Celui-là n'est pas né à Saint-Lupicin, ce n'était qu'un fief de sa
famille; la principale habitation de ses pères était dans la plaine
vineuse du Jura, riche et grasse, et dans les environs de
Lons-le-Saunier, capitale de ces montagnes.
C'est là qu'est né Louis de Ronchaud. Son père, gentilhomme
franc-comtois, attaché aux Bourbons par leurs droits traditionnels, et
surtout par leurs malheurs, fut élu par le peuple à la chambre des
députés en 1816, pour représenter le pays. La loyauté de sentiment
jointe à la modération et au patriotisme de race donna à sa
candidature une unanimité de convenances aristocratiques et de
confiance populaire qui fut justifiée par ses votes; il fut royaliste
sans cesser d'être national. Sa mort précoce affligea du même deuil
les royalistes et les libéraux. Il laissait une veuve encore jeune et
trois enfants, deux fils et une fille; ils furent bientôt après
orphelins; Louis de Ronchaud, qui était l'aîné, n'usa de ses droits
que pour prodiguer à son frère et à sa soeur les sacrifices que son
père aurait faits à ses enfants.
Son frère eut en partage la terre et l'habitation principale de la
maison; sa soeur, aujourd'hui veuve, fut mariée à un gentilhomme de
Montauban. Elle a apporté, dans ce Midi presque espagnol, cette
limpidité sereine du caractère du Nord, beauté des étoiles dans nos
nuits d'hiver; ses yeux couleur d'eau du lac d'_Antre_ sur le plus
haut sommet de Saint-Lupicin, et ses cheveux blonds, soyeux et touffus
comme une poignée de lin du Jura, rappellent aux climats méridionaux
qu'elle habite l'image d'une Velléda des Gaules, les pieds nus dans
les neiges, la tête dans l'auréole de l'inspiration grecque ou
romaine.