjems comme des sépultures contemporaines, par
la simple raison que, à coup sûr, elles ne sont pas musulmanes.
Les tombeaux musulmans sont aisément reconnaissables ; on sait
que le cadavre est étendu, la figure tournée vers la Mecque ; à
la tête et aux pieds se dressent des stèles grossières, qui ne
peuvent guère faire défaut parce qu’elles ont une signification
religieuse ; ce sont les « témoins » de la foi (_Chehed_) ; il
est vrai que les Touaregs sont des musulmans tièdes. (Voir pl. XIII,
phot. 26.)
Dans les redjems au contraire, toutes les fois que les ossements
n’ont pas été réduits en poussière par le temps, on constate
que le squelette est replié sur lui-même, à l’ancienne mode
libyque signalée par les auteurs anciens.
Les redjems sont donc nécessairement préislamiques, ce qui ne
signifie pas nécessairement antérieurs à l’hégire, l’islamisme
ayant pénétré et surtout s’étant enraciné définitivement
au Sahara à une époque qu’on ne peut pas, j’imagine, fixer
partout avec précision. M. Benhazera, pourtant, s’appuyant sur
Ibn Khaldoun et sur les traditions indigènes, essaie d’établir
que les Touaregs ont été islamisés au XIe siècle[53].
=Terminus a quo.= — D’autre part je crois bien que les pauvres
mobiliers funéraires trouvés dans les ardjem nous permettent de
fixer un _terminus a quo_. En voici l’énumération. (Voir pl. XV,
phot. 28 et 29.)
=Aïn Sefra.= — Un redjem A situé à Teniet R’zla (Feidjet
el Betoum de M. le Dr Hamy) ne contenait qu’un ornement en os
travaillé, « un disque plat et poli, de forme ovale raccourcie, qui
mesure 35 mm. sur 30 ». (Voir phot. 29, au centre de la figure.) Pas
d’objets en métal, un certain nombre de silex peut-être taillés,
mais trop rudimentaires et trop communs pour qu’on les considère
avec certitude comme partie du mobilier funéraires.
Un redjem B situé au sud-est d’Aïn Sefra (djebel Mekter) a
livré le mobilier le plus riche que j’aie rencontré au cours
de mes fouilles, et sans doute ce n’est pas beaucoup dire. Aux
pieds du squelette « un robuste outil de fer, bien conservé,
long de près de 0 m. 18, dilaté aux deux bouts en prismes à
quatre plans et terminés en pointes, de façon à rappeler la
forme des carrelets actuels ». A cette description qui est du Dr
Hamy, j’ajouterai que le milieu de l’« outil » semble avoir
été recouvert d’une gaine en cuir (?) ou en bois (?) semblant
constituer une poignée. Au voisinage des deux pointes, qui sont de
longueur inégale, on distingue des intumescences de coloration plus
claire, bien visibles sur la photographie qui semblent être une
trace laissée par les extrémités de la gaine. J’ajoute aussi
que les archéologues n’ont pas pu identifier cet outil. (Voir
phot. 28 sur le bord droit de la figure.)
A côté se trouvaient des débris, assez cohérents au moment
de l’exhumation, de ce que j’estime avoir été un fourreau
cylindrique, apparemment celui de l’outil ; notons cependant
que M. Hamy a cru y reconnaître une douille de lance ou de
javeline. (Voir phot. 28, sur le bord gauche et en bas.)
Dans la même partie de la tombe un tout petit annelet de cuivre,
gros comme une perle, ayant apparemment servi d’ornement à
l’outil ou à son fourreau.
Dans un autre coin mal déterminé, une tige de fer terminée par
une sorte de spatule triangulaire, mais qui faisait avec la tige
un angle de 45°. Serait-ce un grattoir ? Et l’outil en forme de
carrelet serait-il un perçoir ? outil à l’usage des nomades qui
employaient beaucoup le cuir ? M. Hamy semble considérer la tige
de fer à bout en spatule comme un débris de javeline (?)
Ce qui importe après tout, c’est que ces objets, si difficiles à
identifier, déformés par la rouille, sont incontestablement en fer.
