VIII.

«Il était minuit. On eût dit que le jour n'avait pas assez d'heures

pour l'impatience du tribunal. Le vice-président attendait Madame

Élisabeth, et l'interrogea sans témoins. On lui laissa prendre ensuite

quelques heures de sommeil sur la même couche où Marie-Antoinette

avait endormi son agonie. Le lendemain, on la conduisit au tribunal,

accompagnée de vingt-quatre accusés de tout âge et de tout sexe,

choisis pour inspirer au peuple le souvenir et le ressentiment de la

cour. De ce nombre étaient mesdames de Sénozan, de Montmorency, de

Canisy, de Montmorin, le fils de madame de Montmorin, âgé de dix-huit

ans, M. de Loménie, ancien ministre de la guerre, et un vieux

courtisan de Versailles, le comte de Sourdeval. «De quoi se

plaindrait-elle? dit l'accusateur public en voyant ce cortége de

femmes des noms les plus illustres groupé autour de la soeur de Louis

XVI. En se voyant au pied de la guillotine entourée de cette fidèle

noblesse, elle pourra se croire encore à Versailles.»

«Les accusations furent dérisoires, les réponses dédaigneuses. «Vous

appelez mon frère un tyran, dit la soeur de Louis XVI à l'accusateur

et aux juges; s'il eût été ce que vous dites, vous ne seriez pas où

vous êtes ni moi devant vous!» Elle entendit son arrêt sans étonnement

et sans douleur. Elle demanda pour toute grâce un prêtre fidèle à sa

foi pour sceller sa mort du pardon divin. Cette consolation lui fut

refusée. Elle y suppléa par la prière et par le sacrifice de sa vie.

Longtemps avant l'heure du supplice, elle entra dans le cachot commun

pour encourager ses compagnes. Elle présida avec une sollicitude

touchante à la toilette funèbre des femmes qui allaient mourir avec

elle. Sa dernière pensée fut un scrupule de pudeur. Elle donna la

moitié de son fichu à une jeune condamnée, et le noua de ses propres

mains pour que la chasteté ne fût pas profanée même dans la mort.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 72 / 256 题