CARDON et ARTICHAUT

(_Cynara Cardunculus_ L.--_C. Scolymus_ L.)

Entre ces deux Chardons élevés au rang de plantes potagères de premier

ordre, il n’y a pas la moindre différence sous le rapport des caractères

botaniques. Ce sont deux variétés formées par la culture et issues du

Cardon sauvage (_Cynara Cardunculus_ L.), Cynarocéphale très épineuse,

indigène dans le Midi de la France, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, le

Nord de l’Afrique, les îles de la Méditerranée. Ces plantes ne forment

donc qu’une seule espèce bien que Linné ait cru devoir les classer comme

espèces distinctes parce que le Cardon a les feuilles épineuses et son

cousin germain l’Artichaut les feuilles peu ou pas épineuses. Or, ce

caractère de mince importance, est même inconstant. Depuis Linné,

l’Horticulture s’est enrichie de variétés de Cardons sans épines, dits

_inermes_.

A la suite d’une longue culture, les deux plantes ont subi de grandes

modifications dans leurs parties utiles. Chez le Cardon, la variation

s’est portée sur les côtes ou nervures médianes des feuilles qui se sont

épaissies et fournissent un mets des plus recherchés après avoir été

«blanchies», c’est-à-dire étiolées. Les feuilles ont aussi perdu tout ou

partie de leurs épines, selon les variétés. La différenciation de

l’Artichaut s’est faite sur le capitule floral (tête) en épaississant le

réceptacle (fond) et la base des bractées ou écailles de l’involucre

(feuilles). Dans la plupart des variétés, la plante n’est plus du tout

spinescente.

Le Cardon sauvage, fréquent dans le Midi sur les coteaux secs,

sablonneux ou calcaires, est assurément le type de l’espèce. Ce ne peut

être l’Artichaut, ce dernier n’ayant jamais été trouvé hors des jardins.

Selon la remarque de A. de Candolle, comme la région de la Méditerranée,

patrie de tous les _Cynara_, a été explorée à fond par les botanistes,

on peut affirmer qu’il n’existe nulle part à l’état spontané.

L’Artichaut est donc une forme obtenue par la culture. Il retourne

d’ailleurs facilement au type commun de Cardon sauvage. On voit ce

phénomène se produire, tantôt par atavisme chez certains sujets issus de

graines, tantôt par dégénérescence chez des plantes qui végètent dans de

mauvaises conditions de culture. Nous avons vu, nous-même, dans un

jardin du Limousin, un malheureux pied d’Artichaut cultivé dans un

terrain stérile. Il était retourné à l’état de Chardon épineux. Depuis

de longues années, il épanouissait ses jolis capitules bleu d’azur, à la

satisfaction du propriétaire du lieu, lequel ne se doutait pas que son

«bouquet», pour employer son expression, était comestible.

De ces deux plantes produites par l’industrie des jardiniers, la forme

Cardon est la plus ancienne. Ceci est démontré par les variations

nombreuses des races de Cardons cultivés qui diffèrent beaucoup au point

de vue de la division des feuilles, du nombre des épines et de la

taille, diversités qui indiquent une culture ancienne. Nous avons aussi

des indices historiques.

Il est certain que l’Antiquité a connu le Cardon cultivé et sauvage sous

les noms de _Cactos_, _Scolymus_, _Cynara_, _Carduus_. Au contraire des

Modernes qui mangent seulement la partie charnue des feuilles de cette

plante, les Anciens, tout en appréciant les Cardes blanchies par

enfouissement, consommaient aussi les têtes que nous trouvons dures et

trop petites. On mangeait alors toutes les Carduacées indigènes,

comestibles pour des populations pauvres et peu difficiles, ce que font

encore les Arabes de l’Algérie.

Théophraste (300 ans avant Jésus-Christ) mentionne le Cardon dans son

Traité des plantes, sous le nom de _Cactos_, plante épineuse qui vient,

dit-il, de Sicile, et dont on mange les pétioles écorcés et le fruit

appelé Ascalia. Le Cardon sauvage croît aujourd’hui en Grèce, mais

peut-être à la suite d’une naturalisation postérieure à Théophraste.

