(_Oxalis crenata_ Jacq.--_O. Deppei_ Sweet)
Quoique possédant presque la saveur acidulée de l’Oseille, les feuilles
des _Oxalis_ ne peuvent être que des succédanés insignifiants et
inutiles de cette plante potagère.
Nous possédons une espèce indigène qui croît dans les bois frais,
l’_Oxalis acetosella_, en français: _Alleluia_, _Surelle_, _Pain de
coucou_, aujourd’hui inusitée, mais qui a été cultivée autrefois pour
manger en salade.
Dans les jardins modernes, les curieux cultivent deux espèces
américaines: l’Oxalide crénelée, principalement pour ses racines, et
l’Oxalide de Deppe pour ses jolies fleurs ornementales. Toutes deux sont
des plantes vivaces à racines tubéreuses arrondies ou napiformes, plus
ou moins alimentaires.
L’Oxalide crénelée est indigène dans les montagnes du Pérou et du Chili.
Il semble que de temps immémorial, sous le nom d’_Oca_, les tubercules
de l’Oxalide crénelée ont été l’objet d’une grande consommation dans les
régions froides de l’Amérique du Sud et du Mexique.
Vers 1829, la plante fut importée en Angleterre et en Allemagne. En
1833, les publications horticoles françaises commencent à la préconiser
comme une nouveauté précieuse par ses racines alimentaires[135]. D’après
le _Bon jardinier_ de 1840, quelques amateurs cultivaient déjà en grand
l’Oxalide crénelée dans le Finistère.
[135] _Revue hortic._ 1833-1838.--_Ann. Soc. roy. d’Hort._, t. XVI,
XIX, XXII, XXIII.--_Bon Jardinier_, 1838.
Jacquin aîné, grainier, quai de la Mégisserie, Jacques, jardinier du
roi, à Neuilly, Utérart, pépiniériste à Farcy-les-Lys (S.-et-M.),
furent, par leurs articles élogieux, de zélés propagateurs du nouveau
légume. La maladie des Pommes de terre, qui, depuis 1845, détruisit en
partie les récoltes, pendant plusieurs années, attira aussi l’attention
sur l’Oca. On espérait, bien à tort, grâce à la grande fécondité de la
plante, trouver un excellent succédané de la Pomme de terre. Dans leur
pays d’origine, les tubercules subissent une dessication spéciale pour
enlever l’acidité qui les rend, surtout sous nos climats, peu avantageux
à déguster. Une intéressante note de Weddell donne de curieux
renseignements sur les différents modes de préparation que nécessitent
les tubercules pour devenir comestibles[136].
[136] _Rev. hort._ 1852, p. 148.
En 1850, le Muséum reçut de M. Boursier, consul de France à Quito, un
Oca rouge à peau carminé vif, considéré au Pérou comme de qualité
supérieure.
Depuis 1835 jusqu’en 1850, on s’est beaucoup occupé de l’Oxalide
crénelée, puis le silence s’est fait sur cette plante. Cependant, en
dernier lieu, MM. Paillieux et Bois ont consacré aux Ocas un intéressant
chapitre de leur _Potager d’un Curieux_, résumant et leurs propres
expériences et les observations des premiers propagateurs de l’Oxalide
crénelée. Ils nous apprennent qu’on voit chaque année quelques
tubercules d’Oca dans les étalages des marchands de produits exotiques
et de quelques grands épiciers. C’est la variété rouge qui est ainsi
offerte comme un excellent légume de fantaisie, dont la consommation ne
s’étendra jamais beaucoup.
L’Oxalide de Deppe vient du Mexique. M. Barclay l’apporta en Angleterre
en 1827 et, six ans plus tard, vers la fin de 1833, Jacquin aîné
l’introduisit en France et la vit fleurir, pour la première fois en
1836[137]. En même temps que Morren, Directeur du Jardin de l’Université
de Liège, vantait l’Oxalide de Deppe, trouvant les tubercules d’un goût
plus délicat que celui de l’Asperge ou de la jeune Carotte[138], Poiteau
qui expérimentait la plante, la déclarait immangeable[139]. Un rapport
du Dr Mérat dit aussi: «Au total c’est un légume nouveau, mais qui ne
paraît pas devoir faire fortune». La vérité est que les tubercules
napiformes de cet _Oxalis_ sont très tendres, aqueux et très fades.
L’Oxalide de Deppe est plutôt considérée aujourd’hui comme une jolie
plante d’ornement.
[137] _Potager d’un Curieux_, 3e éd., p. 459.
[138] _Revue horticole_, 1845, p. 277.
[139] _Ann. Soc. roy. d’Hortic._, 1846, p. 298.