C'est une chose remarquable en général, que ces hommes d'étude, de
goût, de littérature exquise et savante, habitent, comme Walter Scott,
des demeures féodales, comme la Brède de Montesquieu, comme Montbar et
sa tour de Buffon, comme le manoir de Montaigne en Gascogne, comme M.
de Marcellus à Audour.
Il semble que ces solitaires résidences inspirent à leurs possesseurs
quelque chose du repos, des loisirs studieux, des goûts conservateurs,
des contemplations philosophiques qui caractérisent ces hommes de
paix.
On n'y entend que le bruit des feuilles qui tombent; rien n'y distrait
l'oreille, les yeux, l'esprit; cela force à penser.
Quelque grande salle au fond de l'édifice, au rez-de-chaussée,
renferme hermétiquement une vaste bibliothèque poudreuse, pleine dans
les rayons d'en haut de volumes de toutes langues, presque pétrifiés
dans leurs stalles, sous leur reliure à fermoir, et, sur les tablettes
inférieures, des brochures nouvelles et en désordre attestent la
continuité du maître à se tenir en rapport avec ce que l'espèce
humaine produit de nouveau et son attention à ce qui se passe sur la
terre.
Quand un étranger arrive le soir, c'est là qu'on va chercher le
maître, et qu'on le trouve, à la lueur d'une lampe qui s'use, attablé,
la plume à la main, devant un texte grec ou latin, anglais ou italien,
qu'il quitte avec joie pour accueillir un ami, sûr de retrouver son
texte et sa pensée à la même place le lendemain!