Le soir, M. Gropius vint obligeamment se mettre à notre disposition
pour nous montrer et nous commenter Athènes.
Nous eûmes dans M. Gropius un second Fauvel, qui s'est fait Athénien
depuis trente-deux ans, et qui bâtit, comme son maître, la maison de
ses vieux jours parmi ces débris d'une ville où il a passé sa
jeunesse, et qu'il aide autant qu'il le peut à sortir une centième
fois de sa poussière poétique.
Consul d'Autriche en Grèce, homme d'érudition et homme d'esprit, M.
Gropius joint, à l'érudition la plus consciencieuse et la plus
approfondie de l'antiquité, ce caractère de naïve bonhomie et de
grâce inoffensive qui est le type des vrais et dignes enfants de
l'Allemagne savante.
Injustement accusé par lord Byron dans ses notes mordantes sur
Athènes, M. Gropius ne rendait point offense pour offense à la mémoire
du grand poëte; il s'affligeait seulement que son nom eût été traîné
par lui d'éditions en éditions, et livré à la rancune des fanatiques
ignorants de l'antiquité; mais il n'a pas voulu se justifier, et,
quand on est sur les lieux, témoin des efforts constants que fait cet
homme distingué pour restituer un mot à une inscription, un fragment
égaré à une statue, ou une forme et une date à un monument, on est sûr
d'avance que M. Gropius n'a jamais profané ce qu'il adore, ni fait un
vil commerce de la plus noble et de la plus désintéressée des études,
l'étude des antiquités.
Avec un tel homme, les jours valent des années pour un voyageur
ignorant comme moi.
Je lui demandai de me faire grâce de toutes les antiquités douteuses,
de toutes les célébrités de convention, de toutes les beautés
systématiques. J'abhorre le mensonge et l'effort en tout, mais surtout
en admiration. Je ne veux voir que ce que Dieu ou l'homme ont fait de
beau; la beauté présente, réelle, palpable, parlante à l'oeil et à
l'âme, et non la beauté de lieu et d'époque, la beauté historique ou
critique, celle-là aux savants.