Après ce naturaliste, d’autres auteurs grecs parlent du Cardon comme

d’une plante comestible. Athénée dit que le _Cactos_ est analogue à ce

que les Romains nomment _Carduus_ et les Grecs _Cynara_. Sophocle écrit

_Kynara_ et _Kynaros_. Le _Scolymos_ paraît être le Cardon sauvage,

cependant E. Fournier donne le _Scolumos_ de Dioscoride comme une autre

Composée alimentaire le Scolyme, nommé aussi Cardousse ou Cardouille

(_Scolymus hispanicus_).

Tous ces noms ont été conservés dans la nomenclature botanique par les

botanistes de la Renaissance et appliqués à peu près justement sauf pour

le _Cactos_. Croyant reconnaître la plante épineuse de Théophraste dans

un végétal américain, ils ont donné par erreur le nom de _Cactus_ à un

genre de plante parfaitement inconnu aux anciens Grecs.

Que devient le Cardon--_Cinara_ de Columelle et _Carduus_ de Pline--dans

les mains des horticulteurs romains? Certes il a fait de grands progrès.

Les gourmets, qui ne manquaient pas, commencent à s’en délecter. Le

voilà cité par Pline le naturaliste comme un légume de luxe réservé aux

riches. Carthage la Grande et Cordoue en Andalousie se livrent à la

culture du Cardon pour l’approvisionnement de Rome; culture si

lucrative, selon Pline, qu’on voyait des planches de ce légume rapporter

6000 sesterces par an (un sesterce, 15 à 20 centimes de notre monnaie).

Loin de se réjouir de ce mouvement commercial, le philosophe stoïcien

qu’est Pline, ennemi du luxe et du bien-être, déclare ne rapporter ce

fait qu’avec honte pour montrer la dépravation de ses concitoyens qui

poussent la sensualité jusqu’à manger des Chardons perfectionnés[23].

[23] _Hist. nat._, l. XIX, 43.

Avant lui, Varron avait déjà écrit une satire contre la recherche et les

délices des mets servis dans les repas. Parmi les productions

recherchées par les gastronomes, et que Varron voue au mépris, figurent,

avec de nombreux oiseaux et poissons, les Noix de Thasos, les Dattes de

l’Egypte et même les Glands doux de l’Espagne[24].

[24] Aulu-Gelle, _Nuits attiques_, VII, 16.

A coup sûr, ce rigoriste aurait proscrit les Cardons et les Artichauts

s’il les avait connus!

La culture perfectionnée de ce légume semble donc avoir commencé à

Cordoue et en Afrique vers le IIe siècle de notre ère. Une variété

ancienne s’appelle encore aujourd’hui Cardon _d’Espagne_. La culture du

Cardon s’est maintenue en Italie durant le moyen âge. Pierre de

Crescenzi, agronome qui vivait à Bologne au XIIIe siècle, en parle dans

son Traité d’Agriculture.

De tout ceci il appert que les Anciens ont connu seulement le Cardon et

non l’Artichaut. Comment ce dernier légume fut-il produit et à quelle

époque? L’Artichaut résulte probablement d’une modification survenue à

certains sujets dans les cultures de Cardons et cette amélioration

serait due aux talents des jardiniers italiens du XVe siècle. Ici nous

avons des dates d’introduction.

Selon Targioni-Tozetti, un nommé Filippo Strozzi aurait apporté, de

Naples à Florence, quelques pieds d’Artichauts en l’année 1466[25]. Vers

la même époque, l’auteur du curieux roman italien _Le songe de

Poliphile_ cite l’Artichaut «cher à Vénus». D’autre part, Ermolao

Barbaro, patriarche de Venise, qui mourut en 1495, raconte dans un de

ses ouvrages avoir vu un pied unique d’Artichaut cultivé comme une

nouveauté dans un jardin particulier à Venise.

[25] _Cenni storici_, 2e éd. p. 43.

[Illustration: ARTICHAUT (XVIe siècle) d’après l’_Histoire des Plantes_

de Dalechamps.]

Cinquante ans plus tard, en 1557, Matthiole dit que l’Artichaut est

abondant en Toscane, qu’il vient de Naples et est originaire de Sicile.