Dans un autre coin du tombeau, auprès des os de l’épaule et de
la main, qui se touchent :
Deux bagues de cuivre, une « plaque de ceinture en cuivre de forme
carrée, longue, ornée sur son pourtour d’un fin pointillé
repoussé, et fixée par deux clous en fer, dont l’un est encore
adhérent à son rivet de cuivre circulaire et aplati » : la plaque
a 2 cm. sur 5 ; son attribution à une ceinture est naturellement
hypothétique. (Voir phot. 28 sur le bord gauche et en haut.)
Dans la même région d’Aïn Sefra (dj. Mekter) M. le capitaine
Dessigny a fouillé d’autres tombeaux, une quarantaine. Dans
le plus remarquable il a trouvé, à la hauteur du cou, « 81
petites rondelles aplaties et percées au centre, mesurant 5 mm. de
diamètre ». Au milieu de ces rondelles, qui ont été découpées
dans la coque d’œufs d’autruche, « se détache une perle de
cornaline de forme sphérique, aplatie, large de 8 mm., haute de 5,
deux autres grains lenticulaires en verre irisé » ; « un autre
collier, porté par le même personnage, était fait d’une lamelle
de cuivre très étroite (1 mm.), tordue en spirale allongée ;
la partie conservée mesure environ 8 mm. 13 de longueur ». (Voir
phot. 29 au centre de la figure.)
Dans d’autres tombeaux voisins, M. le capitaine Dessigny a trouvé
deux « bracelets d’argent, ouverts, formés d’une simple tige
de 3 à 4 millimètres d’épaisseur, courbés de façon à laisser
40 à 42 millimètres d’ouverture ; un bracelet de cuivre de même
forme et de mêmes dimensions, mais plat à l’intérieur et orné
sur les bords de fines striations ; cinq bagues ouvertes, de cuivre
et d’argent, cylindriques et un peu renflées vers le milieu, ou
en forme de lame plate ou un peu convexe (une de ces bagues se ferme
à l’aide de deux petits crochets recourbés). (Voir phot. 28.)
Enfin des colliers encore, surtout de rondelles d’œuf
d’autruche. L’un se compose de 522 rondelles (dont le diamètre
varie de 6 à 11 mm.) ; il mesure plus de 0 m. 90 ; un autre « en a
475 et dépasse 0 m. 72 » ; « un troisième n’atteint plus que
0 m. 15 avec 85 disques ». Un dernier collier est composé « de
cornalines, une perle lenticulée de pâte de verre, une autre perle
en pierre verte, et deux petits disques de coquilles ; c’est un
grossier collier d’enfant ». (Voir phot. 29.)
=Beni Ounif.= — C’est à Aïn Sefra qu’ont été faites les
fouilles de beaucoup les plus nombreuses, grâce au zèle de M. le
capitaine Dessigny, comme aussi les plus fructueuses.
A Beni Ounif un redjem C ne contenait qu’un silex nettement taillé,
de la forme d’une pierre à fusil ; un autre D contenait un grand
collier de 360 rondelles d’œuf d’autruche, et des débris en
très mauvais état d’une tige en fer, courbée (?) ; un autre
E un collier d’environ 120 rondelles d’un diamètre beaucoup
plus petit que les précédentes. Est-il utile de mentionner que les
indigènes chez qui l’usage du collier est tout à fait tombé en
désuétude, prennent ces colliers pour des chapelets ? Il est tout
à fait impossible, répétons-le, vu la disposition intérieure et
extérieure des tombeaux, de leur supposer un caractère musulman.
E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XV.
[Illustration]
[Illustration : Clichés du Muséum
28 et 29. — MOBILIERS FUNÉRAIRES trouvés dans des régions
d’Aïn Sefra et de Beni-Ounif.
(Fer, cuivre, argent, coquille d’œuf d’autruche, verroterie).
[Illustration : Cliché Gautier
30. — GRAVURE RUPESTRE DE BARREBI (oasis des Beni-Goumi)
sur des grès supposés dévoniens ou infra-dinantiens.
La figure principale représenterait un bovidé (?) ou un gnou (??).]
