«D'ailleurs, quelles que soient les théories d'égalité abstraite entre
les villes d'un empire, ces théories cèdent malheureusement la place
au fait dans des circonstances d'exception; et ce fait a son droit,
car il a sa justice quand il a sa nécessité. Sans doute les villes où
siégent les gouvernements ne sont que des membres du corps national;
mais ce membre, c'est la tête! La capitale d'une nation exerce sur les
membres une puissance d'initiative, d'entraînement et de résolution,
en rapport avec les sens plus énergiques dont la tête est le siége
dans la nation comme dans l'individu. La polémique rigoureuse peut
contester avec raison ce droit, l'histoire ne peut le nier. Dans les
temps réguliers, le gouvernement est partout en proportion égale. Dans
les temps extrêmes, le gouvernement est, non de droit, mais de fait,
partout où on le saisit. L'initiative est la maîtresse des choses
quand elle est dans le sens des choses. Le 31 mai était illégal; qui
le justifie? Mais le 10 août était-il légal? C'était le titre des
Girondins cependant. Quel parti pouvait légitimement alors invoquer la
loi? Aucun. Tous l'avaient violée. La loi n'était, dans cette
usurpation réciproque et continue, ni dans la Montagne, ni dans la
Gironde, ni dans la commune, ni à Paris, ni à Bordeaux. La loi n'était
plus, ou plutôt la loi, c'était la Révolution elle-même! Un peuple
égaré par son patriotisme crut la promulguer au milieu du tumulte et
de la sédition de ces trois journées. C'était le désordre, mais à ses
yeux c'était la loi pourtant; car cette violence lui paraissait la
mesure qui pouvait seule sauver la patrie et la Révolution. Le 10
août, lui disait-on, pouvait seul sauver la liberté, le 31 mai sauver
la nation.»