«Sur le devant d'une grande maison bâtie en terre, comme la plupart de
celles du pays, était un petit perron que défendait des rayons du
soleil un toit de chaume supporté par quelques piliers. C'est là que
je vis de loin un Bédouin assis sur une peau d'ours; et, sans
m'étonner de reconnaître sous ce costume lady Stanhope, j'allai
directement à elle.
«En me voyant, elle mit la main sur son coeur, à la manière dont les
Arabes saluent, et, sans se lever, elle me fit place à ses côtés. Je
remarquai, avant tout, ses vêtements d'homme asiatiques, dont
l'adoption, l'avouerai-je, ne me parut pas ridicule; bientôt même mes
yeux et mon esprit s'y habituèrent au point d'oublier le sexe de mon
hôte, et ce n'était pas l'habit seul qui prêtait à l'illusion.
«Lady Stanhope portait un manteau de drap jaune foncé; une tunique
rayée, de couleur violette et blanche, descendait jusqu'à ses pieds;
de longues manches ouvertes laissaient apercevoir la blancheur de ses
bras; des babouches en cuir jaune s'élevaient jusqu'à la moitié de ses
jambes; un cachemire blanc couvrait entièrement sa tête, et un
mouchoir peint de mille couleurs, ainsi qu'on les fabrique à Smyrne,
entourait son visage: les deux bouts de ce mouchoir tombaient sur ses
épaules. Elle m'en expliqua l'usage: l'un servait à assujettir son
turban, et l'autre à cacher sa figure, quand elle ne voulait pas être
reconnue. Ce costume est à peu de chose près celui que portent les
hommes arabes; mais, par sa richesse, il n'aurait pu appartenir qu'au
chef d'une tribu.
«J'admirais sous ces habits une femme d'une haute stature; ses yeux
grands et vifs s'arrêtaient autour d'elle avec douceur et bonté. Sa
figure allongée et pâle aurait peint le sentiment, si elle n'avait
voulu lui faire exprimer l'énergie et le courage. Je la trouvai belle,
et je lui aurais donné quarante ans.