Après le déjeuner tu passes le reste du jour à visiter tes
châtaigniers battus du vent chaud, dont les fruits tombent d'eux-mêmes
à tes pieds, l'écorce fendue, comme pour te montrer la belle couleur
appétissante de leur seconde enveloppe à faire cuire sous la cendre
après ton souper: _Castaneæque molles mea quas Amaryllis amabat_; tes
étables, tes champs déjà ensemencés pour l'hiver prochain, tes vignes
où les vendangeurs ont laissé çà et là quelques grappes transparentes
que tu égrènes en passant, et auxquelles tu trouves le goût des belles
grappes de _Samos_!
Tu rentres, et le matin suivant te trouve, avant la pleine aurore, au
coin de ton feu flamboyant de sapin, devant ta table chargée de livres
et de crayons, les yeux levés et rêveurs promenés sur l'horizon des
montagnes, et cherchant lentement dans ta mémoire les images dont tu
avais besoin pour peindre, dans ton poëme, la félicité de l'homme.