De cette vie d'étude il sortit successivement pour une demi-publicité
d'élite une longue série de livres, les uns, souvenirs personnels de ses
voyages, fleurs de sa jeunesse, recueillies de vingt à vingt-cinq ans en
Orient, desséchées entre les pages de ses notes rapides, dont il
recueillit à loisir l'essence et l'odeur pour en recomposer les
meilleurs parfums de sa vie; les autres, des morceaux d'histoire
diplomatique et politique, très-neufs, très-originaux, très-instructifs,
qui révèlent au temps présent les pensées calomniées du gouvernement des
Bourbons; les autres enfin, entièrement d'érudition littéraire,
traductions, dissertations, commentaires sur les textes du grec ancien
et du grec moderne dont il a prodigieusement enrichi la littérature de
ces derniers temps. De ces livres, quelques-uns sont exclusivement
réservés aux érudits hellénistes; d'autres contiennent, à côté des
textes grecs, des commentaires anecdotiques qui mêlent avec grâce et
naïveté l'homme au mot, et qui révèlent les moeurs des peuples par une
leçon sur leur idiome.
Jamais l'intérêt et la grâce n'avaient été plus indissolublement
pétris dans des pages scientifiques; même quand on ne lit pas le
texte, on lit le commentaire, et on emporte des images ravissantes de
tous les pays qu'on a parcourus avec un tel guide.
Dans ses dernières années, M. de Marcellus, persévérant dans son
exhumation des trésors de la Grèce moyenne, traduisait encore le poëme
de décadence de _Nonnos_, poëte égyptien du IVe siècle, qui fit une
dernière épopée en grec, débauche d'érudition dont M. de Marcellus
s'excuse avec raison, et dont rien ne peut l'excuser que son loisir.
Ce beau et pénible travail ne pouvait servir que quelques curieux de
l'Académie des inscriptions. Puisqu'il se consacrait au servile et
aride labeur de la traduction, la vraie Grèce, la Grèce originale et
classique, n'avait-elle rien à lui offrir de plus précieux que
Nonnos? Lui, si digne de traduire Homère, lui qui en avait sucé la
moelle dans l'Épire et dans la moindre île de l'Archipel, ne
pouvait-il pas lutter avec ces pédants qui nous traduisent des textes
morts au lieu de nous traduire des moeurs et des lieux dont ils ne
peuvent découvrir le sens à travers la littéralité des vers? Est-ce
qu'un poëme populaire comme celui d'Homère n'est pas une perpétuelle
allusion? Est-ce que l'allusion n'est pas la clef du poëte épique et
populaire?