II.

«Mais cette femme, si magnanime et si supérieure à son sort en public,

fléchissait, comme toute nature humaine, dans la solitude et dans le

silence du cachot. Son âme héroïque semblait se taire alors et laisser

son coeur de femme s'affaisser et se briser en tombant de

l'enthousiasme sur la réalité. Plus elle s'était élevée haut, plus

dure était la chute. Elle passait quelquefois de longues matinées,

accoudée sur la fenêtre, le front contre le grillage de fer, à

regarder un coin du ciel libre, et à pleurer comme un ruisseau sur les

pots de fleurs dont le concierge avait garni l'entablement. À quoi

pensait-elle? Des mots entrecoupés de ses dernières pages le révèlent:

à son enfant, à son mari, vieillard accoutumé à cet appui et

incapable de faire un pas de plus dans la vie sans elle; à sa jeunesse

vainement altérée d'amour, consumée dans le feu des ambitions

politiques; à ces amis dont l'image la poursuivait et lui faisait

seule regretter la vie s'ils vivaient encore, aspirer à la mort s'ils

l'avaient devancée dans l'éternité. Elle l'ignorait: c'était son

supplice.

«Elle ne sentait pas les autres misères de sa captivité. Son cachot,

humide, infect, ténébreux, était voisin de celui qu'avait occupé la

reine: rapprochement trop semblable à un remords. Toutes deux étaient

arrivées en quelques mois, par des routes différentes, au même

souterrain, pour marcher de là au même échafaud: l'une, tombée du

trône sous l'effort de l'autre; l'autre, montée aux premiers honneurs

de la république, et précipitée, à son tour, à côté de sa propre

victime. Ces vengeances du sort ressemblent à des hasards. _Ce sont

des justices souvent._»

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 66 / 256 题