XLV.

Le soir, M. Gropius vint obligeamment se mettre à notre disposition

pour nous montrer et nous commenter Athènes.

Nous eûmes dans M. Gropius un second Fauvel, qui s'est fait Athénien

depuis trente-deux ans, et qui bâtit, comme son maître, la maison de

ses vieux jours parmi ces débris d'une ville où il a passé sa

jeunesse, et qu'il aide autant qu'il le peut à sortir une centième

fois de sa poussière poétique.

Consul d'Autriche en Grèce, homme d'érudition et homme d'esprit, M.

Gropius joint, à l'érudition la plus consciencieuse et la plus

approfondie de l'antiquité, ce caractère de naïve bonhomie et de

grâce inoffensive qui est le type des vrais et dignes enfants de

l'Allemagne savante.

Injustement accusé par lord Byron dans ses notes mordantes sur

Athènes, M. Gropius ne rendait point offense pour offense à la mémoire

du grand poëte; il s'affligeait seulement que son nom eût été traîné

par lui d'éditions en éditions, et livré à la rancune des fanatiques

ignorants de l'antiquité; mais il n'a pas voulu se justifier, et,

quand on est sur les lieux, témoin des efforts constants que fait cet

homme distingué pour restituer un mot à une inscription, un fragment

égaré à une statue, ou une forme et une date à un monument, on est sûr

d'avance que M. Gropius n'a jamais profané ce qu'il adore, ni fait un

vil commerce de la plus noble et de la plus désintéressée des études,

l'étude des antiquités.

Avec un tel homme, les jours valent des années pour un voyageur

ignorant comme moi.

Je lui demandai de me faire grâce de toutes les antiquités douteuses,

de toutes les célébrités de convention, de toutes les beautés

systématiques. J'abhorre le mensonge et l'effort en tout, mais surtout

en admiration. Je ne veux voir que ce que Dieu ou l'homme ont fait de

beau; la beauté présente, réelle, palpable, parlante à l'oeil et à

l'âme, et non la beauté de lieu et d'époque, la beauté historique ou

critique, celle-là aux savants.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 184 / 256 题