On est saisi tout à coup d'une certaine terreur inattendue en se
voyant si près de ces cimes du haut Jura; elles semblent former devant
vous un rempart confus de hauteurs inaccessibles, à travers lesquelles
il faut s'engager, sans apercevoir par quelle brèche ou par quelle
poterne on pourra les aborder et les franchir. La _sainte horreur_ de
poëte qui habite les bords de l'Océan sur le rivage, habite aussi les
pieds des montagnes sans issues; c'est l'impression du Jura
vertigineux au moment où il vous apparaît, s'élevant toujours plus à
mesure que vous vous élevez vous-même sur ses premiers plans, pour
vous en présenter d'autres plus infranchissables en apparence.
Vous les franchissez, cependant, par des routes qui se déroulent aussi
à mesure, tantôt en les contournant par le flanc assez arrondi de la
montagne, tantôt sur des plateaux élevés, aussi rocheux, mais aussi
planes que les grèves d'une mer desséchée; tantôt descendant dans les
gorges tracées par les torrents entre les racines, et en suivant aux
bords de ces eaux courantes les sombres avenues gouttières de ces
dômes en été.