«Une nation doit pleurer ses morts, sans doute, et ne pas se consoler
d'une seule tête injustement et odieusement sacrifiée; mais elle ne
doit pas regretter son sang quand il a coulé pour faire éclore des
vérités éternelles. Dieu a mis ce prix à la germination et à
l'éclosion de ses desseins sur l'homme. Les idées végètent de sang
humain. Les révélations descendent des échafauds. Pardonnons-nous
donc, fils des combattants, des bourreaux ou des victimes!
Réconcilions-nous sur leur tombeaux pour reprendre leur oeuvre
interrompue! Le crime a tout perdu en se mêlant dans les rangs de la
république. Combattre, ce n'est pas immoler. Ôtons le crime de la
cause du peuple comme une arme qui lui a percé la main et qui a changé
la liberté en despotisme; ne cherchons pas à justifier l'échafaud par
la patrie, et les proscriptions par la liberté; n'endurcissons pas
l'âme du siècle par le sophisme de l'énergie révolutionnaire, laissons
son coeur à l'humanité; c'est le plus sûr et le plus infaillible de
ses principes, et résignons-nous à la condition des choses humaines.
L'histoire de la Révolution est glorieuse et triste comme le lendemain
d'une victoire, et comme la veille d'un autre combat. Mais, si cette
histoire est pleine de deuil, elle est pleine surtout de foi. Elle
ressemble au drame antique, où, pendant que le narrateur fait le
récit, le choeur du peuple chante la gloire, pleure les victimes et
élève un hymne de consolation et d'espérance à Dieu!»
Et maintenant voilà ce que je pense de moi-même et de ce jugement.