Nous arrivâmes, après un quart d'heure de marche parmi les mêmes
scènes de dévastation et les mêmes monceaux de murs et de toits
écroulés, à la modeste demeure de M. Gaspari, agent du consulat de
Grèce à Athènes. Je lui avais envoyé le matin la lettre qui me
recommandait à son obligeance. Je n'en avais pas besoin: l'obligeance
est le caractère de presque tous nos agents à l'étranger.
M. Gaspari nous reçut comme des amis inconnus; et, pendant qu'il
envoyait son fils chercher une maison pour nous dans quelque masure
encore debout d'Athènes, une de ses filles, Athénienne, belle et
gracieuse image de cette beauté héréditaire de son pays, nous
servait, avec empressement et modestie, du jus d'orange glacé dans
des vases de terre poreuse, aux formes antiques.
Après nous être un moment rafraîchis dans cet humble asile d'une
simple et cordiale hospitalité, si douce à rencontrer sous un ciel
brûlant, à huit cents lieues de son pays, à la fin d'une journée de
tempête, de soleil et de poussière, M. Gaspari nous conduisit au bas
de la ville, à travers les mêmes ruines, jusqu'à une maison blanche et
propre, élevée tout récemment, et où un Italien avait monté une
auberge.
Quelques chambres blanchies à la chaux et proprement meublées, une
cour rafraîchie par une source et par un peu d'ombre, au pied de
l'escalier une belle lionne en marbre blanc, des fruits et des légumes
abondants, du miel de l'Hymette calomnié par M. de Chateaubriand, des
domestiques grecs entendant l'italien, empressés et intelligents, tout
cela doubla de prix pour nous, au milieu de la désolation et de la
nudité absolue d'Athènes.
On ne trouverait pas mieux sur une route d'Italie, d'Angleterre ou de
Suisse. Puisse cette auberge se soutenir et prospérer pour la
consolation et le bien-être des voyageurs à venir! Mais, hélas! depuis
quarante huit jours, aucun étranger n'en avait franchi le seuil ni
troublé le silence.