XI.

«Telle fut la catastrophe méritée du parti girondin; il mourut comme

il était né, d'une sédition légalisée par la victoire. La journée du

2 juin, qu'on appelle encore le 31 mai, parce que la lutte dura trois

jours, fut le 10 août de la Gironde. Ce parti tomba de faiblesse et

d'indécision, comme le roi qu'il avait renversé. La république qu'il

avait fondée s'écroula sur lui après huit mois seulement d'existence.

On honora ce groupe de républicains pour ses intentions, on l'admira

pour ses talents, on le plaignit pour ses malheurs, on le regretta à

cause de ses successeurs, et parce que ses chefs en tombant ouvrirent

une longue marche à l'échafaud. On se demande, après la disparition de

ce parti, quelle était son idée et s'il en avait une. L'histoire se

demande à son tour si le triomphe de la Gironde au 31 mai aurait sauvé

la république; s'il y avait dans ces hommes de paroles, dans leurs

conceptions, dans leur union, dans leurs caractères et dans leur génie

politique, les éléments d'un gouvernement à la fois dictatorial et

populaire, capable de comprimer les convulsions de la France au

dedans, de faire triompher la nation au dehors, et de procurer

l'avénement d'une république régulière en la préservant des rois et

des démagogues. L'histoire n'hésite pas à répondre: Non, les

Girondins n'avaient en eux aucune de ces conditions. La pensée,

l'unité, la politique, la résolution, tout leur manquait. Ils avaient

fait la Révolution sans la vouloir; ils la gouvernaient sans la

comprendre. La Révolution devait se révolter contre eux et leur

échapper.

«Il faut deux choses à des hommes d'État pour diriger les grands

mouvements d'opinion auxquels ils participent: l'intelligence complète

de ces mouvements, et la passion dont ces mouvements sont l'expression

dans un peuple. Les Girondins n'avaient complétement ni l'une ni

l'autre. À l'Assemblée législative, ils avaient pactisé longtemps avec

la monarchie, mal acceptée par eux, et n'avaient pas compris qu'un

peuple ne se transforme et ne se régénère presque jamais sous la main

et sous le nom du pouvoir auquel il échappe. La république, timidement

tramée par quelques-uns d'entre eux, avait été plutôt accueillie comme

une nécessité fatale qu'embrassée comme un système par les autres. Dès

le lendemain de sa proclamation, ils avaient redouté le fruit de leur

enfantement, comme une mère qui serait accouchée d'un monstre. Au lieu

de travailler à fortifier la république naissante, ils n'avaient

montré de sollicitude que pour l'affaiblir. La constitution qu'ils lui

proposaient ressemblait à un regret plutôt qu'à une espérance. Ils lui

contestaient un à un tous ses organes de vie et de force.

L'aristocratie se révélait, sous une autre forme, dans toutes leurs

institutions bourgeoises. Le principe populaire s'y sentait d'avance

étouffé. Ils se défiaient du peuple; le peuple à son tour se défiait

d'eux. La tête craignait le bras, le bras craignait la tête. Le corps

social ne pouvait que s'agiter ou languir.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 45 / 256 题