Je ne voulus pas prendre la plume et analyser la perte que la
littérature classique venait de faire en lui, dans le premier moment
de ma douleur: je craignais que le coeur en moi ne faussât le jugement
ou n'exagérât l'éloge; je voulais rester vrai pour être juste.
J'attendis que les quelques jours de liberté que tout homme trop
affairé se donne en automne me renfermassent dans le solitaire manoir
de Saint-Point, déshabité maintenant en attendant qu'on m'en
dépouille, et me rapprochassent de ce château d'Audour, ouvert il y a
moins d'un an à l'hospitalité littéraire, et maintenant fermé par le
deuil d'une veuve muette de douleur, qui n'accepte que les
consolations de l'amitié.
La solitude complète est la consolatrice des pertes trop senties,
parce qu'elle n'essaye pas de consoler l'inconsolable, et qu'elle ne
tente pas de s'interposer entre ce qu'on a perdu et ce qu'on voit
toujours.