XVII.

«Nous venons de voir qu'aucune loi ne pouvait être appliquée au roi,

et que, ses juges étant ses ennemis, son jugement ne pouvait être

légal, mais une grande mesure d'État dont l'équité seule devait

débattre les motifs et dicter l'arrêt. Que disait l'équité, et quelle

peine pouvait-elle prononcer, si le vainqueur a le droit d'appliquer

une peine au vaincu?

«Louis XVI, dégradé de la royauté, désarmé et prisonnier, coupable

peut-être dans la lettre, était-il coupable dans l'esprit, si l'on

considère la contrainte morale et physique de sa déplorable situation?

Était-ce un tyran? Non. Un oppresseur du peuple? Non. Un fauteur de

l'aristocratie? Non. Un ennemi de la liberté? Non. Tout son règne

protestait, depuis son avénement au trône, de la tendance

philosophique de son esprit et des instincts populaires de son coeur à

prémunir la royauté contre les tentations du despotisme, à faire

monter les lois sur le trône, à demander des conseils à la nation, à

faire régner par lui et en lui les droits et les intérêts du peuple.

Prince révolutionnaire, il avait appelé lui-même la Révolution à son

secours. Il avait voulu lui donner beaucoup; elle avait voulu arracher

davantage: de là la lutte.

«Cependant tout n'était pas politiquement irréprochable du côté du roi

dans cette lutte. L'incohérence et le repentir des mesures

trahissaient la faiblesse et avaient souvent servi de prétexte aux

violences et aux attentats du peuple. Ainsi Louis XVI avait convoqué

les états généraux; et voulant trop tard circonscrire le droit de

délibération, l'insurrection morale du serment du _Jeu de Paume_ lui

avait forcé la main. Il avait voulu intimider l'Assemblée constituante

par un rassemblement de troupes à Versailles, et le peuple de Paris

avait pris la Bastille et embauché les gardes-françaises. Il avait

pensé à éloigner le siége de l'Assemblée nationale de la capitale, et

la populace de Paris avait marché sur Versailles, forcé son palais,

massacré ses gardes, emprisonné sa famille aux Tuileries. Il avait

tenté de s'enfuir au milieu de son armée et peut-être d'une armée

étrangère, et la nation l'avait ramené enchaîné au trône et lui avait

imposé la constitution de 91. Il avait parlementé avec l'émigration et

les rois, ses vengeurs, et la populace de Paris avait fait le 20 juin.

Pour obéir à sa conscience, il avait refusé sa sanction à des lois

commandées par la volonté du peuple, et les Girondins unis aux

Jacobins avaient fait le 10 août. Selon l'esprit dans lequel on

envisageait les vicissitudes de son règne, depuis le commencement de

la Révolution, il y avait de quoi l'accuser ou de quoi le plaindre. Il

n'était ni tout à fait innocent, ni tout à fait coupable; il était

surtout malheureux! Si le peuple pouvait lui reprocher des faiblesses

et des dissimulations, il pouvait, lui roi, reprocher de cruelles

violences au peuple. L'action et la réaction, le coup et le

contre-coup s'étaient succédé de part et d'autre avec une telle

rapidité, comme dans une mêlée, qu'il était difficile de dire qui

avait frappé le premier. Les fautes étaient réciproques, les ombrages

mutuels. Qui donc avait le droit de condamner l'autre et de lui dire

avec justice et impartialité: «Tu mourras?» Aucun des deux. Le roi ne

pouvait pas plus, en cas de victoire, juger le peuple, que le peuple

ne pouvait légalement juger le roi. Il n'y avait point là de

justiciable; il y avait un vaincu, voilà tout. Le procès légal était

une hypocrisie de justice, la hache seule était logique. Robespierre

l'avait dit. Mais la hache après le combat et frappant un homme

désarmé, au nom de ses ennemis, qu'est-elle dans toutes les langues?

Un meurtre de sang-froid, sans excuse du moment qu'il est sans

nécessité, en un mot une immolation.

Cours familier de Littérature - Volume 13 · 第 25 / 256 题