Peut-être les Arabes, longtemps maîtres de la Sicile, ont-ils apporté

d’Espagne quelques variétés de Cardons spécialement cultivés pour la

délicatesse de leurs capitules à fonds plus ou moins charnus. C’est

possible. Déjà Ibn-el-Awam, écrivain de l’Espagne musulmane au moyen

âge, indique dans son Traité d’Agriculture la culture du _Kinaria_

auquel il faut donner beaucoup d’eau pour obtenir de gros fruits, phrase

qui convient bien à notre Artichaut.

En France, l’Artichaut était en grande vogue dès la première moitié du

XVIe siècle. Il a été introduit en Angleterre vers 1548, sous Henri VIII

qui les aimait beaucoup[26].

[26] Phillips, _History of cultivated vegetables_, II, p. 23.

Alors, de tous côtés, divers auteurs parlent de ce nouveau légume et le

nomment avec de nombreuses variantes orthographiques. Les plus anciens

botanistes tels que Ruel, Lonicer, l’appellent _Articol_, du mot

néo-latin _Articacton_ ou plutôt _Articalctum_. Rabelais, dans son

Pantagruel (livre IV, chap. 59), fait figurer les «Artichaulx» parmi les

mets recherchés par les Gastrolâtres. Le médecin anversois Nonnius

prononçait _Artachoche_. Voici l’orthographe adoptée par le poète

Ronsard dans une ode _à son valet_[27].

«Achète des abricôs,

Des pompons, des artichôs,

Des fraises et de la crême,

C’est en esté ce que j’ayme.»

[27] _Odes_, I. 11, 18.

L’orthographe avec le T final ne paraît définitivement fixée que vers le

XVIIIe siècle.

Pendant longtemps l’Artichaut fut un légume rare et cher. Il ne va pas

sur la table des pauvres, dit Bruyerin-Champier (XVIe siècle). On ne le

trouvait que dans les jardins de bonnes maisons. D’après Dalechamps: «il

ne se fait pas de banquets somptueux où l’on ne serve de cette «viande»

pourvu que c’en soit la saison». Mais, gros scandale! Comme autrefois,

ceux qui mangeaient des Artichauts et des Asperges devaient subir les

invectives des gens qui ont toujours voulu, sans beaucoup de succès,

réformer les mœurs... des autres. Nous pouvons donner un échantillon de

la prose d’un de ces esprits chagrins, le sieur Daigue, auteur en 1530,

du rare opuscule _Singulier traicté contenant les propriétés_, etc.:

«Nous, comme brutes, dévorons eschardons, viande (nourriture) naturelle

des asnes. O nous, par trop voluptueux, nous par trop sujets à

gulositez! O prodigues de ventre, ce seroit merveille n’estre permys aux

asnes manger Artichaultz.»

On retrouve les mêmes récriminations dans les ouvrages du médecin

Mizault et dans le _De re Cibaria_ de Bruyerin-Champier.

Ces préjugés contre les légumes de luxe ont été fort tenaces dans

certains milieux. Le _Roman bourgeois_, de Furetières, écrit en 1666,

dépeint très bien les mœurs et l’étroitesse d’esprit de la bourgeoisie

au XVIIe siècle.

C’est une grand’mère qui parle: «Quand nous estions fille, dit-elle, il

nous falloit vivre avec tant de retenue, que la plus hardie n’auroit pas

osé lever les yeux sur un garçon. Si quelqu’une de nous eust mangé des

asperges ou des artichaux, on l’auroit monstrée au doigt, mais

aujourd’hui les jeunes filles sont plus effrontées que des pages de

cour[28].»

[28] Tome I, éd. Jeannet, p. 181.

Malgré tout, le grand monde mangeait beaucoup d’Artichauts, et d’autant

plus que la médecine du temps attribuait à ce légume des propriétés

«réchauffantes», selon l’expression de Brantôme, qui devait s’y

connaître[29]. L’Artichaut était considéré comme un succédané des

Truffes, Morilles et autres mets stimulants. A ce propos, La

Framboisière, médecin de Louis XIII, est très explicite dans son vieux

français qui, comme le latin, brave dans les mots l’honnêteté![30]

[29] _Œuvres_, t. IX, p. 221.

