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15 _juillet._--Tons du cheval du premier plan dans la _Chasse aux
lions._--Pour les crins: _laque brûlée, Sienne naturelle, Sienne
brûlée._--Pour le corps: _momie, laque de gaude, chrome foncé._ Tous
ces tons jouent dans la peinture.--Sabots: _terre Cassel, noir pêche,
jaune de Naples._
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19 _juillet._--Andrieu me dit que le temps qu'il faut pour la vigne,
c'est le contraire de celui qu'il faut pour le blé: il faut un
temps frais et net pour ce dernier; pour la vigne, il faut le temps
étouffant, le mistral, le siroco.--Rapporter ceci à ma réflexion sur
les _malheurs nécessaires._
Non seulement nous voyons cette apparente contradiction dans la nature,
qui semble satisfaire ceux-ci aux dépens de ceux-là, mais nous sommes
nous-mêmes pleins de contradictions, de fluctuations, de mouvements en
sens divers, qui rendent agréable ou détestable la situation où nous
sommes et qui ne change pas, tandis que nous changeons. Nous désirons
un certain état de bonheur, qui cesse d'en être un, quand nous l'avons
obtenu. Cette situation que nous avons désirée est souvent pire,
effectivement, que celle où nous nous trouvons.
L'homme est si bizarre qu'il trouve dans le malheur même des sujets
de consolation et presque du plaisir, comme celui, par exemple, de
se sentir injustement persécuté et d'avoir en soi la conscience d'un
mérite supérieur à sa fortune présente; mais il lui arrive bien plus
souvent de s'ennuyer dans la prospérité et même de s'y trouver très
malheureux. Le berger de La Fontaine, devenu premier ministre, entouré
dans son poste élevé de jalousie et d'embûches, devait être et se
trouvait à plaindre; il dut éprouver un vif moment de bonheur, quand
il reprit ses simples habits de berger et qu'il s'en empara en quelque
sorte aux yeux de tous, pour retourner dans les lieux et au milieu de
la vie où il goûtait sous ces habits le bonheur le plus vraiment fait
pour l'homme, celui d'une vie simple et adonnée au travail.
L'homme ne place presque jamais son bonheur dans les biens réels; il
le met presque toujours dans la vanité, dans le sot plaisir d'attirer
sur soi les regards et par conséquent l'envie. Mais, dans cette vaine
carrière, il n'en atteint point ordinairement l'objet au moment où
il se réjouit de se voir sur un théâtre où il attire les regards, il
regarde encore plus haut; ses désirs montent à mesure qu'il s'élève, il
envie lui-même autant qu'il est envié; quant aux vrais biens, il s'en
éloigne toujours davantage: la tranquillité d'esprit, l'indépendance
fondée sur des désirs modestes et facilement satisfaits, lui sont
interdites. Son temps appartient à tout le monde; il gaspille sa vie
dans de sottes occupations. Pourvu qu'il se sente sous l'hermine
et sous la moire, pourvu que le vent de la faveur le pousse et le
soutienne, il dévore les ennuis d'une charge, il consume sa vie dans
les paperasses, il la donne sans regret aux affaires de tout le
monde. Être ministre, être président, situations scabreuses[361] qui
ne compromettent pas seulement la tranquillité, mais la réputation,
qui mettent un caractère à des épreuves difficiles, qui exposent an
naufrage, au milieu d'écueils sans cesse renaissants, une conscience
peu assurée d'elle-même.
Le plus grand nombre des hommes se compose de malheureux, qui sont
privés des choses les plus nécessaires à la vie. La première de toutes
les satisfactions serait pour eux la possibilité de se procurer ce qui
leur manque; le comble du bonheur, d'y joindre ce degré d'aisance et de
superflu qui complète la jouissance des facultés physiques et morales.
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21 _juillet._--Dîné aujourd'hui avec Mme de Forget, qui part demain
pour Ems. Mme Lavalette lui disait que les saisons n'étaient plus
comme autrefois.
