XXXVIII.

«Cette conversation, qui dura depuis sept heures jusqu'à deux heures

après minuit, fut interrompue à diverses reprises par des pauses et

des rafraîchissements. Nous restâmes entièrement seuls pendant tout ce

temps, et je n'ai tracé ici que le résumé de nos entretiens.

«Lady Stanhope m'avait quitté un instant dans le cours de la nuit; je

la vis revenir bientôt, et je m'aperçus qu'elle boitait; je lui en

demandai la cause.

«Je visitais mes juments arabes, suivant mon habitude de tous les

soirs, me répondit-elle, et je viens de recevoir un coup de pied qui

m'a atteinte légèrement.» En effet, en passant la main sur son genou,

elle la retira sanglante. Je la priai d'appeler ses femmes, elle se

mit à rire.

«--Des femmes de chambre! me dit-elle; je n'en ai plus; elles n'ont pu

supporter la vie du désert: je les ai renvoyées en Europe. Quelques

Arabes me servent ici; je parle leur langue, et leurs soins me

suffisent.»

«J'avais manifesté l'intention de retourner à Saïde dans la nuit même;

lady Stanhope ne voulut pas le permettre, et elle m'engagea à passer

quelques jours auprès d'elle: je dus m'y refuser à mon tour; mes

moments étaient comptés, et je m'excusai sur mon pèlerinage.

«Vous allez à Jérusalem, me dit-elle; vous n'y verrez que des prêtres

haineux et des dissensions interminables. Puisque vous voulez me

quitter sitôt, je vais prendre congé de vous. On va vous conduire dans

la chambre qui vous est destinée. Un Arabe sur le Liban ne vous

recevra pas comme une Anglaise à Londres; mais acceptez de bon coeur

ce que je vous offre de même.--Adieu, Monsieur, ajouta-t-elle en

mettant la main sur son coeur, que le bonheur vous accompagne! Je vous

ai vu avec plaisir, et c'est ce que je dis bien rarement des autres

voyageurs.»

«Je répondis à ses voeux par des expressions sincères. Elle me quitta.

«En arrivant dans la chambre qui m'était préparée, on m'apporta de sa

part une écritoire: elle me faisait prier de lui laisser mon adresse.

Agité de souvenirs, je ne pus fermer l'oeil du reste de la nuit; au

point du jour, j'appelai mon guide. Deux chevaux arabes étaient à ma

porte, je les acceptai jusqu'au bas de la montagne. Je les renvoyai de

là, et je repris lentement le chemin qui conduit à Saïde.»

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 251 / 256 题