IX.

«On coupa ensuite ses longs cheveux blonds, qui tombèrent à ses pieds

comme la couronne de sa jeunesse. Les femmes de sa suite funèbre et

les exécuteurs eux-mêmes se les partagèrent. On lui lia les mains. On

la fit monter après toutes sur le dernier banc de la charrette qui

fermait le cortége. On voulut que son supplice fût multiplié par les

vingt-deux coups qui tomberaient sur ces têtes d'aristocrates. Le

peuple rassemblé pour insulter resta muet sur son passage. La beauté

de la princesse transfigurée par la paix intérieure, son innocence de

tout ce qui avait dépopularisé la cour, sa jeunesse sacrifiée à

l'amitié qu'elle portait à son frère, son dévouement volontaire au

cachot et à l'échafaud de sa famille, en faisaient la plus pure

victime de la royauté. Il était glorieux à la famille royale d'offrir

cette victime sans tache, impie au peuple de la demander. Un remords

secret mordait tous les coeurs. Le bourreau allait donner en elle des

reliques au trône et une sainte à la royauté. Ses compagnes la

vénéraient déjà avant le ciel. Fières de mourir avec l'innocence,

elles s'approchèrent toutes humblement de la princesse avant de

monter, une à une, sur l'échafaud, et lui demandèrent la consolation

de l'embrasser. Les exécuteurs n'osèrent refuser à des femmes ce

qu'ils avaient refusé à Hérault de Séchelles et à Danton. La princesse

embrassa toutes les condamnées à mesure qu'elles montaient à

l'échelle. Après ce baise-main funèbre, elle livra sa tête au couteau.

Chaste au milieu des séductions de la beauté et de la jeunesse,

pieuse et pure dans une cour légère, humble dans les grandeurs,

patiente dans les cachots, fière devant le supplice, Madame Élisabeth

laissa par sa vie et par sa mort un modèle d'innocence sur les marches

du trône, un exemple à l'amitié, une admiration au monde, un opprobre

éternel à la république.»

Amnistier de tels crimes sous prétexte des nécessités

révolutionnaires, ce serait déshonorer à jamais toutes les

révolutions, car aucune révolution ne vaut le sang d'un juste; et

quand le juste est une femme, sans autre crime que son nom, sa beauté,

son innocence, sa jeunesse, dont on a immolé toute la famille,

l'histoire qui atténuerait l'horreur contre ce forfait serait pire que

les bourreaux qui le commirent.

Non, je n'ai pas eu de telles faiblesses envers le comité de salut

public qui contre-signa de telles concessions de têtes à la cruauté du

peuple! Que cette lâcheté retombe à jamais sur sa mémoire! Le peuple

n'en veut accepter ni l'hommage ni l'expiation. La justice divine n'a

pas d'amnistie contre les lâches!

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 73 / 256 题