Je dois beaucoup de ce récit à cet abbé Lambert, ami des Girondins, et
introduit librement par eux dans la prison de la Conciergerie. M. de
Cassagnac m'a attribué à tort l'invention de ces circonstances
funèbres. On a vu au commencement de ce commentaire combien le
critique a été trompé, et combien sont réelles et attestées mes
enquêtes personnelles auprès du curé de Bessancourt. C'est lui qui
suivit ces victimes du tribunal au cachot, du cachot à la mort. Cet
abbé _Lothringer_, que la reine refusa obstinément d'entendre parce
qu'il était à ses yeux schismatique, ne fut, selon l'abbé Lambert et
selon d'autres documents de l'époque, qu'un intrigant sacré et
intéressé, cherchant des prétextes de célébrité dans son obsession
autour des victimes, et exploitant, sous la Restauration, les rapports
mensongers qu'il prétendait avoir eus avec la reine. Le curé de
Bessancourt n'en parlait qu'avec dédain. Ce vieillard pieux n'aurait
pas menti pour déshonorer la mémoire d'un confrère dont il avait
partagé la faute contre l'Église, mais dont les dispositions posthumes
et intéressées ne lui inspiraient ni foi ni estime. Les écrivains
royalistes du temps de la Restauration ont tort de s'attacher au
témoignage de ce prêtre aventurier, mouche du coche des prisons et du
char de la guillotine, bourdonnant ses services aux oreilles des rois
rentrés aux Tuileries.