X.

Peut-on accuser légitimement d'affaiblir l'horreur contre les cruautés

populaires un livre qui a ainsi des gouttes de larmes à chaque goutte

de sang innocent répandu par la perversité des tribuns ou par le

vertige des démagogues? Ai-je laissé une seule tache de sang sur la

statue de la liberté? Et n'est-ce pas en grande partie à l'effet moral

de ce livre dans le peuple de Paris que nous devons d'avoir trouvé,

deux ans après, le peuple de Paris si bien préparé à recevoir les

conseils de la modération et de la justice et à le détourner si

facilement des voies de sang où la Convention l'avait précipité pour

le perdre? Je n'en doute pas, car ce livre, multiplié déjà à cent

milliers d'exemplaires, était partout dans les mains du peuple

pensant. Purifier une doctrine populaire, c'est bien mieux que la

combattre; car ce qui manque au peuple, ce n'est jamais la force,

c'est la vertu. Faire de la liberté une vertu, voilà la vraie

révolution. L'_Histoire des Girondins_ fut le miroir du peuple, en lui

montrant sa propre image dans sa laideur et dans sa beauté; c'était le

forcer à choisir entre l'horreur qu'il inspire sous les démagogues, et

l'estime de lui-même qui le dignifie sous les hommes d'État de

l'honnêteté et de la magnanimité. Il n'a jamais besoin de tribuns que

dans sa servitude. Dans sa victoire il ne lui faut que des modérateurs

courageux. Sur la pente des abîmes la vraie force est de s'arrêter. Il

eut cette force à la seconde république. À quoi la dut-il? Au tableau

vrai de sa première république. Croyez-moi, calomniateurs de cette

histoire, laissez-lui ce livre au lieu de le redouter: c'est l'école

des peuples. Il est plein d'imperfections, sans doute, parce que c'est

un homme d'un talent borné qui l'a écrit; mais il est plein de leçons,

parce que c'est Dieu qui les donne. Vous avez assez d'histoires de la

Révolution écrites par des apologistes de la terreur, laissez-lui-en

une écrite par un apologiste de l'humanité!

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 74 / 256 题