«Mais cette femme, si magnanime et si supérieure à son sort en public,
fléchissait, comme toute nature humaine, dans la solitude et dans le
silence du cachot. Son âme héroïque semblait se taire alors et laisser
son coeur de femme s'affaisser et se briser en tombant de
l'enthousiasme sur la réalité. Plus elle s'était élevée haut, plus
dure était la chute. Elle passait quelquefois de longues matinées,
accoudée sur la fenêtre, le front contre le grillage de fer, à
regarder un coin du ciel libre, et à pleurer comme un ruisseau sur les
pots de fleurs dont le concierge avait garni l'entablement. À quoi
pensait-elle? Des mots entrecoupés de ses dernières pages le révèlent:
à son enfant, à son mari, vieillard accoutumé à cet appui et
incapable de faire un pas de plus dans la vie sans elle; à sa jeunesse
vainement altérée d'amour, consumée dans le feu des ambitions
politiques; à ces amis dont l'image la poursuivait et lui faisait
seule regretter la vie s'ils vivaient encore, aspirer à la mort s'ils
l'avaient devancée dans l'éternité. Elle l'ignorait: c'était son
supplice.
«Elle ne sentait pas les autres misères de sa captivité. Son cachot,
humide, infect, ténébreux, était voisin de celui qu'avait occupé la
reine: rapprochement trop semblable à un remords. Toutes deux étaient
arrivées en quelques mois, par des routes différentes, au même
souterrain, pour marcher de là au même échafaud: l'une, tombée du
trône sous l'effort de l'autre; l'autre, montée aux premiers honneurs
de la république, et précipitée, à son tour, à côté de sa propre
victime. Ces vengeances du sort ressemblent à des hasards. _Ce sont
des justices souvent._»