XXVI.

De cette vie d'étude il sortit successivement pour une demi-publicité

d'élite une longue série de livres, les uns, souvenirs personnels de ses

voyages, fleurs de sa jeunesse, recueillies de vingt à vingt-cinq ans en

Orient, desséchées entre les pages de ses notes rapides, dont il

recueillit à loisir l'essence et l'odeur pour en recomposer les

meilleurs parfums de sa vie; les autres, des morceaux d'histoire

diplomatique et politique, très-neufs, très-originaux, très-instructifs,

qui révèlent au temps présent les pensées calomniées du gouvernement des

Bourbons; les autres enfin, entièrement d'érudition littéraire,

traductions, dissertations, commentaires sur les textes du grec ancien

et du grec moderne dont il a prodigieusement enrichi la littérature de

ces derniers temps. De ces livres, quelques-uns sont exclusivement

réservés aux érudits hellénistes; d'autres contiennent, à côté des

textes grecs, des commentaires anecdotiques qui mêlent avec grâce et

naïveté l'homme au mot, et qui révèlent les moeurs des peuples par une

leçon sur leur idiome.

Jamais l'intérêt et la grâce n'avaient été plus indissolublement

pétris dans des pages scientifiques; même quand on ne lit pas le

texte, on lit le commentaire, et on emporte des images ravissantes de

tous les pays qu'on a parcourus avec un tel guide.

Dans ses dernières années, M. de Marcellus, persévérant dans son

exhumation des trésors de la Grèce moyenne, traduisait encore le poëme

de décadence de _Nonnos_, poëte égyptien du IVe siècle, qui fit une

dernière épopée en grec, débauche d'érudition dont M. de Marcellus

s'excuse avec raison, et dont rien ne peut l'excuser que son loisir.

Ce beau et pénible travail ne pouvait servir que quelques curieux de

l'Académie des inscriptions. Puisqu'il se consacrait au servile et

aride labeur de la traduction, la vraie Grèce, la Grèce originale et

classique, n'avait-elle rien à lui offrir de plus précieux que

Nonnos? Lui, si digne de traduire Homère, lui qui en avait sucé la

moelle dans l'Épire et dans la moindre île de l'Archipel, ne

pouvait-il pas lutter avec ces pédants qui nous traduisent des textes

morts au lieu de nous traduire des moeurs et des lieux dont ils ne

peuvent découvrir le sens à travers la littéralité des vers? Est-ce

qu'un poëme populaire comme celui d'Homère n'est pas une perpétuelle

allusion? Est-ce que l'allusion n'est pas la clef du poëte épique et

populaire?

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 239 / 256 题