XXV.

Trois ans après, la révolution de 1830 avait renversé tout ce bonheur,

toute cette cour, toute cette ambition; de ce couple, rien n'avait

survécu que les grâces sévères de la femme, un pli de tristesse sur

les lèvres, une arrière-pensée dans les yeux. Une vie recueillie et

solitaire, dans un vieux château de Bourgogne, au milieu d'un site

froid et âpre, avait remplacé cette belle vie d'Italie par une

existence plus sévère, pleine de vertus pieuses et charitables, et

répandu on ne sait quel deuil anticipé sur ce seuil couvert maintenant

d'un deuil éternel!

Voilà la vie!

M. de Marcellus n'hésita pas un moment entre sa passion naturelle,

l'ambition, et son honneur de famille: il se retira, triste mais

résolu, dans la campagne et dans les lettres; il passa les quinze plus

belles années de sa vie dans ces loisirs occupés qui lui tenaient lieu

de tout, cariatide de sa bibliothèque à Audour et à Paris. Il reprit

la vie d'étudiant helléniste dans la société de quelques amis: à

défaut de la gloire diplomatique, qu'il regrettait, il aspira

silencieusement à la dignité des lettres, qui ne lui suffisait pas,

mais qui l'intéressait.

Sans jamais conspirer, ni même agiter son pays, il allait souvent

porter l'hommage de sa fidélité à la cour des rois tombés. Il ne versa

jamais sur le seuil de leur exil l'amertume ou le dénigrement, qui

ouvre le sanctuaire de l'infortune, comme cette fidélité d'ostentation

qui montre du doigt aux ennemis du dehors les faiblesses ou les

ridicules de l'intérieur des rois.

Les Mémoires de M. de Chateaubriand sont pleins de railleries

inconvenantes; M. de Marcellus s'en préserva. Il aurait voulu sans

doute conseiller dignement son prince, il ne s'offensa jamais de se

voir préférer les conseils d'autrui.

La République de 1848 lui donna la joie de voir la France libre de se

choisir un gouvernement; il ne se fit pas les illusions des partis

pressés de nouvelles chutes; il ne participa ni aux illusions, ni aux

fusions, ni aux conspirations; il comprit que la fin du siècle était

au tâtonnement, aux essais, aux déviations du peuple en tout sens. Il

se dévoua tout entier à l'étude, région sereine, d'où l'on voit tout

sans s'étonner de rien.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 238 / 256 题