[30] _Œuvres_, 1613. p. 95.

La reine Catherine de Médicis, de voluptueuse mémoire, adorait les fonds

d’Artichauts. Le chroniqueur L’Estoile, dans son _Journal_, à la date du

19 juin 1575, raconte que la Reine-mère se trouvant au repas de noces de

Mlle d’Artigues, mangea tant de fonds d’Artichauts qu’elle «cuida

crever», dit-il peu respectueusement. Connaissant son faible on a dû lui

servir souvent son mets favori. Deux menus de grands festins que la

reine Catherine a honorés de sa présence nous en donnent la preuve. En

juin 1549, les échevins de la Ville de Paris lui offrirent un splendide

repas dans le Parloir-aux-Bourgeois; on y consomma douze douzaines

d’Artichauts, à 6 livres la douzaine[31]. Le 28 août 1563, la reine

visitait Falaise, on lui servit un grand dîner maigre et le compte de

dépenses marque pour légumes et fruits: Artichauts 6 sols, Pois chiches

4 sols, Oranges 5 sols[32].

[31] Cimber et Danjou, _Archives curieuses_, t. III, p. 418.

[32] Ferrière-Percy (de la), _Journal de la Comtesse de Sanzay_, p.

125.

L’origine des variétés de Cardons et d’Artichauts est obscure et

incertaine. Il en est de même d’ailleurs pour toutes les anciennes

variétés de plantes horticoles et l’usage de les distinguer par des noms

particuliers est assez moderne.

La variété dite Cardon _de Tours_ est très ancienne. Quoique épineuse,

elle était déjà préférée, au XVIIe siècle, au Cardon _d’Espagne_.

Le Cardon _inerme_ ou sans épines a fait son apparition vers 1800. Le

_Bon Jardinier_ de 1801 le cite pour la première fois comme une

nouveauté due à un jardinier français.

Le Cardon _plein sans épines, à côtes rougeâtres_ a été mis au commerce

vers 1819 par Vilmorin qui l’avait reçu de M. de Lacour-Gouffé,

directeur du Jardin botanique de Marseille. Le Cardon _Puvis_, introduit

dans les cultures parisiennes en 1841, fut communiqué à M. de Vilmorin

par le savant agronome qui lui a donné son nom.

Bauhin, au commencement du XVIIe siècle, se contentait de distinguer les

races d’Artichauts par la forme conique ou globuleuse des têtes ou par

le coloris vert ou violet des écailles. Il y avait déjà des races

précoces. Le _Jardinier françois_ (1651) ne connaît que deux sortes: le

vert et le violet. La Quintinie cultivait, en plus, le rouge.

L’_Ecole du Potager_, par de Combles (1749), qui est le plus ancien

ouvrage spécial sur la culture potagère, admet cinq variétés: le blanc,

le vert, le violet, le rouge et le _Sucré de Gênes_. Le vert, dit-il, a

les têtes très grosses et est le plus répandu sur les marchés. Cette

variété était sans doute analogue à l’Artichaut _gros vert de Laon_,

l’Artichaut français par excellence dont le nom paraît vers la fin du

XVIIIe siècle[33]. Gerarde, auteur anglais (1596), connaissait deux

variétés, une d’origine française, à capitule conique et la variété

_Globe_, la plus populaire en Angleterre. Miller, en 1732, ne cite

encore que ces mêmes variétés: L’Artichaut _de France_, à tête conique,

à écailles étroites, vertes et tournées en dehors et l’Artichaut _rond_,

à écailles larges, tournées en dedans et dont la partie charnue est très

épaisse. On la préfère beaucoup à l’autre, dit-il.

[33] _Soupers de la Cour_ (1778), t. II, p. 210.

L’Artichaut _gros camus de Bretagne_ a été introduit dans les environs

de Paris vers 1810 par M. Féburier, agronome de Versailles, et propagé

par les maisons Tollard et Vilmorin.

La culture ancienne du Cardon différait beaucoup de celle pratiquée de

nos jours. Olivier de Serres, au XVIe siècle, ne connaissait d’autre

méthode que celle des Anciens: «La plante qu’on veut blanchir est

premièrement deschargée du superflu de son ramage (feuillage), coupant

ses summitez à la serpe et du reste faict un botteau, lié estroitement

avec des oziers en trois endroits.

