XIV.

C'est là que mon goût naturel pour la sculpture se développa dans

l'intimité de Canova. Ce goût acheva de se passionner plus encore,

quelques années après, devant les oeuvres plus grandioses de

Michel-Ange à Florence. Je n'avais encore vu de cet Eschyle du marbre

que son Moïse, de Rome, et son Jugement dernier, de la chapelle

Sixtine.

Sa statue de Moïse, c'est la statue de la Bible tout entière; c'est un

livre terrible fait homme; c'est le judaïsme incarné; Isaïe n'est pas

plus prophète que Michel-Ange. La sagesse et la terreur divines

descendent de toutes les hauteurs de ce front, de tous les poils de

cette barbe, de tous les plis de ce vêtement sur l'âme du spectateur.

On ne peut regarder cette statue qu'à genoux.

Mais ce n'était là que la moitié du génie de Michel-Ange, la

grandeur; l'autre moitié de ce génie, la beauté, est à Florence.

Recueillez-vous, comme je l'ai fait souvent tout un jour, dans la

chapelle funéraire des Médicis, de San-Lorenzo; contemplez d'abord

l'admirable et sobre architecture de cette chapelle, cadre austère de

quatre tombeaux portés et incrustés dans les murs, puis levez les yeux

vers ces morts vivants!

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 153 / 256 题