M. Trélat[360] venu dans la journée. Le matin, Vigneron.

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15 _juillet._--Tons du cheval du premier plan dans la _Chasse aux

lions._--Pour les crins: _laque brûlée, Sienne naturelle, Sienne

brûlée._--Pour le corps: _momie, laque de gaude, chrome foncé._ Tous

ces tons jouent dans la peinture.--Sabots: _terre Cassel, noir pêche,

jaune de Naples._

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19 _juillet._--Andrieu me dit que le temps qu'il faut pour la vigne,

c'est le contraire de celui qu'il faut pour le blé: il faut un

temps frais et net pour ce dernier; pour la vigne, il faut le temps

étouffant, le mistral, le siroco.--Rapporter ceci à ma réflexion sur

les _malheurs nécessaires._

Non seulement nous voyons cette apparente contradiction dans la nature,

qui semble satisfaire ceux-ci aux dépens de ceux-là, mais nous sommes

nous-mêmes pleins de contradictions, de fluctuations, de mouvements en

sens divers, qui rendent agréable ou détestable la situation où nous

sommes et qui ne change pas, tandis que nous changeons. Nous désirons

un certain état de bonheur, qui cesse d'en être un, quand nous l'avons

obtenu. Cette situation que nous avons désirée est souvent pire,

effectivement, que celle où nous nous trouvons.

L'homme est si bizarre qu'il trouve dans le malheur même des sujets

de consolation et presque du plaisir, comme celui, par exemple, de

se sentir injustement persécuté et d'avoir en soi la conscience d'un

mérite supérieur à sa fortune présente; mais il lui arrive bien plus

souvent de s'ennuyer dans la prospérité et même de s'y trouver très

malheureux. Le berger de La Fontaine, devenu premier ministre, entouré

dans son poste élevé de jalousie et d'embûches, devait être et se

trouvait à plaindre; il dut éprouver un vif moment de bonheur, quand

il reprit ses simples habits de berger et qu'il s'en empara en quelque

sorte aux yeux de tous, pour retourner dans les lieux et au milieu de

la vie où il goûtait sous ces habits le bonheur le plus vraiment fait

pour l'homme, celui d'une vie simple et adonnée au travail.

L'homme ne place presque jamais son bonheur dans les biens réels; il

le met presque toujours dans la vanité, dans le sot plaisir d'attirer

sur soi les regards et par conséquent l'envie. Mais, dans cette vaine

carrière, il n'en atteint point ordinairement l'objet au moment où

il se réjouit de se voir sur un théâtre où il attire les regards, il

regarde encore plus haut; ses désirs montent à mesure qu'il s'élève, il

envie lui-même autant qu'il est envié; quant aux vrais biens, il s'en

éloigne toujours davantage: la tranquillité d'esprit, l'indépendance

fondée sur des désirs modestes et facilement satisfaits, lui sont

interdites. Son temps appartient à tout le monde; il gaspille sa vie

dans de sottes occupations. Pourvu qu'il se sente sous l'hermine

et sous la moire, pourvu que le vent de la faveur le pousse et le

soutienne, il dévore les ennuis d'une charge, il consume sa vie dans

les paperasses, il la donne sans regret aux affaires de tout le

monde. Être ministre, être président, situations scabreuses[361] qui

ne compromettent pas seulement la tranquillité, mais la réputation,

qui mettent un caractère à des épreuves difficiles, qui exposent an

naufrage, au milieu d'écueils sans cesse renaissants, une conscience

peu assurée d'elle-même.

Le plus grand nombre des hommes se compose de malheureux, qui sont

privés des choses les plus nécessaires à la vie. La première de toutes

les satisfactions serait pour eux la possibilité de se procurer ce qui

leur manque; le comble du bonheur, d'y joindre ce degré d'aisance et de

superflu qui complète la jouissance des facultés physiques et morales.

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21 _juillet._--Dîné aujourd'hui avec Mme de Forget, qui part demain

pour Ems. Mme Lavalette lui disait que les saisons n'étaient plus

comme autrefois.

