SCOLYME

(_Scolymus hispanicus_ L.)

Le Scolyme est une plante bisannuelle, de la famille des Composées, à

feuilles très épineuses, ayant le port et l’aspect d’un Chardon.

Analogue au Salsifis et à la Scorsonère, il serait, selon quelques

dégustateurs, supérieur en qualité à ces derniers légumes.

Le Scolyme croît à l’état sauvage dans tout le midi de l’Europe: Iles

Canaries, Madère, Italie, Grèce, Espagne, Provence, Languedoc,

Mauritanie. Jusqu’à présent il n’a été que peu ou pas cultivé, mais de

tout temps les paysans de la région de l’Olivier ont récolté la racine

pivotante, blanche et assez charnue du Scolyme sauvage pour la manger en

guise de Salsifis ou de Scorsonère.

Chez les anciens Grecs, il est déjà question d’un _Scolumos_, Chicoracée

ou Carduacée dont on mangeait la racine cuite. Le _Scolumos_ de

Théophraste a été identifié au _Scolymus hispanicus_ de Linné par

Clusius, Lobel, Tabernæmontanus, Camerarius, mais Dalechamps ne sait pas

si ce nom doit s’appliquer au Scolyme, au Cardon ou même au Panicaut ou

Chardon-Roland (_Eryngium campestre_ L.) dont les tiges et les racines

étaient alimentaires chez les Grecs, d’après Pline qui l’appelle _Centum

capita_.

Le _Scolumos_ de Dioscoride serait le _Cactos_ de Théophraste,

c’est-à-dire le Cardon. L’Artichaut, qui est une variété de Cardon,

rappelle par son nom linnéen, _Cynara Scolymus_, cette confusion de noms

entre deux Composées également épineuses et dont on mangeait la racine

chez les Anciens.

Le Scolyme a été décrit et figuré par les botanistes de la Renaissance

sous les noms suivants:

_Scolimus Theophrasti_, Clusius.

_Eryngium luteum monspelliense_, Clusius.

_Carduus Chrysanthemus_, Dodoens.

_Eryngium Vegetii_, Camerarius.

Ch. de l’Escluse signale l’usage de la racine de Scolyme à Salamanque et

en Castille. La plante est très commune en Espagne. Le naturaliste Belon

en parle dans ses _Singularitez_, l’ayant observé dans les Iles de

l’Archipel. Les Grecs modernes l’appellent _Scolumbros_.

Aucun auteur ancien de jardinage ne mentionne le Scolyme. L’initiative

de sa culture jardinière revient à M. Robert, directeur du Jardin

botanique de la Marine, à Toulon. Lors de ses herborisations autour de

cette ville, il rencontrait souvent le _Scolymus hispanicus_ à l’état

sauvage.

Connaissant par expérience les bienfaits de la culture, vers 1835 il eut

l’idée d’améliorer le Scolyme pour en faire un succédané du Salsifis et

de la Scorsonère. Ses essais ayant réussi, il montra, par une notice

publiée dans les Mémoires de la Société des Sciences, Belles-Lettres et

Arts du département du Var, que le Scolyme sélectionné offrait des

racines grosses, blanches, charnues, agréables au goût, dignes de

figurer à côté de la Scorsonère. En 1838, M. Robert envoya des graines à

Paris et la Société royale d’Horticulture lui décerna une médaille

d’argent pour introduction d’un nouveau légume[332].

[332] _Ann. Soc. roy. d’Hortic._, t. XXV (1839), p. 153.

Jacques, de Neuilly, Bossin, Battereau, d’Anet, et quelques autres,

expérimentèrent le Scolyme et l’on vit paraître le nouveau légume aux

séances de la Société royale d’Horticulture. M. Vilmorin commença la

culture du Scolyme en 1836. A partir de l’année 1840, il le classe parmi

les plantes potagères dans les éditions successives du _Bon jardinier_,

attestant que le Scolyme constitue une acquisition de valeur pour les

jardins. La presse horticole l’a également recommandé à différentes

reprises.

Le Scolyme paraît avoir été l’objet d’une certaine culture locale dans

le Lyonnais et le Vivarais, à une date assez ancienne, si nous en

croyons une note de M. G. Bravy publiée en 1866: «Le Scolyme d’Espagne

est depuis longtemps reconnu comme un bon légume et cultivé

dans plusieurs départements. En 1830, sur le conseil de M.

Jacquemet-Bonnefont, habile horticulteur d’Annonay, j’avais essayé dans

le Puy-de-Dôme la culture de cette plante, et je fus tellement satisfait

du résultat que non seulement je l’ai continuée depuis, mais que je

m’empressai de la conseiller à mon tour à mes voisins. La supériorité de

sa racine sur celle du Salsifis et de la Scorsonère comme finesse de

chair et délicatesse de goût, la fit admettre dans beaucoup de jardins.

Le même M. Jacquemet, que je crois être le premier promoteur de cette

culture, répandit le Scolyme dans le Rhône, l’Ardèche et les

départements voisins. En 1845 et 1846, je l’ai trouvé abondamment

cultivé dans les potagers de Lyon, de Vienne, etc.»[333].

[333] _Bull. Soc. d’Hortic. et de Bot. de l’Hérault_, 1866, p. 210.

Cependant, malgré quelques cultures locales et malgré les tentatives de

M. Vilmorin pour faire accepter ce légume, il était si peu vulgarisé à

la fin du XIXe siècle que MM. Paillieux et Bois ont cru devoir

l’expérimenter à Crosnes parmi leurs plantes potagères nouvelles ou peu

connues. D’après les auteurs du _Potager d’un Curieux_ «la saveur des

racines du Scolyme est infiniment plus agréable que celle des

Scorsonères et des Salsifis[334]».

[334] _Potager d’un Curieux_, 3e éd., p. 555.

Aujourd’hui la plante est sensiblement améliorée. On obtient des pivots

beaucoup plus charnus et d’une forme plus régulière que ceux du Scolyme

sauvage.

Il existe bien un inconvénient: la présence d’une «corde» qui a été

probablement un obstacle au succès de ce légume, car sa racine partage

avec celle du Chervis le défaut de posséder un axe central fibreux

immangeable que l’on doit enlever avant ou après la cuisson.

Dans le Midi on mange beaucoup de Scolymes, mais la plante n’y est que

peu ou pas cultivée. A Montpellier, on vend sous le nom de _Cardousse_

ou _Cardouille_ (diminutif de Chardon) les racines de Scolyme

débarrassées de leur mèche ligneuse, c’est-à-dire réduites à la partie

corticale. Il se fait aussi une grande consommation de Scolymes en

Espagne. La plante se vend sur les marchés pendant cinq mois de l’année.

En France, on devrait cultiver davantage le Scolyme; cette racine

alimentaire mérite de devenir autre chose qu’un légume de fantaisie.

Histoire des légumes · 第 59 / 93 题