Je reprends:
Et maintenant que j'ai vécu, et que j'ai connu le néant et l'ironie de
la vie dans le monde des réalités politiques, j'ai pris de lady Esther
Stanhope une tout autre idée que celle que j'en ai eue à _Djoum_ dans
la nuit que je passai avec elle dans son ermitage du Liban.
Ce n'était nullement une femme folle; sa seule folie, c'était la
grandeur de son âme!
Tout ce qui était petit et mesquin la dégoûtait.
Elle avait vu sous son oncle, le grand Pitt, deux géants lutter sur
les mers et sur la terre: la liberté dans l'âme de Pitt, le despotisme
dans les armées de Bonaparte! Pitt était mort comme Moïse avant
d'avoir rendu la liberté au monde; Bonaparte était vaincu et
prisonnier à Sainte-Hélène. Bon ou mauvais, il n'y avait plus rien de
grand à contempler dans ce monde. Ce monde l'ennuyait; elle détourna
les yeux en regardant son oncle et Bonaparte. Elle quitta l'Angleterre
et l'Europe, et les oublia dédaigneusement.