XXX.

«À Tyr et dans ses colonies, où s'épanouit une civilisation brillante,

résultant de l'industrie et du commerce, l'empire de la religion est

assez fort pour retenir l'art sous sa domination. Les temples sont

vastes et ornés, mais les images des dieux ne sont le plus souvent que

l'assemblage incohérent de formes disparates. Les combinaisons les

plus étranges de la forme humaine avec des figures d'animaux ou de

monstres imaginaires semblent avoir été recherchées par les Phéniciens

pour exprimer l'idée confuse d'une divinité qui n'était que la

personnification obscure des forces naturelles. Quelquefois, pour lui

conserver un caractère encore plus mystérieux, ils représentaient

cette divinité sans aucune forme et voilée d'une façon singulière.

«Ces représentations, dont, à défaut d'autres monuments, nous

retrouvons l'image sur des monnaies et des pierres gravées,

contrastent avec les formes élégantes que ces mêmes hommes avaient su

donner à leurs vases et avec le raffinement de leur goût en fait de

luxe. Rien ne montre mieux, ce me semble, quelle distance sépare une

civilisation toute matérielle de la civilisation véritable, et comme

quoi le progrès de l'art se lie essentiellement à un développement

religieux ou philosophique.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 169 / 256 题