La mort du duc d'Orléans ne le justifie pas, mais l'explique.
L'abbé Lambert, dont j'ai parlé en répondant à M. de Cassagnac, homme
délicat et sensible, souffrait intérieurement de la maladresse de son
confrère, de la grossièreté des soldats, de l'humiliation du
condamné. Il aborda le prince avec une contenance respectueuse et
attendrie. «Égalité,» lui dit-il, «je viens ici t'offrir les
sacrements, ou du moins les consolations d'un ministre du ciel.
Veux-tu les recevoir d'un homme qui te rend justice et qui te porte
une sincère commisération?--Qui es-tu, toi? lui répondit en
adoucissant sa physionomie le duc d'Orléans.--Je suis, reprit le
prêtre, le vicaire général de l'évêque de Paris. Si tu ne désires pas
mon ministère comme prêtre, puis-je te rendre comme homme quelques
services auprès de ta femme et de ta famille?--Non, répliqua le duc
d'Orléans, je te remercie; mais je ne veux d'autre oeil que le mien
dans ma conscience, et je n'ai besoin que de moi seul pour mourir en
bon citoyen.» Il se fit servir à déjeuner, mangea et but avec appétit,
mais non jusqu'à l'ivresse. Un membre du tribunal étant venu lui
demander s'il avait des révélations à faire dans l'intérêt de la
république: «Si j'avais su quelque chose contre la sûreté de la
patrie, répondit-il, je n'aurais pas attendu jusqu'à cette heure pour
le dire. Au surplus, je n'emporte aucun ressentiment contre le
tribunal, pas même contre la Convention et les patriotes: ce ne sont
pas eux qui veulent ma mort; elle vient de plus haut...» Et il se tut.