Dans la région de Tar’it, en amont de Zaouia Fokania, auprès de
la petite palmerie d’Haouinet, j’ai fouillé deux redjems. Dans
l’un F, j’ai trouvé des débris de fer. Dans l’autre G un grain
de collier (?) en pierre percée, une très jolie pointe de flèche
en silex sans pédoncule, une quinzaine de silex de formes très
incertaines, qui pouvaient à la rigueur passer pour taillés. Ces
deux redjems sont voisins, font partie du même groupe, ont la même
structure et semblent contemporains.
A Taloak j’ai trouvé dans un redjem H qui contenait d’ailleurs
desossements remarquablement conservés, pour tout mobilier, des
débris d’une poterie semblant faite au tour et qu’on aurait pu
croire moderne.
A Ouan Tohra enfin la fouille du redjem I a donné un mobilier
funéraire intéressant ; des débris de cuir, deux perles de
cornaline, des débris de fer, trois plaques de cuivre, tout à fait
identiques de forme, et analogues de dimensions à celle du redjem
B d’Aïn Sefra[54].
Ouan Tohra est dans l’Ahnet tout près de sa limite sud, au cœur
du Sahara, à 600 kilomètres d’Aïn Sefra. Il est curieux qu’on
trouve à de pareilles distances l’un de l’autre deux tombeaux
fournissant le même mobilier.
Je n’ai mentionné que les tombeaux qui ont donné quelque chose ;
une fois sur deux au moins je n’ai trouvé que des débris
d’ossements et quelquefois rien.
En résumé, ce qui frappe, c’est la rareté relative des silex
taillés. Il est vrai que d’autres chercheurs semblent avoir
été plus heureux que moi ; M. le capitaine Normand à Ksar el
Azoudj et à Fendi, M. le capitaine Ihler à Moungar n’ont trouvé
dans les redjems, outre les pièces de collier du type habituel,
que des silex taillés, pointes de flèche sans pédoncule. Je ne
crois pas qu’on puisse considérer ces quelques pièces comme
preuve d’une haute antiquité. Presque tous les silex que j’ai
trouvés moi-même pouvaient être classés débris d’atelier,
les pointes nettes et finies sont extrêmement rares (une seule en
somme dans le redjem G d’Haouinet). Je ne sache pas qu’on ait
jamais trouvé dans les redjems une seule hache en pierre polie.
Les débris de silex sont parfois si abondants, en vrac sur le sol,
qu’on n’échappe jamais complètement au soupçon que leur
présence dans le redjem est tout à fait fortuite ; ils ont pu
y être jetés avec les matériaux de remplissage au moment des
funérailles. Si même ils ont fait partie du mobilier, il ne faut
pas se dissimuler que, au Sahara, l’usage des outils ou des armes
en silex s’est conservé certainement jusqu’à une époque toute
récente, extrêmement postérieure à l’introduction des métaux.
Ce qui me paraît concluant c’est la fréquence du fer et du
cuivre, voire même de l’argent. Nous avons certainement affaire
à des sépultures de l’âge du fer, et qu’on peut qualifier
de libyco-berbères.
=La forme.= — De ces redjems la forme extérieure et la disposition
intérieure varient, dans de certaines limites. Ce sont toujours des
tas de pierres, mais plus ou moins ordonnés, se rapprochant plus ou
moins d’une construction en pierres sèches et suivant des plans
qui varient.
Il y en a de tout à fait frustes, qui sont à la lettre des tas,
le redjem A par exemple d’Aïn Sefra. — On l’a éventré
jusqu’au sol sans y trouver trace d’une structure ordonnée, et
sans voir autre chose que des pierres en vrac. Le redjem recouvre un
espace vaguement circulaire, et la forme générale est celle d’un
cône très surbaissé à pointe camarde, la forme d’un tas. Le
redjem A d’Aïn Sefra a 12 mètres de diamètre et 3 mètres de
haut. (Voir pl. XII, phot. 23.)
Ce redjem A reposait sur du sol non remanié, on n’a pas trouvé
trace d’excavation. Les ossements et le très maigre mobilier
funéraire ont été trouvés au-dessus du sol, mélangés aux
pierres.
Strabon mentionne en effet chez les Libyens un rite funéraire qui
consistait à lapider le cadavre jusqu’à enfouissement complet.
