XVI.

«La reine, après avoir écrit et prié, dormit d'un sommeil calme

quelques heures. À son réveil, la fille de madame Bault l'habilla et

la coiffa avec plus de décence et plus de respect pour son extérieur

que les autres jours. Marie-Antoinette dépouilla la robe noire qu'elle

avait portée depuis la mort de son mari, elle revêtit une robe blanche

en signe d'innocence pour la terre et de joie pour le ciel. Un fichu

blanc recouvrait ses épaules, un bonnet blanc ses cheveux. Seulement

un ruban noir qui pressait ce bonnet sur les tempes rappelait au monde

son deuil, à elle-même son veuvage, au peuple son immolation.

«Les fenêtres et les parapets, les toits et les arbres étaient

surchargés de spectateurs. Une nuée de femmes, ameutées contre

l'_Autrichienne_, se pressait autour des grilles et jusque dans les

cours. Un brouillard d'automne blafard et froid flottait sur la Seine,

et laissait ça et là glisser quelques rayons de soleil sur les toits

du Louvre et sur la tour du palais. À onze heures les gendarmes et les

exécuteurs entrèrent dans la salle des condamnés. La reine embrassa la

fille du concierge, se coupa elle-même les cheveux, se laissa lier les

mains sans murmure, et sortit d'un pas ferme de la Conciergerie.

Aucune faiblesse féminine, aucune défaillance de coeur, aucun frisson

du corps, aucune pâleur des traits. La nature obéissait à la volonté

et lui prêtait toute sa vie pour mourir en reine.

«En débouchant de l'escalier sur la cour, elle aperçut la charrette

des condamnés, vers laquelle les gendarmes dirigeaient sa marche. Elle

s'arrêta comme pour rebrousser chemin, et fit un geste d'étonnement et

d'horreur. Elle avait cru que le peuple donnerait au moins de la

décence à sa haine, et qu'elle serait conduite à l'échafaud, comme le

roi, dans une voiture fermée. Ce mouvement comprimé, elle baissa la

tête en signe d'acceptation et monta sur la charrette. L'abbé

Lothringer s'y plaça derrière elle, malgré son refus.

«Le cortége sortit de la Conciergerie au milieu des cris de: «Vive la

république! Place à l'Autrichienne! Place à la veuve Capet! À bas la

tyrannie!» Le comédien Grammont, aide de camp de Ronsin, donnait

l'exemple et le signal de ces cris au peuple, en brandissant son sabre

nu, et en fendant la foule du poitrail de son cheval. Les mains liées

de la reine la privaient d'appui contre les cahots des pavés. Elle

cherchait péniblement à reprendre l'équilibre et à garder la dignité

de son attitude. «Ce ne sont pas là tes coussins «de Trianon!» lui

criaient d'infâmes créatures. Les voix, les yeux, les rires, les

gestes du peuple, la submergèrent d'humiliation. Ses joues passaient

continuellement du pourpre à la pâleur, et révélaient les

bouillonnements et le reflux de son sang. Malgré le soin qu'elle avait

pris de sa toilette, le délabrement de sa robe, le linge grossier,

l'étoffe commune, les plis froissés, déshonoraient son rang. Les

boucles de ses cheveux s'échappaient de son bonnet et fouettaient ses

tempes au souffle du vent. Ses yeux, rouges et gonflés, quoique secs,

révélaient les longues inondations d'une douleur épuisée de larmes.

Elle se mordait par moments la lèvre inférieure avec les dents, comme

quelqu'un qui comprime le cri d'une souffrance aiguë.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 50 / 256 题