«Après creusera-on une fossette, longue, estroite, profonde d’environ un

pied et demi, au devant de la plante d’icelle, où sans aucunes en

arracher, le botteau sera couché et couvert des rognures du ramage;

finalement la terre est remise sur le botteau et la pressant avec les

pieds, par ce moyen se blanchira en trois semaines ou un mois.»

La méthode moderne est plus commode, on obtient le même résultat avec

l’empaillage des pieds sur place. Ch. Estienne a reproduit, dans sa

_Maison rustique_, tous les préjugés ridicules sur la culture des

plantes et les erreurs des agronomes latins Columelle et Palladius: «Si

l’on veut, dit-il, que l’Artichaut (ou Cardon) vienne sans épines, il

faut frotter contre une pierre et rompre l’extrémité de la graine qui

est pointue, ou mettre la graine en manière d’ente dans la racine de la

Laitue. Vous aurez Artichaut de bonne senteur si vous mettez tremper la

graine trois jours en jus de rose ou de lis, huile de laurier ou

lavande.»

L’intéressante question de l’étymologie du mot Artichaut est incertaine.

Les anciens botanistes le donnent comme dérivé de _Cocalum_, cône ou

strobile de Pin, par allusion aux écailles imbriquées du capitule.

Littré dit qu’Artichaut vient de l’arabe _ardhi_ terre et _schoki_,

épine.

Le mot arabe pour Artichaut: _Harshaf_ ou _Kharchioff_, a été aussi mis

en ligne.

Autre solution proposée par un éminent linguiste:

On peut admettre deux mots types pour les différents noms de l’Artichaut

dans les langues européennes, le français _Artichaut_ et l’italien

_Carciofo_.

Artichaut dérive d’un mot bas-latin créé par les herboristes au XVe

siècle, pour désigner le nouveau légume dont on mangeait les capitules.

Ce mot néo-latin se présente chez les botanistes de la Renaissance sous

les diverses formes: _Articoctus_, _Articactus_, _Articoccalus_,

_Alcocalus_ et autres.

Comme le montre le T final, Artichaut est sorti de la forme correcte

_Articoctus_.

_Articoctus_ ou _Articactus_ peut s’expliquer par l’adverbe grec _Arti_

préfixé au mot _Cactos_ ou _Cactus_ qui désignait le Chardon cultivé

chez les Anciens. Le mot composé _Articoctus_ aurait le sens de fruit de

Chardon nouvellement développé, comme nous disons tête d’Artichaut.

Sont dérivés du néo-latin _Articoctus_ tous les noms de l’Artichaut dans

les langues du Nord de l’Europe: français, anglais, allemand, flamand,

polonais, etc.; le provençal _Artichaou_, le limousin _Artijaou_, le

vénitien _Articioco_, le génois _Articiocca_, etc., par suite de

l’influence française dans la haute Italie.

Les variantes orthographiques résultent des prononciations locales.

Le second mot type, l’italien _Carciofo_ (qui se prononce _Khartchoffo_,

avec l’_o_ final presque muet), est sûrement dérivé de l’arabe _Harshaf_

(Artichaut) qui aurait formé le nom de ce légume dans les dialectes de

l’Italie centrale et méridionale, dans ceux de la Péninsule hispanique:

L’italien _Carciofo_; le romain _Carciofano_; le napolitain _Carcioffa_;

le catalan _Carxofa_; la langue franque d’Alger _Carchouf_; le

languedocien _Carchoflo_. L’espagnol _Alcachofa_ dérive aussi de

_Harshaf_ précédé de l’article arabe _al_. De même le portugais

_Alcachofra_; l’andalou _Alcarcil_; le sarde, _Iscarzoffa_, etc.

Par exception, le sicilien _Cacocciula_ semble dérivé directement du

grec. Il serait alors un diminutif du mot _Cactos_[34].

[34] Bonaparte (Louis Lucien), _Neo-Latin Names for «artichoke»_;

London, 1885, in-8 de 7 p. (Extrait de _Philosophic. Trans._).

Histoire des légumes · 第 6 / 93 题