Voilà donc quelle est la forme la plus fruste du redjem, si fruste
que pour en établir le caractère funéraire il n’y a guère
qu’une preuve évidente, c’est d’y trouver un squelette. Il
y en a une autre pourtant qui est un corollaire de celle-ci. Les
redjems funéraires ont souvent un petit cratère au sommet, le
vide causé par la tombée en pourriture et en poussière du cadavre
amène au centre de la région un effrondrement qui a nécessairement
sa répercussion en surface et au sommet[55].
D’autres redjems sont d’un type un peu plus évolué.
Un redjem C′ de Beni Ounif, à côté de C (qui est du type le
plus fruste), comporte une tombe ovale creusée dans le sol de grès
tendre, 1 mètre et 1 m. 20 de diamètre, 0 m. 50 de profondeur ;
cette tombe où le cadavre n’était plus représenté que par une
dent canine et quelques débris, était remplie de terre ; au-dessus
s’étalait le redjem, de 4 mètres de diamètre, simple tas de
pierres. Ici donc c’est sur une tombe et non pas sur le cadavre
posé à même le sol, que le redjem est élevé.
Un pas plus loin et par une évolution facile à suivre nous arrivons
au type beaucoup plus soigné du redjem B d’Aïn Sefra (djebel
Mekter). (Voir pl. XII.)
[Illustration : Fig. 1. — Principaux types de redjems.
1. Redjem A d’Aïn Sefra. — 2. Redjem C′ de Beni Ounif. —
3. Redjem B d’Aïn Sefra. — 4. Redjem E de Beni Ounif. —
5. Redjem F d’Haouinet. — 6. Redjem de l’Adr’ar’ des
Ifor’ass. — 7. Redjem de l’O. Tougçemin. — 8. Redjem
islamisé de l’O. Taoundrart.
(Figure extraite de _L’Anthropologie_, Masson et Cie, édit.)]
Au centre du redjem qui a 8 mètres de diamètre sur 2 m. 20 de
hauteur, une chambre funéraire très nette, circulaire, d’un
mètre de diamètre, est mi-creusée dans le sol, mi-bâtie et
couverte à l’aide de grandes dalles de grès. L’intérieur
est plein de sable pur, partiellement transformé en grès par les
actions chimiques qui ont accompagné la décomposition du cadavre.
Sur le toit de la chambre funéraire quelques grandes dalles en
désordre laisseraient supposer l’existence d’un second étage
funéraire mal construit et effondré (?)
La construction en pierres sèches n’affecte pas seulement la
chambre funéraire, mais on en trouve des traces dans le redjem
lui-même. A la base et sur le pourtour extérieur du cône, court un
anneau de dalles formant un escalier circulaire très grossier. Tout
le reste est un simple entassement de pierres quelconques.
Ce type de redjem est très fréquent au djebel Mekter, la plupart de
ceux qu’a fouillés le capitaine Dessigny étaient de ce type. Les
redjems de la daia de Tilr’emt étudiés par le colonel Pothier
(_Revue d’Ethnographie_, 1886) sont aussi de ce type, qui paraît
septentrional. Il est extrêmement intéressant, parce qu’il
rentre dans une catégorie classée. Plus perfectionné, ce type
donne évidemment le grand tombeau d’Henchir el Assel, dont une
restitution est au Musée du Trocadéro[56]. Monumentalisé encore
il donnera le Medracen et le Tombeau de la Chrétienne. On suit
donc d’étape en étape, de perfectionnement en perfectionnement
tous les degrés entre le simple tas de pierres et les monuments
funéraires les plus célèbres de l’art berbère.
Le redjem E de Beni Ounif est d’un type aberrant. C’est une
fosse remplie de sable, de la forme habituelle, c’est-à-dire
circulaire, et entourée d’un petit mur de pierres fichées dans
le sol et émergeant à peine. (Voir pl. XIII, phot. 25.) Ce type
est très rare, je ne l’ai vu que là ; pourtant quelque chose de
cette disposition se retrouve dans un tombeau copié par M. Chudeau
au Hoggar (fig. 6, B) ; je considère ce type comme une ébauche du
suivant qui est extrêmement fréquent.
