XXXII.

«Tous ces détails que j'avais recueillis sur lady Esther Stanhope

excitaient de plus en plus mon intérêt; mais j'étais fort embarrassé

pour obtenir d'être admis dans sa retraite. J'avais appris que

plusieurs voyageurs, qui s'étaient hardiment et sans préambule

présentés chez elle, en étaient partis sans l'avoir vue. J'essayai

d'intéresser à mon tour sa curiosité; et je sollicitai la permission

de la voir par un billet très-laconique, où je n'ajoutais ni mon nom,

ni aucune des politesses de convention en Europe; le billet même

semblait tenir quelque chose de la rudesse du désert; il ne contenait

que ces mots:

«Un jeune Français, passant à Saïde, prie lady Esther Stanhope de lui

permettre de la voir.»

«Lady Stanhope m'a avoué depuis que j'avais en effet attiré son

attention; elle ne pouvait croire, disait-elle, qu'une demande sans

compliments ni emphase fût d'un voyageur uniquement indiscret ou

curieux. Elle y répondit en m'envoyant un guide chargé de remettre au

consul la lettre suivante:

«MONSIEUR LE CONSUL,

J'ai reçu le billet d'un jeune Français, et je vous adresse ma réponse

pour lui, puisqu'il ne dit ni son nom ni sa demeure. Je vous serais

bien obligée de lui faire savoir que, si la visite qu'il désire me

faire est dictée par un motif de curiosité ou de simple politesse, je

le prie de m'en dispenser, attendu que je suis tout à fait reléguée,

et que je ne vois personne. Si, au contraire, il a quelque chose à me

dire, il peut très-bien vous remettre une lettre pour moi. Et dans le

cas où il serait pressé de partir, et dans ce cas seulement, il pourra

venir avec le porteur--de ces lignes, qui est un homme à mon service.

Esther-Lucy STANHOPE.

«Je me déclarai _très-pressé de partir_, et je choisis la dernière

alternative que m'offrait lady Stanhope; je me mis aussitôt en route

avec l'Arabe qu'elle m'avait envoyé.

«Le village d'Abra, où elle réside, est à une lieue de Saïde.

J'avançai peu à peu vers la montagne, au milieu des beaux jardins et

des ruisseaux qui entourent la ville; puis, traversant des collines

arides formées d'une couche de roche blanchâtre, je me trouvai au

pied des premières chaînes du Liban. Après quelques minutes d'une

ascension pénible, j'arrivai près de la maison de _Cid Milady_

(seigneur Milady). C'est le nom que donnent les Arabes à la femme

extraordinaire que j'allais voir.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 245 / 256 题