Le château d'Audour, dans une des hautes vallées qui séparent le
Mâconnais du Charolais, était la résidence d'automne, le _Tusculum_
studieux de M. de Marcellus, depuis que la Restauration, qu'il avait
tant aimée, avait été renversée et proscrite par ceux auxquels elle
avait rendu la patrie, depuis que la République avait remplacé cette
anarchie royale et que le neveu de César régnait en France.
Cet Audour est un immense édifice semblable à un caravansérail
d'Orient, s'élevant seul au sommet d'une colline de sable; les grilles
en sont toujours ouvertes du côté du nord, comme si le passant avait
droit d'asile dans ses vastes corridors, où le colporteur ambulant
dépose sa balle à l'ombre sans que personne l'interroge sur son droit
d'emprunter cette ombre pour se reposer.
Du côté du midi, des enfilades de salles et d'appartements ouvrent par
un perron sur une vallée étroite, reste d'une terrasse, où des pentes
gazonnées, des bouquets de cèdres et de sapins et un lac conduisent
l'oeil jusqu'au delà de la vallée, et le font remonter sur une large
colline où la route blanche et vide serpente entre une forêt de
chênes. Quelques rares toits gris, couverts de chaume, y fument le
soir et le matin et indiquent la place des chaumières qu'on ne
découvre au loin qu'à leur fumée dans le ciel. C'est un château de
Marie Stuart dans un paysage écossais.