C'est là le village et le manoir de Saint-Lupicin. De gros noyers
disséminés dans les champs en pente les signalent au voyageur.
Il y a loin de là à Athènes, avec le Parthénon pour diadème, le ciel
transparent de l'Attique pour dais, l'olivier pour ceinture, la mer
étincelante pour horizon, et c'est là pourtant que l'adorateur
d'Athènes, l'idolâtre de Phidias, le Winckelman français, le lapidaire
du beau dans la nature, dans la poésie, dans l'architecture, dans la
statue, dans la pierre, dans la femme, dans toutes les réalités et
dans tous les rêves, habite seul, jeune et grave comme un solitaire du
mont Athos, dans son couvent tapissé de lambris de planches de sapin,
ces lambris étant sculptés par les artistes autrefois si justement
renommés de Saint-Claude pour leurs bustes de Voltaire, taillés au
couteau dans la racine de buis.
Des chambres dont le plancher est couvert de livres et de gravures, la
vaste cheminée où pétillent les copeaux de sapin, reste de la hache
des bûcherons, une vieille nourrice devenue servante et reine des
cuisines, des laboureurs et des bergers gardiens de ces belles vaches
du Jura, quelques fermiers des hautes métairies qui lui payent leurs
redevances sur la fin de l'automne, en fromages et en rayons de miel
de leurs ruches, voilà tout le luxe, tout le mouvement, toute
l'opulence du gentilhomme du Jura.