XV.

Cet amour amer des lieux abandonnés et des noms toujours chers de ces

lieux, autrefois habités par la famille, m'a ramené une fois (il y a

longtemps) seul, à pied, un sac de voyage sur le dos, sur ces plateaux

et dans ces vallées de la Franche-Comté, pour y voir de mes yeux ces

châteaux démantelés, ces usines retentissantes du bruit des marteaux,

ces torrents blanchissant de leur écume la roue des moulins qui font

tourner les cylindres sous lesquels s'aplatissent les barres de fer;

ces forêts de pins qui gravissent de rocher en rocher les montagnes

escarpées de Saint-Claude comme des armées végétales de géants montant

à l'assaut des nuages; ces fromageries, noircies par la fumée des

chaudières, bâties en planches dans les clairières de ces forêts,

autour desquelles les vaches aux clochettes sonores se groupent le

soir pour livrer aux femmes leurs pis gonflés, comme des outres

vivantes, de ce lait qui va se convertir en gruyère doré et percé de

trous comme un rayon de miel avec ses alvéoles.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 105 / 256 题