Je comprends mieux, depuis que je suis ici, quoique la végétation
soit peu avancée, le _principe_ des arbres. Il faut les modeler dans
un reflet coloré comme chair: le même principe paraît ici encore plus
pratique. Il ne faut pas que ce reflet soit complètement un reflet.
Quand on finit, on reflète davantage là où cela est nécessaire, et
quand on touche par-dessus les clairs ou gris, la transition est moins
brusque. Je remarque qu'il faut toujours modeler par masses tournantes,
comme seraient des objets qui ne seraient pas composés d'une infinité
de petites parties, comme sont les feuilles: mais comme la transparence
en est extrême, le ton du reflet joue dans les feuilles un très grand
rôle.
Donc observer:
1° Ce ton général qui n'est tout à fait _ni reflet ni ombre, ni clair_,
mais _transparent presque partout_;
2° Le bord plus froid et plus sombre, qui marquera le passage de ce
reflet au _clair_, qui doit être indiqué dans l'ébauche;
3° Les feuilles entièrement dans l'ombre portée de celles qui sont
au-dessus, qui n'ont ni _reflets_ ni _clairs_, et qu'il est mieux
d'indiquer après;
4° Le clair _mat_ qui doit être touché le dernier.
Il faut raisonner toujours ainsi, et surtout tenir compte du côté par
où vient le jour. S'il vient de derrière l'arbre, celui-ci sera reflété
presque complètement. Il présentera une masse reflétée dans laquelle on
verra à peine quelques touches de _ton mat_; si le jour, au contraire,
vient de derrière le spectateur, c'est-à-dire en face de l'arbre, les
branches qui sont de l'autre côté du tronc, au lieu d'être reflétées,
feront des masses d'un ton d'_ombre uni_ et _tout à fait plat._ En
somme, plus les tons différents seront mis à plat, plus l'arbre aura de
légèreté.
Plus je réfléchis sur la couleur, plus je découvre combien cette
_demi-teinte reflétée_ est le principe qui doit dominer, parce que
c'est effectivement ce qui donne le vrai ton, le ton qui constitue
la valeur, qui compte dans l'objet et le fait exister. La lumière à
laquelle, dans les écoles, on nous apprend à attacher une importance
égale et qu'on pose sur la toile en même temps que la demi-teinte et
que l'ombre, n'est qu'un véritable accident: toute la couleur vraie est
là: j'entends celle qui donne le sentiment de l'épaisseur et celui de
la différence radicale qui doit distinguer un objet d'un autre.
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