«À Tyr et dans ses colonies, où s'épanouit une civilisation brillante,
résultant de l'industrie et du commerce, l'empire de la religion est
assez fort pour retenir l'art sous sa domination. Les temples sont
vastes et ornés, mais les images des dieux ne sont le plus souvent que
l'assemblage incohérent de formes disparates. Les combinaisons les
plus étranges de la forme humaine avec des figures d'animaux ou de
monstres imaginaires semblent avoir été recherchées par les Phéniciens
pour exprimer l'idée confuse d'une divinité qui n'était que la
personnification obscure des forces naturelles. Quelquefois, pour lui
conserver un caractère encore plus mystérieux, ils représentaient
cette divinité sans aucune forme et voilée d'une façon singulière.
«Ces représentations, dont, à défaut d'autres monuments, nous
retrouvons l'image sur des monnaies et des pierres gravées,
contrastent avec les formes élégantes que ces mêmes hommes avaient su
donner à leurs vases et avec le raffinement de leur goût en fait de
luxe. Rien ne montre mieux, ce me semble, quelle distance sépare une
civilisation toute matérielle de la civilisation véritable, et comme
quoi le progrès de l'art se lie essentiellement à un développement
religieux ou philosophique.