XXI.

La mort du duc d'Orléans ne le justifie pas, mais l'explique.

L'abbé Lambert, dont j'ai parlé en répondant à M. de Cassagnac, homme

délicat et sensible, souffrait intérieurement de la maladresse de son

confrère, de la grossièreté des soldats, de l'humiliation du

condamné. Il aborda le prince avec une contenance respectueuse et

attendrie. «Égalité,» lui dit-il, «je viens ici t'offrir les

sacrements, ou du moins les consolations d'un ministre du ciel.

Veux-tu les recevoir d'un homme qui te rend justice et qui te porte

une sincère commisération?--Qui es-tu, toi? lui répondit en

adoucissant sa physionomie le duc d'Orléans.--Je suis, reprit le

prêtre, le vicaire général de l'évêque de Paris. Si tu ne désires pas

mon ministère comme prêtre, puis-je te rendre comme homme quelques

services auprès de ta femme et de ta famille?--Non, répliqua le duc

d'Orléans, je te remercie; mais je ne veux d'autre oeil que le mien

dans ma conscience, et je n'ai besoin que de moi seul pour mourir en

bon citoyen.» Il se fit servir à déjeuner, mangea et but avec appétit,

mais non jusqu'à l'ivresse. Un membre du tribunal étant venu lui

demander s'il avait des révélations à faire dans l'intérêt de la

république: «Si j'avais su quelque chose contre la sûreté de la

patrie, répondit-il, je n'aurais pas attendu jusqu'à cette heure pour

le dire. Au surplus, je n'emporte aucun ressentiment contre le

tribunal, pas même contre la Convention et les patriotes: ce ne sont

pas eux qui veulent ma mort; elle vient de plus haut...» Et il se tut.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 55 / 256 题