Un tas de pierres, qui rappelle tout à fait par sa forme les redjems
habituels, mais au centre duquel se trouve en guise de chambre
funéraire un évidement cylindrique allant du sommet du redjem
au sol, une sorte de tour aux parois grossièrement maçonnées
en pierres sèches. Elle est remplie de sable, et elle contient
souvent plusieurs cadavres superposés. Peut-être restait-elle
précisément ouverte au sommet pour qu’on pût procéder à des
funérailles successives.
Les redjems d’Haouinet sont de ce type et d’ailleurs la presque
totalité des redjems de la Zousfana. C’est encore lui qui
prédomine dans l’Ahnet à Taloak, à Ouan Tohra.
Dans l’Adr’ar des Ifor’ass il a évolué vers une plus grande
perfection. C’est une véritable tour intérieurement aussi bien
qu’extérieurement, assez soigneusement construite en pierres
sèches ; une tour aux murailles épaisses, haute de 1 mètre à 1
m. 20.
A l’oued Tougçemin, un tombeau de ce type a une forme aberrante
et compliquée. La tour est subquadrangulaire et on voit des restes
d’une enceinte extérieure en pierres fichées debout dans le sol.
Evidemment ces tours régulières en pierres sèches ne méritent
plus guère le nom de redjem, ce ne sont plus des tas. Il n’est
pas douteux pourtant qu’elles n’en soient issues par des
perfectionnements successifs.
Ce type turriforme renferme les mêmes mobiliers funéraires que
l’autre, auprès de squelettes disposés de même.
On a dit combien le premier type est classiquement berbère,
puisqu’il aboutit au Tombeau de la Chrétienne. Le second ne l’est
pas moins. Les tours funéraires sont bien connues en Algérie. On
en trouvera une reproduction dans _Recherches des Antiquités dans
le nord de l’Afrique_ (Instructions adressées aux correspondants
du ministère de l’Instruction publique). C’est la sépulture
turriforme que les archéologues appellent _chouchet_, et c’est
l’autre qu’ils appellent _bazina_. Aussi bien semble-t-il
évident, à jeter un coup d’œil sur la planche, que ces deux
types, si divergents qu’ils soient lorsqu’on les examine à
leur dernier degré d’évolution (B d’Aïn Sefra et Tougçemin),
sont issus l’un et l’autre du redjem grossier primitif (A). Il
est clair en effet que B d’Aïn Sefra est très proche de F
d’Haouinet.
=Redjems du Hoggar.= — Les redjems du Hoggar méritent une
petite monographie, ils sont particulièrement évolués et
monumentaux. M. Chudeau en a figuré quelques exemplaires choisis,
qui se trouvent entre Tamanr’asset et Abalessa.
Il a consacré particulièrement son attention à un groupe voisin
de Tit, l’ar’rem bien connu sur l’oued du même nom.
La vallée de l’O. Tit est limitée au nord par un plateau
basaltique qui domine la vallée d’une vingtaine de mètres ; au sud
du village se dresse une aiguille granitique, le Tinisi. Les tombes
les plus remarquables se trouvent sur le plateau basaltique. Celle
qui est figurée en D (fig. 3) est presque exactement au nord du
Tinisi ; B est un peu à l’est de la précédente, et C à un
demi-kilomètre plus loin sur un promontoire du plateau.
_Groupe C._ — La tombe la plus à l’est (C, fig. 2 et 3) est
entourée d’une série importante de constructions auxiliaires :
vers l’ouest (fig. 2) un petit cercle formé de grosses pierres
posées sur le sol (_c_) ; au nord-ouest (_d_) une série de fers
à cheval dessinés par des pierres posées sur le sol (mais non
enfoncées) et dont le relief atteint un décimètre.
Vers l’est un groupe de redjems (_e_) du type figuré en A (fig. 3)
et qui ne diffèrent les uns des autres que par leurs dimensions ;
les plus hautes ne dépassent guère un mètre. Les deux rangées
internes de ce groupe sont peut-être disposées sur des cercles
concentriques à la tombe. Au nord se trouve un redjem isolé (_e_).
