29 _avril._--Repris les _Baigneuses._

Je comprends mieux, depuis que je suis ici, quoique la végétation

soit peu avancée, le _principe_ des arbres. Il faut les modeler dans

un reflet coloré comme chair: le même principe paraît ici encore plus

pratique. Il ne faut pas que ce reflet soit complètement un reflet.

Quand on finit, on reflète davantage là où cela est nécessaire, et

quand on touche par-dessus les clairs ou gris, la transition est moins

brusque. Je remarque qu'il faut toujours modeler par masses tournantes,

comme seraient des objets qui ne seraient pas composés d'une infinité

de petites parties, comme sont les feuilles: mais comme la transparence

en est extrême, le ton du reflet joue dans les feuilles un très grand

rôle.

Donc observer:

1° Ce ton général qui n'est tout à fait _ni reflet ni ombre, ni clair_,

mais _transparent presque partout_;

2° Le bord plus froid et plus sombre, qui marquera le passage de ce

reflet au _clair_, qui doit être indiqué dans l'ébauche;

3° Les feuilles entièrement dans l'ombre portée de celles qui sont

au-dessus, qui n'ont ni _reflets_ ni _clairs_, et qu'il est mieux

d'indiquer après;

4° Le clair _mat_ qui doit être touché le dernier.

Il faut raisonner toujours ainsi, et surtout tenir compte du côté par

où vient le jour. S'il vient de derrière l'arbre, celui-ci sera reflété

presque complètement. Il présentera une masse reflétée dans laquelle on

verra à peine quelques touches de _ton mat_; si le jour, au contraire,

vient de derrière le spectateur, c'est-à-dire en face de l'arbre, les

branches qui sont de l'autre côté du tronc, au lieu d'être reflétées,

feront des masses d'un ton d'_ombre uni_ et _tout à fait plat._ En

somme, plus les tons différents seront mis à plat, plus l'arbre aura de

légèreté.

Plus je réfléchis sur la couleur, plus je découvre combien cette

_demi-teinte reflétée_ est le principe qui doit dominer, parce que

c'est effectivement ce qui donne le vrai ton, le ton qui constitue

la valeur, qui compte dans l'objet et le fait exister. La lumière à

laquelle, dans les écoles, on nous apprend à attacher une importance

égale et qu'on pose sur la toile en même temps que la demi-teinte et

que l'ombre, n'est qu'un véritable accident: toute la couleur vraie est

là: j'entends celle qui donne le sentiment de l'épaisseur et celui de

la différence radicale qui doit distinguer un objet d'un autre.

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Journal de Eugène Delacroix, Tome 2 (de 3) 1850-1854 · 第 36 / 56 题