Trois ans après, la révolution de 1830 avait renversé tout ce bonheur,
toute cette cour, toute cette ambition; de ce couple, rien n'avait
survécu que les grâces sévères de la femme, un pli de tristesse sur
les lèvres, une arrière-pensée dans les yeux. Une vie recueillie et
solitaire, dans un vieux château de Bourgogne, au milieu d'un site
froid et âpre, avait remplacé cette belle vie d'Italie par une
existence plus sévère, pleine de vertus pieuses et charitables, et
répandu on ne sait quel deuil anticipé sur ce seuil couvert maintenant
d'un deuil éternel!
Voilà la vie!
M. de Marcellus n'hésita pas un moment entre sa passion naturelle,
l'ambition, et son honneur de famille: il se retira, triste mais
résolu, dans la campagne et dans les lettres; il passa les quinze plus
belles années de sa vie dans ces loisirs occupés qui lui tenaient lieu
de tout, cariatide de sa bibliothèque à Audour et à Paris. Il reprit
la vie d'étudiant helléniste dans la société de quelques amis: à
défaut de la gloire diplomatique, qu'il regrettait, il aspira
silencieusement à la dignité des lettres, qui ne lui suffisait pas,
mais qui l'intéressait.
Sans jamais conspirer, ni même agiter son pays, il allait souvent
porter l'hommage de sa fidélité à la cour des rois tombés. Il ne versa
jamais sur le seuil de leur exil l'amertume ou le dénigrement, qui
ouvre le sanctuaire de l'infortune, comme cette fidélité d'ostentation
qui montre du doigt aux ennemis du dehors les faiblesses ou les
ridicules de l'intérieur des rois.
Les Mémoires de M. de Chateaubriand sont pleins de railleries
inconvenantes; M. de Marcellus s'en préserva. Il aurait voulu sans
doute conseiller dignement son prince, il ne s'offensa jamais de se
voir préférer les conseils d'autrui.
La République de 1848 lui donna la joie de voir la France libre de se
choisir un gouvernement; il ne se fit pas les illusions des partis
pressés de nouvelles chutes; il ne participa ni aux illusions, ni aux
fusions, ni aux conspirations; il comprit que la fin du siècle était
au tâtonnement, aux essais, aux déviations du peuple en tout sens. Il
se dévoua tout entier à l'étude, région sereine, d'où l'on voit tout
sans s'étonner de rien.