«Déposer Louis XVI, le bannir du sol national ou l'y retenir dans
l'impuissance de conspirer et de nuire, voilà ce que commandaient aux
conventionnels le salut de la république, la sûreté de la Révolution.
L'immolation d'un homme captif et désarmé n'était qu'une concession à
la colère ou une concession à la peur. Vengeance ici, lâcheté là,
cruauté partout. Immoler un vaincu cinq mois après la victoire, ce
vaincu fût-il coupable, ce vaincu fût-il dangereux, était un acte sans
pitié. La pitié n'est pas un vain mot parmi les hommes. Elle est un
instinct qui avertit la force d'amollir sa main à la proportion de la
faiblesse et de l'adversité des victimes. Elle est une justice
généreuse du coeur humain, plus clairvoyante au fond et plus
infaillible que la justice inflexible de l'esprit. Aussi tous les
peuples en ont-ils fait une vertu. Si l'absence de toute pitié est un
crime dans le despotisme, pourquoi donc serait-ce une vertu dans les
républiques? Le vice et la vertu changent-ils de nom en changeant de
parti? Les peuples sont-ils dispensés d'être magnanimes? Il n'y a que
leurs ennemis qui oseraient le prétendre, car ils voudraient les
déshonorer. Leur force même leur commande plus de générosité qu'à
leurs tyrans!