X.

Les Girondins succombent à l'effort de ramener en arrière une

Révolution emportée aux derniers excès. Danton les suit dans la tombe.

On n'a vu encore qu'une révolution, arrêtée dans sa fougue et refoulée

en arrière par sa propre prudence, rentrer dans l'ordre et dans le

juste sous la parole de ses chefs: c'est la révolution de 1848, plus

calomniée pour sa modération par ceux qu'elle a sauvés que la

Convention pour ses crimes. Pourquoi cette révolution est-elle restée

pure d'excès? C'est que les hommes qui en prirent la direction d'une

main ferme et téméraire n'avaient donné à la démagogie aucun de ces

gages et de ces complicités qui lient les hommes d'État aux excès de

la multitude; c'est surtout parce que la leçon terrible de 1793 a

frappé l'esprit du peuple, et que la presse et la tribune libres

avaient depuis trente années formé ce peuple par un certain

apprentissage de la liberté. Le peuple de 1793 sortait ignorant et

furieux de la servitude; le peuple de 1848 sortait instruit et modéré

de la liberté. Il fut ému, mais admirable; il sentit ses propres

périls, il eut peur de lui-même, et il aida ses chefs à le refréner.

L'histoire, quand le temps d'être juste sera venu pour elle, rendra à

la France l'hommage unique qui lui est dû pour ces cinq mois pendant

lesquels elle se gouverna sans gouvernement légal, par sa propre

sagesse et par la seule autorité de la raison publique.

Les Girondins avaient trempé dans le sang de Louis XVI, Danton dans

les turbulences de la démagogie. Ils avaient été complices des

terroristes, tout en les détestant. Ils n'avaient plus rien à disputer

que leurs têtes. Ils avaient livré celles d'autres victimes. À quel

titre pouvaient-ils invoquer l'inviolabilité de leurs jours? Ils

périssent tristement, mais justement. Leur mort fut le talion de leurs

jours. Il fallait périr innocent. On m'a accusé d'avoir fait des

héros: qu'on lise donc avant d'accuser! Est-ce une apothéose, que ces

pages:

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 44 / 256 题