La tombe C (fig. 3) est constituée par un mur haut de 1 m. qui
dessine un cercle de 7 m. de diamètre environ. Ce mur est
soigneusement construit en pierres sèches, l’espace intérieur est
rempli de cailloux de petite taille formant au niveau du sommet du mur
une surface assez bien dressée. Au milieu est creusée une cavité
circulaire de 0 m. 80 de diamètre intérieur, limitée par un mur
soigneusement établi, mur qui s’élève notablement au-dessus du
reste du monument. Ce mur est renforcé vers l’extérieur par un
amoncellement de grosses pierres. A l’intérieur de cette cavité,
à l’extrémité occidentale du diamètre est-ouest, est fichée
dans le sol une longue pierre haute de 1 m. 10. Les tombes musulmanes
présentent souvent deux pierres analogues « les cheheds », mais
toujours situées aux extrémités du diamètre nord-sud. Enfin,
adossée à l’ouest du mur extérieur, se trouve une sorte de niche
demi-circulaire recouverte de quelques grandes dalles ; cette niche
est vide.
[Illustration : Fig. 2.
A, profil de la vallée de l’O. Tit ; _a_, place occupée par
les tombeaux B et C de la figure 2 et B C D de la figure 3 ; _b_,
place occupée par les tombeaux A et B, fig. 6, au pied de la gara
Tinisi. — B, groupe de deux tumulus _c_ et _b_ (ce dernier figuré
en B, fig. 3) accompagnés d’une pierre debout (_a_) et de redjems
(_d_) du type figuré en A, fig. 3. — C, Tombeau C de la figure 3
accompagné de nombreux redjems (_e_) vers l’est, et d’un redjem
isolé (_e_) au nord ; _c_, cercle de pierres ; _d_, groupe de fers
à cheval formés de pierres posées sur le sol.]
_Groupe B._ — Un autre groupe est constitué par deux tombes (B,
fig. 2), voisines l’une de l’autre, et accompagnées à l’est
d’une rangée de redjem (_d_). A côté est dressée une pierre
debout (_a_) ; comme celle de la tombe C, cette pierre n’a qu’une
quinzaine de centimètres de diamètre. L’une des tombes (_c_)
est ornée d’une niche adossée à sa face ouest, et identique à
celle qui vient d’être décrite.
La seconde tombe (_b_) est figurée seule en B (fig. 3) ; elle
est constituée par un mur circulaire, haut de 0 m. 80, entourant
un espace de 4 mètres de diamètre environ, espace rempli de
cailloutis jusqu’en haut du mur. Ce mur bâti en pierres sèches
(basalte) soigneusement appareillées, est entouré d’une rangée
d’écailles granitiques verticales accolées au mur.
_Tombe D._ — Le chouchet D, D′ (fig. 3) est remarquable surtout
par l’épaisseur de sa muraille et son caractère asymétrique ;
le puits bien circulaire a 1 m. 50 de diamètre ; à l’ouest la
muraille a 1 m. 20 d’épaisseur, à l’est 1 m. 80. La hauteur
est partout 1 m. 80. A 2 mètres vers l’est, et orientées N.-S.,
sont dressées 4 écailles granitiques, dont la hauteur varie de 0
m. 50 à 0 m. 80. Ces écailles sont reliées par deux rangées de
pierres au chouchet. A part les écailles, qui sont granitiques,
tout le reste est de basalte ; il y a lieu de remarquer que les
pierres qui constituent la base du chouchet sont de beaucoup les
plus épaisses. La muraille n’est pas aussi intacte qu’on l’a
figurée, il y a quelques pierres éboulées.
[Illustration : Fig. 3.
A, redjem ou pyramide de pierres accompagnant certains tombeaux. —
B, tombeau (B, fig. 2). C, tombeau (C, fig. 2) : _a_, pierre debout
1 m. 10 ; _b_, niche adossée à l’ouest du tombeau. — DD′
tombeau.
Ces tombeaux B C D sont situés près du village de Tit, sur le bord
du plateau basaltique qui limite au nord la vallée de l’Oued (A,
fig. 2).]
_O. Outoul._ — Au confluent de l’oued Outoul et de l’oued
Adjennar, sur la route de Tamanr’asset à Tit M. Chudeau a dessiné
un très beau tombeau analogue à C (fig. 3) et qui est reproduit en A
(fig. 4).