Il était déjà malade de la langueur et de l'épuisement de vie dont il
allait bientôt mourir. Comme tous les grands hommes, il avait donné sa
vie à ses oeuvres, il ne lui en restait plus pour le temps; il
travaillait déjà pour l'éternité.
Sa pompe funèbre fut comparable aux obsèques de Raphaël; c'était en
effet le Raphaël du marbre. On lui reproche d'avoir trop songé à
charmer les yeux; mais reprocher le charme à un artiste, n'est-ce pas
reprocher à la femme la beauté? Tu fus trop beau, voilà tout ton
crime! Dors en paix, ô Canova, sous ce reproche d'excès de beauté! On
fit le même reproche à Raphaël, on le fit à Mozart, on le fait à
Racine, on le fait à Rossini. Heureux les hommes qui ne sont accusés
que de l'ivresse inspirée par le charme, cette sorcellerie du génie!
Tel était Canova.
Cela puisse-t-il nous arriver!