Il faut mettre ceci avec les réflexions du _mercredi_ sur les malheurs

nécessaires. Je disais dans ces réflexions que tout doit changer et

subir des révolutions autour de l'homme, mais que son esprit changeait

aussi et voyait les mêmes objets d'un œil différent. À mesure que son

corps se modifie par l'âge et les accidents, il ne sent plus de la même

manière. La morosité des vieillards est un effet de ce commencement

de destruction de leur machine; ils ne trouvent plus de saveur ni

d'intérêt dans rien. Il leur semble que c'est la nature qui décline et

que les éléments vont se confondre, parce qu'ils ne voient plus, ne

sentent plus, qu'ils sont offensés par ce qui autrefois leur plaisait.

Il est des accidents qui dans certains pays sont considérés comme

d'affreux malheurs, et qui ne font dans d'autres nulle impression.

L'opinion place l'homme même et le déshonore dans les choses les plus

diverses. Un Arabe ne peut supporter l'idée qu'un étranger ait aperçu,

même fortuitement, le visage de sa femme. Une femme arabe mettra son

point d'honneur à se cacher soigneusement: elle relèverait volontiers

sa robe en découvrant le reste de son corps pour s'en voiler la tête.

Il en est de même des accidents dont on tire des présages heureux ou

malheureux. En France et, je crois, chez les peuples européens, c'est

un présage des plus funestes pour un cavalier et surtout pour un

militaire de monter un cheval dont les quatre pieds sont marqués de

blanc: le fameux général Lassalle, qui avait la religion de ce préjugé,

n'avait jamais voulu monter un pareil cheval. Le jour qui fut celui de

sa mort, après plusieurs augures funestes, qui l'avaient frappé toute

la matinée, miroir brisé, pipe cassée, portrait de sa femme brisé

également, au moment où il allait la regarder pour la dernière fois,

il monte sur un cheval qui n'était pas le sien, et sans prendre garde

aux pieds de sa monture. Le cheval avait le funeste signe: c'est monté

sur ce cheval qu'il reçoit, peu de moments après, le coup de feu dont

il mourut au bout de quelques heures, qui lui fut tiré dans un moment

où l'on ne se battait plus, par un Croate, je crois, qui se trouvait

au nombre des prisonniers qu'on venait de faire après Wagram... Ces

quatre pieds blancs sont, au contraire, une marque et un signe de

considération chez les Orientaux, qui ne manquent pas de le mentionner

dans les généalogies des chevaux; j'en vois la preuve dans la pièce

authentique certifiée par les anciens du pays qui accompagne l'envoi

qu'Abd-el-Kader vient de faire à l'Empereur d'un certain nombre de

chevaux de prix.--Je passe sur mille exemples de la sorte.

Combien d'hommes n'ont pas désiré, comme un refuge et comme un bien,

cette mort qui est l'objet de l'épouvante universelle et le plus

véritablement sans remède de tous les malheurs considérés comme un

malheur, et quand même on la regarderait comme un malheur, de manière

à en faire un sujet d'affliction de quelque permanence dans l'ordinaire

de la vie! Ne faut-il pas à toute force s'accoutumer à cette solution

nécessaire, à cet affranchissement des autres maux, dont nous nous

plaignons, et qui sont, à juste titre, des maux, puisque nous les

sentons, tandis qu'avec la mort, c'est-à-dire avec la fin, il n'y a

plus ni conscience ni sentiment? Nous ne vivons nous-mêmes que de cette

multitude innombrable de morts que nous entassons autour de nous.

Notre bien-être, c'est-à-dire notre bonheur, ne s'établit que sur ces

ruines de la nature vivante que nous sacrifions, non pas seulement

à nos besoins, mais souvent à un plaisir passager, tel que celui de

la chasse, par exemple, qui est pour la plupart des hommes un simple

délassement.

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22 _juillet._--Emporter à la campagne les _Alken._--Casquette légère,

brosse à dents.--Circulaire de Bouchereau en juillet 1854.

Dauzats venu dans la journée; il me parle du projet de changement à la

classe des Beaux-Arts.

Arnoux venu ensuite. Il me dit que Corot[362] est très enchanté de mon

plafond[363]. Il me cite encore quelques approbations dans ce sens.

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23 _juillet.--Le roi René auprès du corps de Charles le

Téméraire._--Appareil, armures, flambeaux, prêtres, croix, etc.

--Trouver un sujet du même genre avec une femme.

--_Roméo et Juliette_[364], les parents dans la chambre.--Juliette crue

morte.

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Journal de Eugène Delacroix, Tome 2 (de 3) 1850-1854 · 第 47 / 56 题