Il faut mettre ceci avec les réflexions du _mercredi_ sur les malheurs
nécessaires. Je disais dans ces réflexions que tout doit changer et
subir des révolutions autour de l'homme, mais que son esprit changeait
aussi et voyait les mêmes objets d'un œil différent. À mesure que son
corps se modifie par l'âge et les accidents, il ne sent plus de la même
manière. La morosité des vieillards est un effet de ce commencement
de destruction de leur machine; ils ne trouvent plus de saveur ni
d'intérêt dans rien. Il leur semble que c'est la nature qui décline et
que les éléments vont se confondre, parce qu'ils ne voient plus, ne
sentent plus, qu'ils sont offensés par ce qui autrefois leur plaisait.
Il est des accidents qui dans certains pays sont considérés comme
d'affreux malheurs, et qui ne font dans d'autres nulle impression.
L'opinion place l'homme même et le déshonore dans les choses les plus
diverses. Un Arabe ne peut supporter l'idée qu'un étranger ait aperçu,
même fortuitement, le visage de sa femme. Une femme arabe mettra son
point d'honneur à se cacher soigneusement: elle relèverait volontiers
sa robe en découvrant le reste de son corps pour s'en voiler la tête.
Il en est de même des accidents dont on tire des présages heureux ou
malheureux. En France et, je crois, chez les peuples européens, c'est
un présage des plus funestes pour un cavalier et surtout pour un
militaire de monter un cheval dont les quatre pieds sont marqués de
blanc: le fameux général Lassalle, qui avait la religion de ce préjugé,
n'avait jamais voulu monter un pareil cheval. Le jour qui fut celui de
sa mort, après plusieurs augures funestes, qui l'avaient frappé toute
la matinée, miroir brisé, pipe cassée, portrait de sa femme brisé
également, au moment où il allait la regarder pour la dernière fois,
il monte sur un cheval qui n'était pas le sien, et sans prendre garde
aux pieds de sa monture. Le cheval avait le funeste signe: c'est monté
sur ce cheval qu'il reçoit, peu de moments après, le coup de feu dont
il mourut au bout de quelques heures, qui lui fut tiré dans un moment
où l'on ne se battait plus, par un Croate, je crois, qui se trouvait
au nombre des prisonniers qu'on venait de faire après Wagram... Ces
quatre pieds blancs sont, au contraire, une marque et un signe de
considération chez les Orientaux, qui ne manquent pas de le mentionner
dans les généalogies des chevaux; j'en vois la preuve dans la pièce
authentique certifiée par les anciens du pays qui accompagne l'envoi
qu'Abd-el-Kader vient de faire à l'Empereur d'un certain nombre de
chevaux de prix.--Je passe sur mille exemples de la sorte.
Combien d'hommes n'ont pas désiré, comme un refuge et comme un bien,
cette mort qui est l'objet de l'épouvante universelle et le plus
véritablement sans remède de tous les malheurs considérés comme un
malheur, et quand même on la regarderait comme un malheur, de manière
à en faire un sujet d'affliction de quelque permanence dans l'ordinaire
de la vie! Ne faut-il pas à toute force s'accoutumer à cette solution
nécessaire, à cet affranchissement des autres maux, dont nous nous
plaignons, et qui sont, à juste titre, des maux, puisque nous les
sentons, tandis qu'avec la mort, c'est-à-dire avec la fin, il n'y a
plus ni conscience ni sentiment? Nous ne vivons nous-mêmes que de cette
multitude innombrable de morts que nous entassons autour de nous.
Notre bien-être, c'est-à-dire notre bonheur, ne s'établit que sur ces
ruines de la nature vivante que nous sacrifions, non pas seulement
à nos besoins, mais souvent à un plaisir passager, tel que celui de
la chasse, par exemple, qui est pour la plupart des hommes un simple
délassement.
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22 _juillet._--Emporter à la campagne les _Alken._--Casquette légère,
brosse à dents.--Circulaire de Bouchereau en juillet 1854.
Dauzats venu dans la journée; il me parle du projet de changement à la
classe des Beaux-Arts.
Arnoux venu ensuite. Il me dit que Corot[362] est très enchanté de mon
plafond[363]. Il me cite encore quelques approbations dans ce sens.
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23 _juillet.--Le roi René auprès du corps de Charles le
Téméraire._--Appareil, armures, flambeaux, prêtres, croix, etc.
--Trouver un sujet du même genre avec une femme.
--_Roméo et Juliette_[364], les parents dans la chambre.--Juliette crue
morte.
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